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03/10/2015 00:45 EDT | Actualisé 02/10/2016 01:12 EDT

Divorcés remariés: les catholiques américains attendent des avancées

Comme beaucoup d'autres, les catholiques américains attendent du synode des évêques, qui débute dimanche au Vatican, des avancées ou au moins des éclaircissements sur la situation des croyants divorcés et remariés.

Aujourd'hui exclus du sacrement de communion, les millions de divorcés remariés doivent-ils le recevoir?

Ce sujet, secondaire vu de l'extérieur, est pourtant le brûlot du synode, car il touche le coeur de la doctrine catholique.

Les divorcés peuvent communier, mais pas les divorcés remariés. En vertu du droit canon, les personnes remariées civilement sont considérées comme infidèles à leur premier conjoint, et exclues des sacrements.

"Ma soeur est mariée depuis 15 ans à un homme qui a été marié religieusement auparavant. Elle ne peut pas se marier à l'église et cela la tourmente depuis son mariage civil", explique Carola, une cinquantenaire new-yorkaise à l'allure soignée qui sort de la messe, en fin d'après-midi.

Dans "l'instrumentum laboris", document de travail du prochain synode publié en juin, le Vatican réaffirme clairement l'indissolubilité du mariage, tout en ouvrant des voies de réflexion pour la communion de certains divorcés remariés.

"Ils doivent se détendre. S'ils tournent le dos aux divorcés et aux femmes qui ont avorté, ils vont s'aliéner la moitié de la population", prévient Eric, un cadre pressé en costume qui sort d'une église de Manhattan.

Le pardon est toujours possible et constitue la base même de l'église catholique, rappelle aussi Joy Reyes, une sexagénaire au regard vif.

Elle rappelle qu'existe la déclaration en nullité du mariage, rendue par un tribunal ecclésiastique, qui ne dissout par l'union mais déclare que les conditions nécessaires à sa validation n'étaient pas remplies.

"Ce serait bien de faciliter (cette procédure), la rendre moins onéreuse et plus rapide", plaide Ada Duran, une catholique new-yorkaise d'origine colombienne.

"Beaucoup ne le font pas à cause de ça. Ma soeur, par exemple, cela lui a pris dix ans. Et encore, c'est beaucoup plus facile qu'en Colombie. Là-bas, ils sont très stricts", explique-t-elle.

Durant cette décennie passée à attendre, "elle continuait à aller à l'église, mais elle pleurait".

Le message a été entendu par le pape François qui, début septembre, a simplifié et rendu gratuites les procédures de reconnaissance de nullité.

- La nullité, seule voie possible ? -

Mais pour Joy Reyes, ce n'est pas suffisant. "Les prêtres devraient accompagner ces gens dans leurs démarches. Beaucoup n'ont pas fait d'études et ne savent pas comment faire", dit-elle.

Car pour tous ceux qui acceptent de s'exprimer à la sortie de l'église, la nullité du mariage peut, seule, permettre de recevoir l'eucharistie, et ils ne souhaitent pas que cela change.

"Il n'y a pas d'autre moyen. Autrement, ce serait aller contre le droit canon", avertit Carola.

"Tout le monde a droit au pardon, mais si vous voulez faire partie de l'église, il faut suivre les règles", considère Ruth, catholique pratiquante.

Mais même sans déclaration de nullité, qui dit divorce ne dit pas excommunication.

Les divorcés "font toujours partie de l'Eglise" et ne doivent pas être traités comme des excommuniés, car ils "ne sont pas excommuniés", avait insisté début août le pape.

"Mon frère a quitté sa femme après 30 ans de mariage", explique Joy Reyes, mais ne veut pas entendre parler de nullité. "Il me dit: je parle directement à Dieu."

François avait estimé "qu'un accueil fraternel" était "nécessaire envers les baptisés qui ont établi une nouvelle relation après l'échec d'un mariage sacramentel".

Le synode devrait explorer des voies plus audacieuses, face auxquelles les conservateurs se hérissent. François serait discrètement mais fermement du côté de ces novateurs, mais avec prudence, sans rompre avec la doctrine de l'indissolubilité.

Dans des conditions très strictes, "un chemin de pénitence" pourrait être envisagé pour permettre à certains divorcés civilement remariés de communier, selon l'instrumentum laboris.

Ils s'engageraient notamment "à la continence": ce qui pourrait impliquer de faire chambre à part. Leur curé pourrait alors les autoriser à communier.

Pour Eric, il s'agit avant tout de dire aux divorcés "vous serez jugés par Dieu, pas par nous".

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