POLITIQUE
04/10/2015 10:59 EDT | Actualisé 04/10/2015 10:59 EDT

Plus d'un an après l'évasion d'Orsainville : encore des brèches à colmater

Ministère de la Sécurité publique

QUÉBEC – Plus d’un an après la spectaculaire évasion par hélicoptère du centre de détention de Québec, l’installation d’un toit grillagé se fait encore attendre dans certaines prisons québécoises. Toutefois, d’autres mesures de sécurité importantes ont été mises en place. Tour d’horizon.

Le 7 juin 2014, trois accusés se sont évadés de la «prison d’Orsainville» grâce à un complice qui s’est posé en hélicoptère dans la cour du centre de détention. Un an auparavant, une évasion similaire avait eu lieu à la prison de Saint-Jérôme. Les évadés ont été capturés dans les deux cas.

Depuis, 15 cours de prison ont été munies de toits grillagés dans les 18 centres de détention du Québec, affirme le ministère de la Sécurité publique. Mais six autres cours restent à aménager, 15 mois après les événements. À terme, le ministère vise à doter chaque centre de détention d’au moins une cour sécurisée. Pour des raisons de sécuritée, il a été impossible de savoir quels centres ont été dotés de cours grillagées ou non.

«On a une séquence de priorisation qui se déploie progressivement, explique le sous-ministre associé par intérim des Services correctionnels, Jean-François Longtin. C’est en voie de réalisation, mais ça prend quand même un certain temps pour assurer l’installation dans l’ensemble de ces cours.»

Le délai s’explique par le processus normal pour tous les projets d’infrastructure, notamment les appels d’offre, ajoute-t-il.

Toutefois, Jean-François Longtin assure que les individus à haut risque ont été regroupés dans les centres dotés d’une cour sécurisée. «Ces toits grillagés nous permettent à la fois de contrer le risque d’évasion par la voie aérienne, mais aussi d’éviter l’intrusion d’objets ou de substances illicites», dit-il.

Le coût moyen pour l’installation d’une cour grillagée se situe entre 1 200 $ et 3 600 $ du mètre carré.

Fouille systématique des gardiens

Beaucoup de chemin a été parcouru pour resserrer la sécurité dans les 18 centres de détention de la province, assure le sous-ministre associé en entrevue. «On n’a pas attendu le dépôt du rapport de Me Bouchard avant de prendre des actions», dit-il en référence au rapport d’enquête administrative commandé par la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, à la suite de l’évasion.

Dans la semaine suivant l’événement, les services correctionnels ont recensé les cas à haut risque et instauré des zones d’exclusion aérienne, toujours en vigueur, autour des prisons québécoises.

Loin d’être tabletté, le rapport de Me Michel Bouchard a mené à plusieurs modifications dans le système carcéral. Ainsi, deux établissements viennent de compléter un projet-pilote sur la fouille systématique de toutes les personnes qui entrent dans un centre de détention, incluant les employés. Devant les résultats positifs, la nouvelle mesure sera appliquée aux quatre nouveaux centres de détention qui ouvriront leurs portes bientôt.

La fouille systématique sera ensuite étendue graduellement à l’ensemble du système correctionnel. «On doit évaluer les coûts d’aménagement, d’acquisition des équipements, les effectifs nécessaires, vérifier la configuration des lieux», énumère Jean-François Longtin, sans fournir d’échéancier précis.

Bien qu’aucun gardien n’ait été mis en cause dans l’évasion d’Orsainville, le rapport Bouchard note que les sorties dans la cour de prison ne sont pas annoncées à l’avance aux détenus. On soupçonne donc l’utilisation d’un téléphone cellulaire pour contacter le pilote de l’hélicoptère. Le rapport Bouchard note d’ailleurs que 467 téléphones cellulaires ont été saisis chez des détenus en 2012-2013.

Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec n’a pas répondu à nos appels répétés pour commenter le dossier.

Nouveau directeur du renseignement

Autre initiative importante, la Direction générale des services correctionnels se dotera d’ici la fin octobre d’une direction du renseignement, rattachée à la direction de la sécurité. Ce nouveau directeur fera le pont entre les divers gestionnaires du renseignement dans les centres de détention. «Le but est d’augmenter la coordination centrale du renseignement, dit Jean-François Longtin. On avait déjà une coordination centrale, mais en ajoutant une direction du renseignement, on va y porter un œil plus attentif et peut-être revoir certains mécanismes, certaines procédures.»

Le nouveau directeur veillera également au partage d’informations avec les corps policiers et les services correctionnels du Canada et des autres pays. «On reçoit et on transige énormément de renseignements», note-t-il.

La nouvelle direction sera créée à même les ressources actuelles du ministère.

Plus de ressources

Plusieurs autres mesures ont été mises en place pour répondre, en tout ou en partie, aux six recommandations du rapport Bouchard. La Direction de la vérification interne a notamment formé 13 co-enquêteurs afin de réduire le délai des enquêtes internes.

Lors des événements d’Orsainville, le rapport sur l’évasion de Saint-Jérôme, plus d’un an auparavant, n’avait toujours pas été déposé. Pourtant, note Me Bouchard, les conclusions de l’enquête auraient permis aux directeurs d’établissements de mettre en place les correctifs nécessaires pour éviter la répétition d’un tel événement.

Également, un comité stratégique réunissant des hauts dirigeants des Services correctionnels et de la Sûreté du Québec a été mis en place pour lutter contre la corruption et l’intimidation des employés. «Leur mandat est d’élaborer une structure de communication standardisée pour les deux organisations», explique Jean-François Longtin. En 2012-2013, 113 cas d’intimidation contre des employés d’établissements carcéraux ont été rapportés. Un sommet avait été atteint en 2008-2009 avec 203 cas.

Le nouveau comité a permis aux gestionnaires d’avoir accès à la centrale d’informations criminelles de la Sûreté du Québec.

Finalement, les directeurs d’établissements ont désormais accès aux juristes du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales en dehors des heures de travail normales; ils avaient déjà accès aux juristes du ministère pendant les heures de bureau.

La mesure peut sembler anodine, mais elle aurait pu jouer un rôle-clé pour éviter l’évasion des trois accusés d’Orsainville. En effet, la directrice de l’établissement, Brigitte Girard, avait abaissé la cote de sécurité des prévenus sur instruction du juge Louis Dionne. Malgré le risque d’évasion, la directrice craignait de faire dérailler le procès si elle refusait d’alléger les conditions de détention des prévenus.

«Confrontée à une situation stressante et inusuelle, note le rapport Bouchard, la directrice a pris la décision qu’elle croyait devoir prendre dans les circonstances.»

Ci-dessous, un exemple de cour grillagée, au Centre de détention de Roberval.

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