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03/10/2015 00:45 EDT | Actualisé 02/10/2016 01:12 EDT

GB: Les conservateurs britanniques, entre démonstration de force et divisions

Le Parti conservateur britannique semble plus fort que jamais à la veille de son congrès annuel à Manchester, même si les vieilles divisions européennes refont surface tandis que s'ouvre la bataille pour la succession de David Cameron.

"Les conservateurs seront de très bonne humeur : ils n'ont plus à faire de compromis avec les libéraux-démocrates et ils pensent être bien positionnés pour gagner les prochaines élections" étant donné la radicalisation du Labour, explique à l'AFP Duncan O'Leary, directeur de recherche du centre de réflexion Demos.

Ce congrès a en effet une saveur toute particulière pour les Tories : leur triomphe inattendu aux élections législatives de mai leur a permis de former le premier gouvernement uniquement conservateur depuis une vingtaine d'années, et ce après cinq ans de coalition avec les libéraux-démocrates.

Face à cette hégémonie, les manifestations contre les conservateurs s'annoncent d'une ampleur inédite. La plateforme The People's Assembly, qui fait campagne contre l'austérité, organise une semaine entière d'actions sous le mot d'ordre "Take Back Manchester" (Reprenez Manchester).

Une grande manifestation est prévue dimanche dans le centre de cette ville du nord de l'Angleterre -qui a accueilli le congrès annuel des conservateurs quatre fois depuis 2009- tandis que divers autres évènements (débats, soirées, flash-mobs) se tiendront jusqu'à la fin du congrès mercredi.

Le nouveau leader du Parti travailliste, le radical Jeremy Corbyn, sera même de la partie, attendu à un débat sur les services postaux lundi soir.

- Fissures sur la question européenne -

"Le Labour a élu un leader que les conservateurs estiment inéligible (comme Premier ministre), ce qui d'une certaine façon leur permet de se disputer sans prendre trop de risques", remarque Tim Bale, professeur de sciences politiques à l'université de Queen Mary à Londres.

"Certains pourraient abuser de cette liberté", notamment les eurosceptiques les plus farouches dans la perspective du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, prévient-il dans un entretien à l'AFP.

Jusqu'ici, David Cameron, favorable à un maintien dans une union "réformée", est resté le plus flou possible sur les aménagements qu'il essaye d'obtenir de ses partenaires européens.

Même si la majorité des députés tories attendent de voir le résultat de ces négociations, "des fissures vont commencer à apparaître car il y a des vues très divergentes sur ce sujet au sein du Parti conservateur", prédit Duncan O'Leary.

Pas plus tard que jeudi, l'ancien chancelier de l'Échiquier de Margaret Thatcher, Nigel Lawson, a annoncé qu'il prenait la tête de la campagne des conservateurs favorables à une sortie de l'UE.

La relation avec l'Europe, qui divisait les travaillistes dans les années 1960-70, est devenue l'une des principales pomme de discorde chez les tories, au point qu'elle a déjà "failli détruire" le parti conservateur, de l'aveu même de l'ancien Premier ministre John Major.

- Osborne en pôle position -

L'autre sujet qui devrait occuper les troupes conservatrices de dimanche à mercredi est la question de la succession de David Cameron, qui avait nonchalamment lâché avant les élections de mai qu'il ne briguerait pas de troisième mandat.

"Il est évident que (le chancelier de l'Échiquier) George Osborne est en pôle position (...) mais les choses peuvent changer rapidement", souligne Tim Bale, rappelant qu'Osborne n'a pas toujours été aussi crédible.

Les observateurs s'accordent à dire que cela va se jouer entre lui et le maire de Londres Boris Johnson, même si d'autres noms ont été avancés comme ceux de la ministre de l'Intérieur Theresa May ou du ministre des Entreprises Sajid Javis.

"Boris Johnson est plus populaire auprès du public mais George Osborne est plus populaire auprès des membres du Parti conservateur et au final ce sont eux qui décideront du prochain leader", souligne Duncan O'Leary.

En attendant, le ministre des Finances ne ratera pas l'opportunité de défendre à Manchester l'une de ses politiques phares, la "Northern Powerhouse", c'est-à-dire la création dans le nord de l'Angleterre d'un hub politique et économique via une forte décentralisation et le renforcement des infrastructures entre les villes de cette région.

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