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05/10/2015 03:46 EDT | Actualisé 05/10/2015 04:42 EDT

Scènes de violences chez Air France, un fleuron français à nouveau sous tension (VIDÉO et PHOTOS)

Dirigeants agressés, costumes en lambeaux, échappant de peu au lynchage de salariés en colère : l'annonce lundi par Air France d'une nouvelle restructuration menaçante près de 3.000 postes a dégénéré en scènes de violences embarrassantes pour l'image de la France à l'étranger.

Aux cris de « à poil, à poil », « démission », le directeur des ressources humaines d'Air France, Xavier Broseta s'est retrouvé torse nu, chemise arrachée, forcé d'escalader un grillage pour échapper à la vindicte de manifestants venus envahir une réunion avec les syndicats.

Le responsable de la direction a « manqué de se faire lyncher », a résumé un délégué syndical.

Un autre cadre dirigeant, Pierre Plissonnier, responsable de l'activité long-courrier, a échappé de peu au même sort, évacué chemise et costume déchirés entre deux agents de sécurité de la rencontre, au siège de la compagnie à l'aéroport parisien de Roissy.

Sept personnes au total ont été blessées, dont un vigile gravement touché qui a dû être hospitalisé, selon la direction, qui a annoncé son intention de porter plainte.

En déplacement au Japon, le premier ministre français Manuel Valls s'est dit « scandalisé » par ces « violences inacceptables ». « Les violences physiques méritent d'être sanctionnées », a renchéri à Paris le ministre des Transports, Alain Vidalies.

« C'est très mauvais en termes d'image pour la compagnie et pour le pays (...) Il ne faut pas que les investisseurs étrangers aient peur de se faire agresser », a déploré un responsable du patronat français.

L'image de dirigeants d'une entreprise-vitrine pour la France, malmenés par des manifestants, vient en opposition aux efforts du gouvernement socialiste pour attirer les investisseurs en les assurant d'un climat social apaisé en dépit d'un chômage record.

L'État français a renforcé cette année à 17,6% sa participation au capital d'Air France-KLM, principal transporteur aérien européen avec la Lufthansa allemande.

« Ce que nous avons vu ce matin n'est en aucun cas le vrai visage d'Air France », a déclaré le PDG d'Air France, Frédéric Gagey.

Xavier Broseta, l'un des dirigeants agressés, a refusé « que soit jeté l'opprobre sur l'ensemble du personnel » affirmant avoir « reçu des témoignages de sympathie par centaines » de syndicalistes et de salariés.

Plusieurs grands syndicats français ont dénoncé les violences. Le SNPL, majoritaire chez les pilotes d'Air France, a « condamné ces débordements », mais aussi « la répression violente de la manifestation des salariés pourtant calme et sereine », selon lui.

Disponibilité à renégocier?

La colère des personnels a explosé en fin de matinée quand la direction d'Air France a officialisé en comité central d'entreprise un plan de réduction d'activité qui pourrait supprimer près de 3.000 postes en deux ans.

Sur fond d'appel à la grève de quatre syndicats, entre 1.000 et 2.000 salariés s'étaient rassemblés devant le siège d'Air France. Plusieurs centaines d'entre eux ont interrompu la réunion en réclamant la démission de M. Gagey et du patron d'Air France/KLM, Alexandre de Juniac.

La nouvelle restructuration fait suite à une précédente déjà traduite par 5.500 suppressions de postes entre 2012 et fin 2014. Elle vise à résorber des sureffectifs chiffrés par la direction à 2.900 postes en 2016 et 2017 : 300 pilotes, 900 hôtesses et stewards et 1.700 personnels au sol.

Pour la première fois, des départs contraints sont envisagés. Air France assure « privilégier les départs volontaires » et se dit « disponible à tout moment pour reprendre les négociations avec les syndicats ».

Son projet s'accompagne d'une réduction de voilure pour le réseau long-courrier, dont la moitié des lignes sont déficitaires : la flotte, de 107 avions actuellement, devrait perdre 14 appareils en deux ans.

Air France prévoit aussi de réduire la fréquence de ses vols sur plus d'une vingtaine de lignes en 2016 et d'en fermer cinq en 2017 en Inde et en Asie du Sud-est.

La compagnie escompte aussi négocier l'annulation de commandes de Boeing 787 auprès du constructeur américain.

Les administrateurs d'Air France-KLM avaient entériné ce plan jeudi après l'échec de négociations avec les pilotes sur de nouvelles mesures de productivité.

La direction demandait au personnel navigant de voler une centaine d'heures de plus par an, sans hausse de rémunération, et de renoncer à des jours de repos, un scénario unanimement rejeté par les syndicats.

Le gouvernement a demandé « un effort » aux pilotes, dont la rémunération peut atteindre jusqu'à 250.000 euros par an, tandis que le SNPL accusait la direction d'avoir mené une « parodie de négociations ».

Les importantes réductions de coût des dernières années devraient permettre à Air France de renouer avec les bénéfices en 2015. Mais la compagnie reste prise en tenaille entre la concurrence low cost en Europe et celle de ses homologues du Golfe sur le long courrier.

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