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01/10/2015 12:29 EDT | Actualisé 01/10/2016 01:12 EDT

Centrafrique: qui a intérêt aux violences et comment en sortir?

L'assassinat d'un jeune musulman conducteur de moto-taxi a embrasé de nouveau Bangui pendant quatre jours de violences intercommunautaires. Pour la présidente de la transition, ces violences ont été instrumentalisées et relèvent d'une tentative de prise de pouvoir. Une conviction partagée par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, selon lequel "ces violences visent à déstabiliser le pays".

Qui a intérêt à mettre le feu aux poudres et comment la Centrafrique peut-elle espérer sortir de ce cycle de violences?

- S'agit-il d'une tentative de coup d'Etat?

A peine rentrée en urgence de New York, où elle participait à l'assemblée générale des Nations unies, la présidente de transition Catherine Samba Panza parle de "tentative de prise de pouvoir par la force".

Elle fait allusion aux ex-présidents François Bozizé et Michel Djotodia: le premier a été renversé en mars 2013 par le second à la tête de la Séléka, un conglomérat de rebelles nordistes et de mercenaires étrangers qui ont terrorisé et mis à sac Bangui, avant d'en être chassés par la force française Sangaris en décembre 2013.

Les deux, exilés dans des pays africains, sont sous le coup de sanctions internationales. Ils disposent de relais à Bangui, notamment François Bozizé, resté au pouvoir dix ans, et qui veut se présenter à la prochaine présidentielle. Le gouvernement de transition lui a répondu en août que cela était impossible en raison des sanctions internationales: il est accusé d'avoir armé les milices anti-balaka, animistes et chrétiennes, qui, sous couvert de combattre la Séléka, ont traqué et tué les musulmans de Bangui au long de l'année 2014.

Lundi, au cours de la manifestation qui s'est dirigée vers le palais présidentiel aux cris de "Panza dégage", beaucoup d'anti-balaka et de "bozizistes" étaient présents.

- Comment se sont enchainées les violences?

Le jeune musulman est égorgé vendredi soir, le jour de la tabaski, l'un des plus importantes fêtes pour les musulmans. Son corps est retrouvé samedi matin au PK-5, le quartier commerçant de Bangui qui est le bastion des musulmans, chassés des quartiers mixtes où ils cohabitaient auparavant pacifiquement avec les chrétiens. On ignore qui a tué le jeune homme.

De jeunes musulmans partent très vite, armés de fusils et de grenades, pour le venger: ils s'en prennent aux premières maisons de chrétiens rencontrées, surgissent dans les cours des maisons, "rafalent" et lancent des grenades.

Leurs armes sont celles laissées par les ex-rebelles de la Séléka, et, parmi eux, figurent certainement d'anciens rebelles.

A noter: ils ne sont pas majoritaires, beaucoup de musulmans vont abriter leurs voisins chrétiens. Mais la machine infernale des représailles intercommunautaires est lancée. Des anti-balaka armés de machette arrivent de province. Bangui se vide de ses habitants, des barricades surgissent partout, sur les réseaux sociaux s'accumulent les messages d'habitants très inquiets, furieux de "l'inertie des forces internationales"

- Combien de temps mettent la Minusca et Sangaris pour contenir les violences?

Devant le palais présidentiel, les Casques bleus burundais et rwandais de la Minusca bloquent les manifestants dès lundi.

Mais il faut attendre mardi après-midi, soit le quatrième jour, pour que la Minusca, appuyée par les Français de l'opération Sangaris "tape" les anti-balakas du quartier Combattant, qui jouxte l'aéroport, afin de dégager la voie des nombreuses barricades coupant la ville de ses liaisons aériennes internationales. De même, aux abords de Boy Rabe, le fief des anti-balakas, de sérieux accrochages ont lieu. Aucun bilan des tués parmi les anti-balaka n'est disponible.

- Comment sortir de ce cycle de violences perpétuelles?

En "prenant le pouvoir" dans un pays à l'Etat failli, la communauté internationale n'a pas fini le travail, c'est-à-dire le désarmement des rebelles, miliciens et malfrats.

L'ex-Séléka a été autorisée à quitter les deux principaux camps militaires qu'elle occupait en emportant beaucoup d'armes, lourdes et légères. Une partie d'entre elles sont restées à Bangui, les autres ont été emportées par les groupes qui, depuis, tiennent le nord et l'est, rançonnant les populations.

Seul un véritable désarmement semble à même de réduire l'intensité des violences. Un chantier de longue haleine mais qui, dans la perspective des échéances électorales à venir, semble un passage obligatoire, réclamé par la population de l'un des pays les plus pauvres au monde.

jpc/mc/fal/fra