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01/10/2015 05:53 EDT | Actualisé 03/11/2015 10:58 EST

Le feu vert donné à Enbridge suscite des réactions partagées

Steven Guilbeault, cofondateur et directeur d'Équiterre, n'est pas rassuré par le fait que l'Office national de l'énergie (ONE) ait autorisé Enbridge à commencer l'exploitation de sa canalisation 9B. La décision, rendue publique mercredi soir, fait dire à M. Guilbeault qu'il faut que le gouvernement du Québec joue un rôle « beaucoup plus proactif qu'il ne l'a fait jusqu'à maintenant ».

La société pétrolière souhaite acheminer quotidiennement vers les raffineries du Québec et de l'Ontario entre 240 000 et 300 000 barils de pétrole en provenance des sables bitumineux de l'Alberta. Pour ce faire, le flux d'un tronçon de pipeline de plus de 600 km entre l'Ontario et le Québec sera inversé.

Le pipeline traverse des centaines de cours d'eau avant d'aboutir à Montréal-Est, ce qui inquiète plusieurs groupes écologistes et des communautés locales.

« Enbridge a démontré à plusieurs reprises que c'est une entreprise à [laquelle] on ne peut pas faire confiance », a affirmé Steven Guilbeault à l'occasion d'une conférence de presse jeudi.

« Sur la question des traverses de cours d'eau, par exemple, il a fallu d'abord que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) intervienne publiquement pour dire à Enbridge : "Attendez une seconde, vous allez procéder à l'inversion alors que vous n'avez pas rempli des engagements très importants que vous aviez pris auprès de l'Office national de l'énergie". »

Selon Steven Guilbeault, on avait ainsi rappelé Enbridge à ses devoirs. Mais ce feu vert que donne maintenant l'ONE « ne devrait rassurer personne », dit-il en se réjouissant toutefois que la CMM veuille continuer à suivre le dossier de très près.

L'Office national de l'énergie a approuvé les résultats des essais hydrostatiques présentés par Enbridge relativement au projet d'inversion de l'oléoduc 9B. L'ONE dit qu'il poursuivra sa surveillance réglementaire rigoureuse pendant l'exploitation de la canalisation.

Pour le maire de Mirabel, Jean Bouchard, cette supervision de l'ONE est source de satisfaction. « Si, selon l'Office national de l'énergie, les résultats sont satisfaisants, quant à nous, ils le sont aussi », a-t-il affirmé sur ICI RDI.

À Mirabel, on est contents

M. Bouchard explique qu'à Mirabel, le pipeline traverse le territoire sur 37 km. Toutefois, à la hauteur de l'autoroute des Laurentides, il y a un tronçon de 10 km pour lequel Mirabel avait demandé une supervision particulière de la part de l'ONE. De l'avis du maire Bouchard, « il faut faire confiance à l'organisme indépendant qu'est l'ONE ».

« L'Office national de l'énergie, à notre demande, demandait des tests hydrostatiques et j'apprends comme vous aujourd'hui que les résultats de tout ça seraient satisfaisants au niveau de l'Office. Cette vérification-là fait notre bonheur. »

— Jean Bouchard, maire de Mirabel

À Vaudreuil-Soulanges, on se dit « abasourdis »

Dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges, le préfet Jean A. Lalonde explique qu'on attend toujours les plans de mesure d'urgence en milieu terrestre et aquatique. « C'est totalement inacceptable », dit ce dernier qui se demande comment un organisme fédéral peut approuver pareil projet alors qu'Enbridge est « incapable de fournir un plan d'intervention spécifique ainsi qu'un temps d'intervention précis pour protéger nos prises d'eau potable municipale ».

« Comment l'Office national de l'énergie peut-il ignorer qu'en cas de déversement, l'approvisionnement en eau potable de plus de 2,5 millions de personnes serait mis en péril? »

— Jean A. Lalonde, préfet de la MRC de Vaudreuil-Soulanges

De son côté, Lorraine Caron, porte-parole du groupe de citoyens et d'agriculteurs dans la région de Vaudreuil-Soulanges, Des citoyens au courant, ne se sent pas du tout en confiance, en dépit du processus réglementaire mis en place. « On s'emploie à démontrer que ce processus réglementaire est biaisé en faveur des pétrolières », affirme-t-elle.

« On invite le maire Coderre à avoir son plan d'urgence bien en vue sur son bureau. »

— Lorraine Caron, porte-parole du groupe Des citoyens au courant

Une confiance renouvelée

L'ONE affirme que les « résultats concluants de ces essais ont renouvelé sa confiance à l'égard de l'intégrité du pipeline et l'ont assuré que la canalisation pouvait être mise en service en toute sécurité ». L'agence a aussi indiqué qu'Enbridge pouvait commencer à exploiter la canalisation puisqu'elle n'avait aucune autre exigence à formuler.

Toutefois, elle rappelle qu'Enbridge devra respecter les conditions strictes qui lui ont été imposées. Parmi ces conditions, elle cite la mise sur pied de patrouilles au sol toutes les deux semaines, les vérifications de l'intégrité tous les trois mois et une inspection interne supplémentaire durant la première année d'exploitation.

En mars 2014, l'ONE avait donné son approbation au projet d'Enbrige sous réserve du respect de 30 conditions.

« Je l'ai répété à maintes reprises, en matière de transport pétrolier, il n'y a pas de place à l'erreur. Je prends acte de la décision de l'ONE qui nous assure que les conditions qu'elle avait émises à l'égard du projet d'Enbridge ont été remplies. L'ONE nous garantit qu'elle continuera à surveiller ce pipeline tout au long de son cycle de vie. »

— Denis Coderre, maire de Montréal

L'oléoduc traverse notamment Toronto en plus de longer le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Terrebonne, sur la Rive-Nord de Montréal.

Au Québec, il traverse entre autres la rivière des Mille-Îles, la rivière des Prairies et celle des Outaouais.

Enbridge s'est réjouie de la décision de l'ONE. « Nous sommes convaincus que ces essais ont aidé à rassurer et à donner une preuve technique au public sur l'exploitation sécuritaire de la canalisation », a déclaré un porte-parole de l'entreprise, Éric Prud'homme, dans une déclaration transmise par courriel.

Enbridge dit ignorer pour le moment quand précisément elle commencera à exploiter la canalisation.

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