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03/10/2015 08:34 EDT | Actualisé 03/10/2016 01:12 EDT

Afghanistan : neuf morts et de nombreux disparus dans le bombardement d'un hôpital de MSF

Le bombardement de l'hôpital de Médecins sans Frontières (MSF) dans la ville afghane de Kunduz, qui pourrait être un raid américain, a provoqué la mort de neuf employés et se serait poursuivi 30 minutes après que l'ONG a averti Washington que l'établissement était touché.

Le bilan de ce raid effectué au coeur de la nuit pourrait s'alourdir car "de nombreux patients et membres du personnel manquent encore à l'appel", explique MSF. Un nouveau bilan fait état de neuf employés tués et de 37 personnes grièvement blessées.

Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l'hôpital de cette grande ville du nord, situé non loin du centre-ville. Kunduz a été le théâtre d'âpres combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes cette semaine.

L'Otan reconnaît qu'un raid américain "pourrait avoir causé des dommages collatéraux dans un centre médical qui se trouvait à proximité" de l'hôpital de MSF.

L'opération visait sans doute "des terroristes armés qui ont attaqué l'hôpital de MSF et l'ont utilisé en tant que base pour attaquer les forces afghanes et les civils", a précisé le ministère afghan de la Défense.

Un aspect que MSF ne manquera pas de souligner au cours de l'enquête ouverte par l'Otan : l'ONG affirme que les bombardements se sont poursuivis "pendant plus d'une demi-heure" après qu'elle a averti les armées afghane et américaine que son établissement avait été touché. MSF assure avoir transmis préventivement les coordonnées GPS de son hôpital à "toutes les parties" du conflit, et "notamment à Kaboul et Washington". Or, l'Otan n'évoque qu'une "frappe aérienne" américaine, sans préciser combien de bombes ont été larguées.

- "En état de choc" -

Quiamudine, un commerçant de Kunduz, a raconté à l'AFP combien l'odeur de la chair brûlée emplissait les locaux. Il s'est rendu sur place pour obtenir des nouvelles de son voisin qui y travaillait. "J'étais en état de choc, j'avais les larmes aux yeux quand je suis arrivé", a-t-il expliqué. "J'ai dû implorer les talibans retranchés dans certains quartiers de me laisser passer" pour rejoindre l'hôpital où il a appris que son voisin avait été tué.

Le centre de soins de MSF a apporté une aide cruciale à la population civile dès lundi et la prise de Kunduz par les talibans, puis la contre-offensive des forces de sécurité afghanes.

C'est le seul hôpital dans cette région du nord de l'Afghanistan capable de traiter des grands blessés. "MSF a traité 394 blessés depuis lundi", a expliqué Bart Janssens, directeur des opérations de l'ONG. "Nous sommes terriblement choqués par cette attaque", a-t-il ajouté. La Croix-Rouge a parlé d'une "effroyable tragédie", la mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) a condamné cette frappe "dans les termes les plus forts", tandis que la France a appelé à ce qu'"une enquête soit conduite" et le commissaire européen aux Affaires humanitaires Christos Stylianides s'est dit "profondément choqué".

- Le nord en ligne de mire -

En Afghanistan, les frappes aériennes de la coalition de l'Otan font l'objet d'une controverse quant aux "dommages collatéraux" qu'elles engendrent. En juillet dernier, dix soldats afghans avaient ainsi été tués par erreur dans un raid américain dans la province orientale de Logar.

Mais les frappes se sont avérées cruciales dans le soutien apporté par l'Otan à l'armée afghane dans sa contre-offensive pour reprendre Kunduz aux talibans.

Les insurgés sont parvenus à s'emparer de la ville en quelques heures seulement lundi, remportant ainsi leur plus grande victoire depuis la chute de leur régime en 2001 et infligeant un grave revers au président Ashraf Ghani.

Les forces de sécurité afghanes ne leur ont opposé qu'une faible résistance, symptomatique des énormes difficultés qu'elles rencontrent pour contenir les combattants islamistes, actifs non seulement dans leurs fiefs du sud et de l'est mais aussi dans le nord désormais.

Outre Kunduz, les provinces du Badakhshan, de Baghlan et de Takhar sont le théâtre d'une offensive de plus en plus intense des rebelles. Dans le Badakhshan, les talibans ont brièvement conquis vendredi le district de Baharak, proche de la capitale de la province Faizabad, avant d'être repoussés.

L'armée afghane est d'autant plus surmenée qu'elle ne peut plus compter sur l'appui au sol de l'Otan. Depuis la fin de sa mission de combat, l'Alliance compte 13.000 hommes cantonnés à des missions de soutien et de formation de leurs homologues afghans.

gde/bds