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01/10/2015 05:32 EDT | Actualisé 01/10/2016 01:12 EDT

GB: Corbyn renforce sa légitimité sans régler les dissensions

Le nouveau patron du parti travailliste britannique, le radical Jeremy Corbyn, est sorti renforcé de son premier congrès à la tête du Labour, sans pour autant régler les conflits internes ni convaincre qu'il a les épaules d'un premier ministrable.

Après son élection surprise à la tête du parti, tout le monde l'attendait au tournant, prévoyant un affrontement avec les députés travaillistes, majoritairement centristes, vu ses positions nettement plus à gauche.

Pourtant, Corbyn a su éviter toute confrontation directe, échappant ainsi à un vote potentiellement désastreux sur le renouvellement du programme nucléaire Trident, auquel il est opposé.

Mais il n'a pas pu empêcher l'adoption d'une motion ouvrant la voie à des frappes en Syrie contre le groupe Etat islamique, à condition qu'il y ait un mandat de l'Onu -frappes auxquelles ce pacifiste militant est opposé.

Il a ainsi réitéré son opposition à utiliser des armes nucléaires s'il devient Premier ministre. Une position que le ministre des Affaires étrangères du cabinet fantôme travailliste Hilary Benn a contredite en affirmant que "tout Premier ministre doit avoir la possibilité" d'avoir recours à de telles armes.

Pour le quotidien conservateur Daily Telegraph, ces positions divergentes montrent que le cabinet fantôme est en plein "désarroi". Mais peu d'alternatives crédibles ont émergé pendant les quatre jours du congrès à Brighton qui s'est achevé mercredi et le quotidien juge que Jeremy Corbyn a de facto été conforté dans sa position de chef du parti.

Pour Eunice Goes, professeur associée de science politique à la Richmond University, Jeremy Corbyn a aussi cherché à "rassurer les Britanniques" sur le fait qu'il n'était "pas une menace pour la sécurité du pays" ou que "ses idées n'étaient pas aussi folles que ce qu'ont décrit les médias de droite et le Premier ministre".

- 'Pas le messie' -

"Ca ne s'est pas mal passé avec les délégués et les adhérents. C'est avec les députés qu'il a des difficultés parce que la plupart sont méfiants. Ils craignent que le parti ne soit inéligible et que l'entourage de Corbyn n'opère une purge des éléments les plus de centre-droit", a dit à l'AFP Iain Begg, professeur à la London School of Economics.

Son discours et son appel à s'opposer plus fermement à la politique d'austérité du gouvernement ont été plutôt bien accueillis au congrès. Mais il a été ridiculisé dans la presse britannique, qui ne s'est pas privée de relever que de larges extraits provenaient d'un discours écrit dans les années 1980.

"Sinistre, ennuyeux, banal, erroné, moralisateur, condescendant, erroné", a ainsi écrit le commentateur de gauche John Rentoul.

Tout cela ne laisse cependant pas entrevoir son prochain renversement, de l'aveu même de Peter Mandelson, l'architecte du projet blairiste du "New Labour". "Personne ne va le remplacer... jusqu'à ce qu'il ait prouvé au parti son inéligibilité dans les sondages", estime-t-il.

Une analyse partagée par Eunice Goes, qui souligne combien il est difficile de changer un chef de parti, a fortiori quand il a été élu avec près de 60% des voix. "Nous allons voir des incidents et des mini-crises (...) mais rien de fatal pour Corbyn", dit-elle à l'AFP, jugeant que les attaques répétitives et incessantes risquent "d'affecter son autorité, doucement mais sûrement, d'ici un an ou deux".

Si Jeremy Corbyn peut être crédité d'un succès relatif dans sa capacité à gérer son parti, il lui reste à convaincre le grand public et notamment les électeurs indécis.

Jeremy Corbyn incarne un "désir" de profonds changements de la politique, a déclaré lors d'un événement annexe au congrès le député Keir Starmer. Mais il "n'est pas le messie", a-t-il ajouté en plaisantant.

Aux yeux de ses partisans, il a déjà réussi le miracle d'avoir donné au Labour un nouvel élan à gauche. Il en faudra plus toutefois pour remettre le parti sur les rails de la victoire après sa cinglante défaite aux législatives de mai.

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