DIVERTISSEMENT
29/09/2015 02:21 EDT | Actualisé 29/09/2015 02:25 EDT

3e roman de Pascale Wilhelmy: transcender la peur et le passé (ENTREVUE)

Courtoisie

Certaines personnes collectionnent des timbres, des pièces de monnaie, des grenouilles en porcelaine ou des amants. D’autres, comme Emma Robinson, accumulent les peurs par dizaines: les hauteurs, les ours, les pattes poilues, l’avion, l’idée qu’un inconnu aperçoive sa petite culotte. Sa maison est pleine de provisions en vue d’une catastrophe. Son esprit déborde de solutions en cas de blessure, d’accident ou d’attaque en forêt. Son cœur, lui, porte la cicatrice d’une enfance qu’elle a tenté d’étouffer, d’oublier, de nier. Un passé qui se faufile, insidieux et impérial, dans tous les interstices de sa vie. Jusqu’au jour où elle en aura assez. Avec Une nuit, je dormirai seule dans la forêt, Pascale Wilhelmy publie son troisième roman.

Cette histoire n’est pas la sienne. La jeune fille qu’elle était n’a pas vu son innocence écorchée comme son personnage. Mais Pascale Wilhelmy connait la peur, ses détours et ses contours. Les petites comme les grandes. En particulier, celle du regard des autres. Sur sa vie, ses choix, et surtout, ses mots.

«Quand j’ai publié mon premier roman, j’ai fortement souffert du syndrome de l’imposteur. Les médias en ont beaucoup parlé, il s’est beaucoup vendu et j’étais quasi mal à l’aise de son succès. Aussi, je ne savais pas si certains lecteurs me lisaient parce que j’étais une personnalité connue qu’ils aimaient ou parce qu’ils appréciaient mes mots. Ce sentiment-là a disparu quand j’ai reçu la nomination au Grand Prix littéraire Archambault, qui est décerné par des libraires. Aujourd’hui, j’ai l’impression de mieux maîtriser l’écriture. Et même si le milieu littéraire est difficile à pénétrer, je n’ai plus de complexe en tant qu’auteure. »

Avec une plume délicate, des phrases concises, une sensibilité à fleur de peau et une compréhension réelle de l’âme humaine, l’écrivaine se penche sur la peur et ses effets collatéraux. « La peur peut nous empêcher d’aller de l’avant et nous renfermer complètement sur nous-mêmes. Je me souviens encore de moi, petite, qui connaît par coeur les maisons où il y a des chiens, celles que je contourne et où je m’empêche d’aller. La peur peut te couper de tant de libertés. À vrai dire, je suis une écrivaine tardive parce que j’étais dominée par la peur. »

D’un chapitre à l’autre, Wilhelmy tente de déterrer ce qui a poussé son personnage à construire les fondations de sa vie sur une série de craintes. « Tout le monde a sa part de blessures et on ne soupçonne pas ce que les gens ont vécu. Quand tu n’arrives plus à être rationnelle face à quelque chose, ça vient souvent de très loin. Mais pas toujours. Malheureusement, les gens voient la peur comme un signe de faiblesse. Alors que c’est peut-être une manière d’exprimer un traumatisme passé qu’on aurait transposé sur autre chose. Il faut être à l’écoute et savoir confronter nos peurs pour les comprendre. »

Justement, Emma Robinson n’est pas une faiblarde sans défense. Elle a du caractère et des convictions, comme en fait foi le passage où elle appelle un animateur radio, qui se fait un plaisir de ridiculiser les peurs des gens.

Extrait:

« C’est toi le connard qui te fous de la gueule des gens qui ont peur depuis des semaines? Tu trouves ça drôle, les phobies? Ton jeu est débile. Je suis sûr que t’as besoin de ta mère la nuit parce que t’as peur. Et que t’aimes les clowns, parce que derrière leur maquillage dégoulinant, y a des pervers comme toi, qui se cachent. Et tu sais quoi? Je suis certain que ta queue de minable, t’as peur de la montrer, sauf dans le noir! »

« Même si Emma est d’apparence fragile et qu’elle traine un lourd passé en silence, je voulais qu’elle aille de l’avant et qu’elle fasse preuve de courage. Je crois qu’on est tous vraiment plus forts qu’on le pense. Et au-delà de la peur, je voulais mettre l’accent sur l’importance de partager nos secrets. Emma se promet de le faire avec son amoureux Xavier. »

Xavier, un homme calme et compréhensif. Laura, une amie proche, capable de confronter les hommes responsables de violence conjugale, dans le cadre de son travail. Deux exemples parmi les proches d’Emma qui sont plus braves qu’elle. « Il y a sans doute quelque chose qui attire Emma vers eux. Mais je pense aussi que ces gens-là aiment être des sauveurs dans la vie. Aux côtés de personnes en apparence plus faible, on se sent courageux et fort. Un peu comme les personnes hyper heureuses qui vont vers d’autres avec un mal de vivre pour se rappeler à quel point leur vie est plus facile. »

Peu à peu, Emma tente d’apprivoiser ses peurs: avaler un méga comprimé de calcium sans s’imaginer mourir asphyxiée, passer à travers une journée sans consulter les innombrables alertes météo de son cellulaire, descendre dans la noirceur du sous-sol en solitaire.

« Ce qu’elle fait pour confronter ces petites peurs, c’est beaucoup plus pour se convaincre qu’elle peut dominer la suite. La vraie libération va se passer en dormant seule en forêt. Le reste, c’est pour montrer aux autres qu’elle peut se prendre en mains. Elle est à l’aube de la quarantaine et elle commence à se libérer de plein de choses. Elle prend conscience du temps qui lui reste à vivre et de ce qu’elle doit faire pour en profiter. Elle sent qu’elle a quelqu’un pour la soutenir, mais elle réalise qu’elle ne sait pas comment aimer ni être aimée. Elle doit surmonter ses traumatismes et ses peurs pour y arriver. »

Le roman Une nuit, je dormirai seule dans la forêt est présentement en librairies.

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