POLITIQUE
25/09/2015 01:54 EDT | Actualisé 19/10/2016 06:15 EDT

Élections fédérales 2015 : Ce que le non verbal des chefs au débat de Radio-Canada révèle (VIDÉO)

Les mouvements corporels inconscients des chefs de parti durant le premier débat télévisé en français, jeudi soir, en ont révélé beaucoup sur leur état d’esprit. Le chef ayant le non verbal le plus convaincant et le plus spontané est sans équivoque le néodémocrate Thomas Mulcair, affirme l’experte en science comportementale Christine Gagnon.

«Ça saute aux yeux! M. Mulcair est beaucoup plus spontané et à l’aise que les autres!» lance Christine Gagnon en fixant l’écran. En compagnie du Huffington Post Québec, la présidente du Cabinet conseil en communication non verbale a évalué en direct la performance gestuelle des chefs durant le débat diffusé sur les ondes de Radio-Canada et sur le site web du quotidien La Presse.

Voici ce qui a retenu son attention dans le non verbal de chacun des chefs:

Mulcair, l’attaquant irrité

Les paumes des mains de Thomas Mulcair sont presque constamment tournées vers le bas. «C’est un signe de domination, il tente de faire taire ses adversaires», note la spécialiste. Il tourne beaucoup son visage vers la gauche, soit le côté du corps «plus émotif» qui permet de garder un lien avec l’interlocuteur. Les gestes de bras sont multiples, signifiant qu’il est à l’aise dans l’improvisation, qu’il s’adapte au fur et à mesure.

À plusieurs reprises, surtout quand le chef libéral Justin Trudeau lui parlait, M. Mulcair a montré des signes «d’agacement», frôlant la colère. «Sa peau rougit, ses narines s’ouvrent, ses sourcils se froncent. Il est très irrité», confirme Mme Gagnon.

Duceppe, directif et sur la défensive

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a raté l’occasion d’entrer en contact visuellement avec les téléspectateurs. «Il ne regarde jamais la caméra. C’est dommage, si tu veux des votes, il faut avoir un lien visuel et affectif fort avec le public», observe la synergologue. Le regard et le doigt pointé vers ses adversaires, M. Duceppe passe son temps à répliquer et à argumenter, poursuit-elle, «il s’est mis en position de défensive».

Contrairement aux autres, M. Duceppe occupait pleinement son espace, s’agrippant fermement à son lutrin. «Ce non verbal témoigne qu’il essaye de prendre sa place, de se donner de l’importance». Le doigt pointé signifie qu’il est très directif.

Harper, neutre et cérébral

Christine Gagnon va droit au but : «Stephen Harper n’a aucune spontanéité dans sa gestuelle». Le chef conservateur fait sans cesse les mêmes gestes, qui sont de surcroît très symétriques, presque robotiques. Cette symétrie traduit un désir de contrôler le discours.

Il regarde beaucoup la caméra, ce qui est une bonne chose pour le contact avec le public, mais son sourire n’a rien de naturel. «Les sourcils ne bougent jamais, le reste du visage ne suit pas. C’est pour ça qu’on peine à croire à son sourire», souligne l’experte du non verbal. M. Harper garde ce sourire «faux» lorsqu’il est critiqué par ses adversaires, ce qui donne une impression à la fois de malaise et d’arrogance…

May, stressée et effacée

Malgré ses louables efforts pour participer à un débat dans une langue qu’elle ne maîtrise pas tout à fait, la chef du Parti vert Elizabeth May ne réussit pas à être convaincante. En ce qui a trait à sa gestuelle, du moins. «Ses pieds sont tournés vers l’intérieur, elle ne prend pas sa place sur le lutrin, sa main bouge, mais ses lèvres restent fermées», énumère Mme Gagnon. Tous ces signes démontrent qu’elle peine à s’imposer à ses rivaux.

Le symbole le plus fort : «Mme May a presque toujours son stylo dans la main, signe qu’elle cherche quelque chose pour l’aider à s’ancrer, à s’affirmer. Sa main droite fermée signifie aussi qu’elle cherche à contrôler… et qu’elle est stressée», observe-t-elle.

Trudeau, un bon élève rigide

Le chef du Parti libéral se tient droit, droit, droit… «Trop droit, trop rigide, trop parfait», dit d’entrée de jeu Christine Gagnon. La posture de Justin Trudeau nuit à sa spontanéité, poursuit-elle, il essaye de convaincre les téléspectateurs qu’il incarne le changement, mais il semble très rangé, «un bon élève by the book».

Cette rigidité dans la gestuelle révèle le stress de performance du chef libéral. Toutefois, elle remarque qu’il établit un excellent contact visuel avec les téléspectateurs, et que son débit de voix est calme et posé, sensiblement comparable à celui de Stephen Harper.

Un débat surtout… entre Mulcair et Harper

Le premier ministre sortant, Stephen Harper, a semblé s'intéresser presque uniquement à Thomas Mulcair, conclut Mme Gagnon. Évitant presque complètement du regard ses autres adversaires, M. Harper a concentré ses énergies à répliquer à M. Mulcair, et vice-versa.

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