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04/10/2015 07:13 EDT | Actualisé 04/10/2016 01:12 EDT

Passos Coelho, un libéral obstiné devenu champion de l'austérité

Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho, candidat à un deuxième mandat lors des élections législatives de dimanche, est un centriste libéral, calme et déterminé, qui a sorti son pays du gouffre financier au prix d'une cure d'austérité sans précédent.

"S'il faut un jour perdre les élections pour sauver le pays, alors je me fiche des élections", lance-t-il devant des responsables de son Parti social-démocrate (PSD) à l'été 2012, un an après son arrivée au pouvoir.

Car cet homme de 51 ans, entré très tôt en politique, s'estime investi d'une "mission patriotique": affranchir le Portugal de la tutelle de ses créanciers, l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

L'objectif est atteint en mai 2014, avec la conclusion du plan de redressement financier sur trois ans négocié par le précédent gouvernement socialiste, synonyme d'une extrême rigueur budgétaire.

"Le Portugal a surmonté une des pires crises de son histoire récente", se félicite-t-il alors, en reconnaissant toutefois que son nom "reste associé aux conséquences les plus graves de cette crise".

Cet éternel jeune premier de la droite portugaise, qui se définit comme "un social-démocrate de tendance libérale", a dû franchir plusieurs écueils pour arriver au terme de son mandat et se placer en tête des derniers sondages.

- Contestation -

Faisant preuve du "calme olympien" pour lequel il est réputé, il a notamment résisté aux manifestations monstres de septembre 2012, qui l'ont tout de même contraint de retirer une mesure très contestée et scellé son désamour avec une partie importante de l'opinion publique.

A l'été 2013, il a sauvé de justesse sa majorité au Parlement après les démissions de son ministre des Finances, Vitor Gaspar, puis de son ministre des Affaires étrangères et partenaire de coalition, Paulo Portas, qu'il convainc de rester au gouvernement comme vice-Premier ministre.

Quand il espèrait commencer à tirer profit d'une relative embellie sur le front économique, son image est toutefois ternie par une controverse concernant ses cotisations sociales non payées entre 1999 et 2004.

Il assure alors avoir déjà régularisé sa situation, mais c'est un coup dur pour celui qui se pose en modèle de frugalité, continuant de vivre dans son appartement des banlieues populaires de Lisbonne.

Né à Coimbra (centre) le 24 juillet 1964, Pedro Passos Coelho passe son enfance en Angola, alors colonie portugaise, où son père est médecin. Après l'indépendance en 1975, sa famille revient au Portugal et s'installe à Vila Real (nord).

Dans le sillage de son père, dirigeant local du PSD, le jeune Pedro adhère à 13 ans aux jeunesses de cette formation politique, dont il devient président en 1990.

- Indépendance -

Député de 1991 à 1999, il affirme son indépendance face aux barons de son parti, alors au pouvoir, en s'opposant à la hausse des droits de scolarité universitaires ou en défendant la fin du service militaire obligatoire.

A 35 ans, il quitte le Parlement pour, dit-il, éviter d'être "pris en otage" par la politique. Une fois sa licence d'économie en poche, il travaille comme consultant puis directeur financier d'un groupe d'investissement.

Passos Coelho revient sur le devant de la scène en 2008, mais échoue à prendre la tête de son parti. Cet homme réputé têtu et orgueilleux prend sa revanche six mois après les législatives septembre 2009, perdues par son camp.

Elu président du PSD par un vote direct des militants, il revendique d'emblée un programme plus libéral que ses prédécesseurs, prônant le désengagement de l'Etat de l'économie et de la société.

Quand le Portugal est touché par la crise des dettes souveraines, il provoque la démission du gouvernement socialiste minoritaire en refusant d'endosser un quatrième plan d'austérité en l'espace d'un an, puis remporte les élections législatives anticipées de juin 2011.

Marié deux fois et père de trois filles, M. Passos Coelho est connu pour son goût pour la musique et la voix de baryton avec laquelle il aime chanter le fado entre amis.

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