NOUVELLES
04/10/2015 07:07 EDT | Actualisé 04/10/2016 01:12 EDT

Antonio Costa, un socialiste modéré en croisade contre l'austérité

Il n'a rien d'un Alexis Tsipras. Vieux routier de la politique, le socialiste portugais Antonio Costa, 54 ans, se pose en défenseur d'une alternative à l'austérité, sans pour autant vouloir révolutionner l'Europe ou bafouer ses règles.

"Le PS n'est pas Syriza", martèle-t-il, en guise de réponse au message choc de la coalition gouvernementale de droite qui prédit le chaos et la dérive incontrôlée des dépenses publiques en cas de retour au pouvoir des socialistes.

Pourtant, en janvier, le candidat socialiste au poste de Premier ministre avait applaudi des deux mains la victoire du parti de gauche radicale lors des élections en Grèce, y voyant "le signal du changement en Europe".

Depuis, face aux déboires de Syriza et en perte de vitesse dans les sondages, il a rectifié le tir, à la recherche d'une troisième voie, écartant la "soumission" face à l'Europe autant que la "confrontation".

Il multiplie les promesses tout en chiffrant minutieusement leur coût: retour aux 35 heures dans la fonction publique, hausse du salaire minimum, baisse de la TVA dans la restauration.

"Je vais toujours au-delà de mes engagements", assure celui qui a été élu trois fois maire de Lisbonne, avec un score en hausse constante.

Plus populaire que son parti, il a fait de son bilan à la tête de la mairie de Lisbonne (2007 à 2015) son principal argument électoral.

Affable et jovial, il cherche le contact avec les Lisboètes, installant en 2011 ses bureaux dans le quartier défavorisé de la Mouraria, haut lieu de la drogue et de la prostitution.

- Amateur de puzzles -

Mais il n'enterre jamais ses ambitions nationales. Persévérant, voire obstiné, il bâtit sa carrière avec la même patience dont il fait preuve lorsqu'il assemble des puzzles de mille pièces, un de ses passe-temps favoris.

Né le 17 juillet 1961 à Lisbonne, le petit Antonio grandit dans les milieux intellectuels fréquentés par ses parents, la journaliste Maria Antonia Palla, et l'écrivain communiste Orlando da Costa, descendant d'une grande famille de Goa, ancien comptoir colonial portugais en Inde.

Dès 14 ans, "Babush" ("enfant" en konkani, la langue de Goa) s'engage dans la Jeunesse socialiste. Une licence en droit et science politique en poche, il devient avocat en 1988.

Supporter du club de football du Benfica, il est marié à une enseignante et père de deux enfants. Il avoue sa passion pour la cuisine, le cinéma et le chant national, le fado.

Entré au Parlement en 1991, il est nommé secrétaire d'État aux Affaires parlementaires en 1995, puis ministre de la Justice (1999-2002).

Après un bref passage au Parlement européen (2004-2005), il est promu ministre de l'Intérieur et numéro deux du gouvernement de José Socrates, qu'il quitte en 2007 pour la mairie de Lisbonne.

- L'héritage de Socrates -

L'héritage de José Socrates s'avère lourd. C'est lui qui sollicite une aide internationale en avril 2011 alors que le pays est au bord du précipice.

En 2014, l'ancien Premier ministre le soutient dans son duel fratricide avec le patron du parti, Antonio José Seguro, auquel il reproche une victoire trop étriquée lors des élections européennes.

Il finit par l'évincer de son poste, à l'issue d'élections primaires ouvertes aux sympathisants du PS, remportées avec 67,8% des voix.

Mais l'euphorie sera de courte durée. Deux jours avant l'intronisation d'Antonio Costa à la tête du parti fin novembre, José Socrates est arrêté et mis en examen pour corruption et blanchiment d'argent.

Les socialistes sont en état de choc. Antonio Costa les appelle à "séparer l'amitié de l'action politique". Puis, il prend ses distances et décrète froidement que "personne n'est au-dessus de la loi".

Avec son éternel sourire, il affiche un style décontracté, mais ne cache pas un caractère parfois volcanique: "une chose est sûre, je ne ferai pas d'ulcère", reconnaît-il.

Ainsi, mécontent d'un éditorial, il n'hésite pas à envoyer un SMS enragé à un journaliste de l'hebdomadaire influent Expresso, dont le directeur n'est autre que son demi-frère Ricardo Costa.

bh/tsc/ia