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03/10/2015 13:36 EDT | Actualisé 03/10/2016 01:12 EDT

Retrait des chars dans l'est de l'Ukraine, mais la paix est loin

L'armée ukrainienne et les séparatistes prorusses ont annoncé samedi le début du retrait des chars dans l'Est rebelle pour consolider la trêve, mais le règlement de la situation dans cette région de l'Ukraine négocié avec la médiation franco-allemande semble encore bien loin.

L'annonce est intervenue au lendemain d'un sommet à Paris entre les dirigeants ukrainien, russe, français et allemand qui ont reconnu que les accords de paix pour l'Ukraine signés en février avec leur participation ne seraient pas mis en oeuvre comme initialement prévu d'ici à la fin de l'année.

Sur fond de calme "exemplaire" régnant dans l'Est depuis plus de deux jours, les rebelles de la république autoproclamée de Lougansk ont annoncé dans la matinée avoir entamé le retrait des chars, qui doit être suivi de celui des pièces d'artillerie d'un calibre inférieur à 100 mm.

"L'accalmie pendant deux jours nous a permis d'entamer le processus bilatéral du retrait", a confirmé dans la soirée l'armée ukrainienne.

Il était impossible dans l'immédiat de vérifier ces informations auprès des observateurs de l'OSCE présents dans la zone du conflit.

Le retrait des chars et des armes de calibre inférieur à 100 mm dans une zone de 15 km de part et d'autre de la ligne de front va prendre une quarantaine de jours et a été convenu cette semaine entre les belligérants afin de préserver les vies après que le conflit a fait plus de 8.000 morts, principalement des civils, depuis avril 2014.

Les rebelles de la république séparatiste voisine de Donetsk ont indiqué qu'ils commenceraient le retrait de leurs armes le 18 octobre, une fois l'opération similaire en cours à Lougansk achevée et si la trêve mise en oeuvre il y a peu "est respectée".

"La fin de la guerre est bien loin", a estimé cependant samedi le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk en accusant la Russie de ne pas vouloir "respecter Minsk 2" et "faire traîner en longueur" le processus de paix.

- 'Scénario du Kremlin' -

En effet, la mise en oeuvre des autres points clé du processus de paix sera retardé, a déclaré vendredi le président français François Hollande après un sommet à Paris avec ses homologues russe Vladimir Poutine, ukrainien Petro Porochenko et la chancelière allemande Angela Merkel pour faire le point sur Minsk 2.

Le président français a annoncé le report "au-delà du calendrier de 2015" des élections locales prévues dans l'Est séparatiste et évoqué l'adoption par Kiev d'une nouvelle loi électorale pour rendre ce scrutin "incontestable", sous observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Les rebelles qui, faisant fi de la loi ukrainienne, ont fixé leurs scrutins au 18 octobre à Donetsk et au 1er novembre à Lougansk n'ont pas réagi après cette déclaration.

Quand à un autre point fondamental pour les autorités ukrainiennes, la reprise du contrôle par Kiev de 400 km de frontières avec la Russie, par où transitent selon le gouvernement ukrainien et les Occidentaux armes et troupes destinées à l'Est rebelle de l'Ukraine, "il faudra encore du temps" pour y aboutir, a ajouté le chef de l'Etat français.

"Vu le changement de l'attitude des gens comme Hollande (....) les accords de Minsk peuvent être manipulés au point" de rendre possible la mise en oeuvre d'un des scénarios du Kremlin : "séparer le Donbass de l'Ukraine ou, encore mieux, le réintégrer à l'Ukraine avec ses dirigeants actuels contrôlés par Moscou", estime le politologue allemand Andreas Umland, spécialiste de l'Ukraine.

"Cela signifierait que l'Ukraine resterait fondamentalement instable", poursuit-il.

Pour l'analyste ukrainien Vassyl Filiptchouk, du Centre international des études politiques, "le principal résultat du sommet à Paris est la poursuite de la réalisation du scénario russe pour remodeler l'Ukraine".

Plus modéré, l'analyste politique ukrainien indépendant Olexandre Souchko estime qu'il ne s'agit ni d'une victoire, ni d'une défaite, mais d'"un match nul pour l'Ukraine".

Il reconnaît toutefois que pressé par les médiateurs européens, Kiev va devoir "prendre des décisions contraires à l'intérêt national, mais impossibles à éviter".

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