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26/09/2015 11:11 EDT | Actualisé 26/09/2016 01:12 EDT

La Russie libère un Estonien condamné pour espionnage

La Russie a libéré samedi, dans le cadre d'un échange d'espions sur un pont à sa frontière, un agent du contre-espionnage estonien, arrêté selon elle sur son sol mais enlevé en Estonie selon Tallinn, dont la lourde condamnation avait provoqué l'indignation des Occidentaux.

La remise en liberté surprise d'Eston Kohver, à deux jours d'une visite de Vladimir Poutine à New York où il doit présenter un plan pour la Syrie devant l'Assemblée générale de l'ONU et rencontrer Barack Obama, a été saluée par les Etats-Unis.

Un mois après avoir été condamné à 15 ans de prison par un tribunal russe, M. Kohver a été rendu aux autorités de son pays au milieu d'un pont sur la rivière Piusa séparant la Russie de l'Estonie, ont annoncé les services spéciaux russes (FSB) dans un communiqué cité par les agences russes.

Il a été échangé contre Aleksei Dressen, ancien responsable de la sécurité estonienne qui purgeait depuis 2012 une peine de 16 ans pour avoir espionné au profit de Moscou, a précisé la même source.

La télévision publique russe a diffusé des images de l'échange au parfum de Guerre froide, les deux hommes traversant le pont en béton escortés chacun d'un agent au visage flouté puis M. Kohver montant dans une berline noire.

"Je suis heureux d'être de retour à la maison", s'est réjoui Eston Kohver, visiblement en bonne santé, lors d'une brève déclaration devant la presse à Tallinn, remerciant les autorités estoniennes pour avoir oeuvré à sa libération.

Le FSB avait annoncé en septembre 2014 avoir arrêté cet agent dans le nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne, en possession d'un pistolet, de munitions, "d'équipement spécial pour des enregistrements illégaux", ainsi que "de matériel apparemment destiné à une mission d'espionnage".

Les autorités estoniennes avaient pour leur part affirmé qu'il travaillait sur une affaire de contrebande impliquant la mafia russe quand il avait été attaqué à coups de grenades assourdissantes par des hommes armés qui l'avaient conduit de force en Russie.

Son arrestation en pleine crise ukrainienne puis sa condamnation le 19 août dernier avaient été vivement dénoncées autant par Tallinn que par l'Union européenne et les Etats-Unis, qui avaient appelé à sa libération immédiate.

Sous la coupe de l'URSS jusqu'à son effondrement en 1991, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont particulièrement préoccupées par l'engagement présumé de Moscou dans la rébellion séparatiste ukrainienne et le rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie en mars 2014.

- Geste politique? -

Les autorités estoniennes, qui s'étaient fortement mobilisées en sa faveur, ont accueilli sa libération surprise. Le gouvernement a posé sur son compte Twitter "Bienvenue à la maison, Eston!", tandis que le président Toomas Hendrik Ilves a salué le retour d'un agent "solide et loyal".

Son "retour à la maison est une bonne nouvelle pour l'Estonie et pour toute l'Europe", a insisté la ministre des Affaires étrangères Marina Kaljurand.

La chef de la diplomatie suédoise Margot Wallström a jugé qu'"un mal a été corrigé", tandis que l'ambassade des Etats-Unis à Tallinn a dit "saluer" la nouvelle.

L'avocat russe de l'agent, Mark Feïguine, a expliqué sa libération par des motivations politiques de la part de la Russie à deux jours de l'intervention très attendue de Vladimir Poutine devant l'ONU. "Il n'y a pas d'autre raison", a-t-il écrit sur Twitter.

Selon le ministre estonien de l'Intérieur Hanno Pevkur, la décision a été prise directement par les présidents des deux pays.

L'agent russe libéré en échange d'Eston Kohver, Aleksei Dressen, avait été arrêté début 2012 alors qu'il s'apprêtait à monter dans un avion pour Moscou avec sa femme, et condamné quelques mois plus tard pour trahison.

Recruté alors qu'il rendait visite aux parents de sa femme près de Moscou, il collectait illégalement des informations classées confidentielles depuis l'indépendance de l'Estonie vis-à-vis de l'Union soviétique en 1991, tandis que son épouse servait de courrier.

Selon une source dans les services spéciaux interrogée par l'agence Interfax, "en 20 ans de travail, il a transmis à Moscou une quantité énorme de documents précieux concernant les opérations secrètes de la CIA et du Mi-6 britannique contre la Russie depuis les pays baltes".

Le dernier échange d'espions médiatisé impliquant la Russie remonte à juillet 2010. Moscou avait alors échangé avec les Etats-Unis à l'aéroport de Vienne dix agents secrets dont la très médiatique Anna Chapman, contre quatre espions officiant pour Washington en Russie.

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