DIVERTISSEMENT
24/09/2015 12:06 EDT | Actualisé 24/09/2015 12:12 EDT

L'album «Sorel Soviet So What»: «What you see is what you get» - Bernard Adamus (ENTREVUE/VIDÉO)

Jean-François Cyr

On a qu’un seul Bernard Adamus au Québec. Le gars de bar, le gars à femme, le gars d’aventure, le gars au grand sourire, le gars déglingué, le gars spontané, le gars déjanté, le gars de gang, le bon gars. Certes, on peut qualifier le trentenaire avancé par une rage aigüe de mordre dans la vie, la sienne et celle des autres. Or, Adamus, c’est aussi un créateur adoré, magnétique et fantasmé qui rejoint des gens de tout acabit. Peut-être parce qu’il incarne le « vrai », qui fait si défaut aux artistes d’aujourd’hui. Peut-être parce qu’il chante, depuis toujours, sans compromis, ou presque. C’est toujours aussi entier qu’il propose cette fois Sorel Soviet So What, son troisième long jeu. Rencontre.

Bernard Adamus a commencé sa carrière avec Brun, long jeu réalisé avec très peu de moyens. Malgré tout, ce premier élan a fouetté bien des gens. Pour No 2, l’artiste a chanté le spleen, à l’instar d’un animal blessé. Bien que ses chansons n’avaient rien d’extrêmement explosif, ses nombreux spectacles eux, étaient totalement endiablés. Cette fois, exit la déprime (quoiqu’il en est resté des traces comme sur Les étoiles du match) sur le nouvel opus.

Propulsé par le succès commercial estival Hola les lolos, Sorel Soviet So What  (inspiré du titre d'un album de Megadeth, So Far So Good So What)  est plus éclaté et enjoué, voire essoufflant. Cela dit, le processus d’enregistrement fut sensiblement le même pour No 2 et Sorel Soviet So What: des chansons captées sur le moment, Adamus toujours entouré de chums musiciens. Une approche devenue une sorte de signature.

« Tout est live, affirme le chanteur assis devant une petite table du café montréalais Les Entretiens. Des micros partout dans le studio servaient à capter tous les sons des instruments. Il y a eu quelques prises supplémentaires pour la voix, c’est tout. Pas vrai. Sur la première toune (Le blues à GG, collage de textes écrits par Gérald Godin), j’ai fait un overdub d’harmonica. C’est vrai que c’est encore une fois live, mais on évolue.

On était mieux préparé. On avait aussi du meilleur gear (matériel). C’était la suite normale des choses dans laquelle on apprend encore. C’est stressant taper comme ça, mais en même temps le live apporte beaucoup d’énergie. Je dirais même que c’est le plus live des trois albums. Il y a eu plus de tricheries sur les autres disques. Pour Sorel Soviet So What, disons que What you see is what you get! »

Les chums

L’album a été enregistré aux réputés Breakglass Studios en collaboration avec son fidèle acolyte Éric Villeneuve à la réalisation et Tonio Morin-Vargas (aussi percussionniste et batteur) au mixage. Ce noyau était complété par Dominic Desjardins et Benjamin Proulx-Maher au banjo, Benoît Colombe à la contrebasse, Benoît Paradis au trombone, Guillaume Bourque à la clarinette basse, Alexis Dumais au wurlitzer et piano ainsi que d’autres amis invités comme Fred Fortin (guitare), Erik Evans et Renaud Gratton (voix).

« J’ai jasé beaucoup avec Éric. Il a appris à me connaître encore plus. Il sait quand c’est trop, quand je déborde… Cet album-là a été fait de manière très symbiotique avec monsieur Villeneuve. Disons qu’on a eu le temps de prendre du recul. Pis, je savais ce que j’voulais pas. On a beaucoup répété certains morceaux. Arrivé en studio, on était prêt, même si pas mal de trucs ont ensuite bougé. Tsé, j’avais vraiment une bonne équipe. On a eu ben du fun (rires soutenus). Surtout que le live donnait un sentiment de combat, d’urgence. »

En effet, l’urgence, elle se sent bien sur le nouvel album de Bernard Adamus. Même sur la fausse balade La part du diable et sur l’épique Blues pour flamme, la voix granuleuse est intensément livrée. Sur certaines pièces (Donne-moi-z’en), on dirait que le chanteur est à cran. Un cran qui groove, surtout quand le débit est extrêmement rapide (Les pros du rouleau, Cadeau de Grec). Çà et là, comme sur En voiture mais pas d’char, la voix criarde d’Adamus crée une atmosphère de bluegrass-cajun-roots-trash-blues sudiste assumé et haletant à la limite du punk (dans l’intention). Dans l’ensemble, ça roule assez vite et ça grafigne. Les étoiles du match étant l’exception qui confirme la règle.

« Cet album-ci est pas mal plus hop la vie, c’est certain. On ne se cachera pas que le précédent était plus sombre. À part ma santé (commentaire lié au fait qu’il fait allègrement le « party »), façon de parler, rien ne m’inquiète ces temps-ci. Ça va ben! C’est l’album le plus festif des trois. C’est très vivant. Ça reste acoustique, mais ça y va par là. J’étais un peu tanné de l’aspect chansonnier et du genre country. C’est encore très personnel, mais moins intime et torturé que No 2. Je pense que c’est ben tant mieux (sourire en coin). »

L’truck

Au dire de Bernard Adamus, l’album respire la route. Normal, il a écrit en partie dans son camion de tournée: « J’ai écrit chez nous, mais aussi pas mal dans l’truck. Parfois, j’ai écrit sous pression, à quelques heures d’un enregistrement. J’ai une relation amour-haine avec la musique et l’écriture. J’y arrive quand je sens que je peux lâcher un morceau de toune. »

Ce camion, c’est le véhicule (Econoline) personnel de Bernard Adamus qui sert depuis des années à trimbaler ses musiciens en tournée. Il a parcouru des milliers de kilomètres aux quatre coins du Québec. Quand on sait que Bernard Adamus a donné des centaines de spectacles depuis 2009, on comprend mieux pourquoi l’truck est devenu comme un élément incontournable de la vie du chanteur.

« Dans l’truck de tournée, définitivement, ça va ben pour écrire. Il y a tout l’temps des images différentes de paysages et de villes. Oui, ça jase, mais j’m’en sacre. Les gars parlent pendant cinq heures, mais des fois c’est le silence pendant cinq heures. Pis moi, j’peux écrire. Des fois on roule avec la musique dans l’tapis, des fois c’est très tranquille. J’arrive à être dans ma bulle. Je suis confortable dans mon truck. Je fais toute dans mon camion. J’écris dedans, je dors dedans, je baise dedans (rires) ! C’est ça qu’est ça. »

***

Bernard Adamus

Sorel Soviet So What, sous étiquette Grosse Boîte / Dare to Care

Sortie le 25 septembre

Le musicien chanteur donnera plusieurs spectacles dès l’automne

bernardadamus.com

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