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07/10/2015 03:41 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

Ca va être la fête en Corée du Nord

Quand il s'agit de gonfler les muscles lors de rassemblements grandioses et de vanter les prouesses de son armée, la Corée du Nord n'est jamais en reste.

Ce pays parmi les plus hermétiques au monde devrait organiser samedi un spectacle géant, peut-être le plus grand jamais mis en scène, avec moult chars, missiles et défilés au pas de l'oie.

Il s'agit de rendre hommage au Parti des travailleurs à l'occasion du 70ème anniversaire de la création du parti unique qui règne au bon plaisir de trois générations de Kim, considérés comme la seule dynastie communiste de l'Histoire.

A un moment, les spéculations sont allées bon train sur la possibilité que Pyongyang tire une fusée à cette occasion. Cette perspective s'éloigne mais les autorités ne devraient pas lésiner sur leur défilé militaire massif, point d'orgue des festivités.

Les préparatifs de cette parade annoncée en février se sont accélérés ces dernières semaines et les murs de Pyongyang sont placardés d'affiches vantant les mérites du parti.

D'après le ministère sud-coréen de la Défense, les équipements militaires qui défileront samedi, parmi lesquels des blindés et des lance-roquettes mobiles, avaient commencé à être rassemblés sur un terrain en périphérie de Pyongyang dès juillet.

Le Daily NK, un site sud-coréen d'informations disposant de contacts en Corée du Nord, explique que la priorité accordée au défilé a provoqué des pénuries à Pyongyang ainsi qu'une augmentation des prix des biens électroniques, de la nourriture ou du fuel domestique.

"Les gens commencent à l'avoir mauvaise", explique le site, citant une source dans la capitale nord-coréenne.

- Visées internes et externes -

Ces défilés de grande envergure, occasion rare pour la Corée du Nord d'ouvrir sa porte à la presse étrangère, sont à visées multiples.

A l'intérieur, c'est un déploiement de fierté nationale et de ferveur patriotique destinées à soutenir le leader suprême Kim Jong-Un.

A l'intention du reste du monde, il s'agit pour la Corée du Nord de démontrer sa force ainsi que le peu de cas qu'elle fait de ce que pense la planète de ses programmes nucléaire et de missiles.

Les observateurs seront d'ailleurs à l'affût de tout nouvel équipement qui pourrait être le signe d'une avancée dans le programme militaire nord-coréen.

Kim Jong-Un devrait selon toute vraisemblance être présent mais peu d'émissaires étrangers assisteront au défilé.

En 2013, Pékin, allié traditionnel de la Corée du Nord, avait dépêché son vice-président mais cette fois-ci, elle sera représentée par Liu Yunshan, membre du comité permanent du politburo du Parti communiste chinois.

Les relations bilatérales se sont tendues. Pékin s'agace des provocations de Pyongyang et de son refus d'entendre ses appels à la retenue, en particulier sur son programme nucléaire.

D'aucuns estimaient que la Corée du Nord tirerait une fusée samedi afin de placer un satellite en orbite, tir qui aurait été suivi quelques semaines plus tard par un quatrième essai nucléaire.

Mais analystes et le renseignement sud-coréens jugent l'hypothèse d'un tir imminent peu vraisemblable.

Les résolutions de l'ONU interdisent à Pyongyang toute technologie relative aux missiles balistiques. Or, son programme spatial est largement considéré comme le cache-sexe de son programme de développement de missiles balistiques intercontinentaux.

- Une affaire de famille -

Aux origines, le parti unique nord-coréen était de facture marxiste-léniniste classique.

Mais le culte de la personnalité développé pendant l'ère de Kim Il-Sung, grand-père du numéro un actuel, a "redéfini le parti comme le parti du dirigeant", dit Andrei Lankov, professeur à l'Université Kookmin de Séoul. "Cela n'a pas bougé depuis".

Après le décès de Kim Il-Sung en 1994, les rênes furent transmises à son fils Kim Jong-Il, initiateur de la politique du "tout militaire" qui vit la balance du pouvoir pencher en faveur des généraux au détriment des membres du parti.

Avec Kim Jong-Un, qui a succédé à son père en décembre 2011, le parti a regagné un peu du terrain perdu. Kim Jong-Un a remplacé des dizaines de pontes de l'armée et forgé des alliances avec de hauts responsables de l'organisation.

Il n'empêche, "l'appartenance au parti n'est plus aussi désirable qu'avant", juge Michael Madden de NK Leadership Watch, un site d'études sur les élites en Corée du Nord.

L'émergence d'un secteur privé offre une alternative pour "réussir" en Corée du Nord. "Mais le soutien du parti et les contacts sont essentiels pour faire des affaires alors, même si on en est pas membres, on en a quand même besoin".

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