NOUVELLES
07/10/2015 00:45 EDT | Actualisé 06/10/2016 01:12 EDT

Au Canada, le conflit ukrainien rejaillit sur la campagne électorale

Le Premier ministre conservateur sortant Stephen Harper espère tirer profit de la ligne dure de son gouvernement face à Moscou dans le conflit en Ukraine pour obtenir le soutien de l'importante diaspora canadienne de descendance ukrainienne et remporter les législatives du 19 octobre.

L'appui de cette communauté, qui afflue au Canada par vagues successives depuis 125 ans et regroupe aujourd'hui 1,3 million de personnes, soit près de 4% de la population, peut s'avérer décisif.

Les conservateurs, les libéraux (centre) et le Nouveau parti démocratique (NPD, gauche) sont aux coude à coude dans les intentions de vote et une dizaine de sièges seulement, sur les 338 de la Chambre des députés, pourraient décider du prochain chef de gouvernement, selon les sondages.

Avec 700 millions de dollars d'aide à l'Ukraine depuis deux ans, une pléthore de sanctions contre Moscou et la signature cet été d'un accord de libre-échange entre Ottawa et Kiev, M. Harper se vante en campagne qu'"aucun pays, aucun gouvernement dans le monde n'a soutenu le peuple ukrainien autant que le Canada".

En marge d'un sommet économique en Australie, Stephen Harper avait échangé l'an dernier une poignée de main glaciale avec Vladimir Poutine en lui intimant de "sortir de l'Ukraine". Un geste qui "résonne en politique intérieure canadienne", confie à l'AFP le politologue Dominique Arel, spécialiste des études ukrainiennes à l'université d'Ottawa.

"Le Canada a la position la plus pro-ukrainienne du G7", un atout dans les urnes pour les conservateurs, selon lui.

Ces prises de position tranchées sont faciles car "le Canada a beaucoup moins d'intérêts économiques à l'égard de la Russie que la France ou l'Allemagne", et cela permet d'élaborer une stratégie électorale, avance M. Arel.

A l'instar des conservateurs, libéraux et néo-démocrates "font aussi de la surenchère du côté ukrainien", note-t-il. Ils affichent un très ferme soutien aux autorités de Kiev dans leur bras-de-fer contre les rebelles pro-russes dans l'espoir de glaner des votes de la communauté.

Les différences de position entre les trois principaux partis "sont plutôt minces", souligne Taras Zalusky, directeur du Congrès ukrainien canadien.

- Poids électoral -

Les Ukrainiens du Canada partagent des préoccupations pas si différentes de celles du reste de la population, assure à l'AFP Roman Zakaluzny, président de l'Association ukraino-canadienne des droits civils, un groupe de pression.

"Cela dit, ils écoutent ce que les politiciens disent sur des questions qui concernent l'Ukraine et ils en tiennent probablement compte quand vient le temps de voter", ajoute-t-il.

Aux élections de 2011, les conservateurs avaient courtisé avec succès les Ukrainiens. Leur stratégie épousait assez fidèlement "la position officielle du groupe de pression canado-ukrainien, le Congrès ukrainien canadien", rappelle M. Arel.

Cette diaspora, largement intégrée à la société, détient un poids électoral notable: en 2011, 35 circonscriptions comptaient plus de 10.000 personnes de descendance ukrainienne.

"Les conservateurs avaient calculé que le vote ukrainien pouvait faire pencher la balance dans une douzaine de circonscriptions au Canada", là où les trois partis cherchaient à faire la différence. Et ils en avaient enlevé "la plupart".

La victoire tient à quelques bulletins. Par exemple, dans deux circonscriptions acquises aux conservateurs à Winnipeg (Manitoba, centre), les descendants d'Ukrainiens forment 13% et 21% de la population. Le parti de Stephen Harper avait arraché en 2011 une circonscription en banlieue de Toronto, avec 7% de la population d'origine ukrainienne, par seulement six petites voix.

Les conservateurs tablent sur un scénario semblable, d'autant que "l'Ukraine est devenue une crise internationale et cela a magnifié l'importance de la communauté", souligne M. Arel.

Les positions des conservateurs leur ont valu un soutien symbolique dans la présente campagne, celui du légendaire hockeyeur Wayne Gretzky, lui-même de descendance ukrainienne. Paradoxalement, Gretzky, qui vit aux Etats-Unis, ne pourra voter aux élections en raison d'une loi du gouvernement Harper refusant ce droit aux Canadiens ayant quitté le pays depuis plus de cinq ans.

jl/mbr/bdx/jr