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23/09/2015 07:06 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Réfugiés: Les raisons de la coupure Est-Ouest en Europe en quatre questions

Comment explique-t-on l'opposition de quatre pays de l'ex-Europe de l'Est, Hongrie, Roumanie, République Tchèque, et Slovaquie à l'accueil de 120.000 demandeurs d'asile demandé par l'UE, la Pologne ne l'ayant accepté qu'au tout dernier moment?

L'attitude de ces pays ex-communistes, grands bénéficiaires de subventions européennes et dont des centaines de milliers de citoyens sont allés librement chercher un bon salaire en Occident, s'explique par un faisceau de raisons historiques, sociétales, et politiques. En voici les principales.

1 - Pourquoi un "front du refus" a-t-il surgi à l'est ?

Pays homogènes sur le plan ethnique et religieux, marqués par leur tradition chretienne forte, ainsi que par leur passé de satellites de l'URSS, qui les avait isolés du reste du monde et rendus quelque peu xénophobes, les nouveaux membres de l'UE ont peur de l'inconnu.

Et surtout de la "menace terroriste" qu'ils craignent voir apportée, dans cette zone jusqu'à présent épargnée, par une vague de réfugiés musulmans, selon une étude de l'Institut polonais des affaires internationales (PISM).

En même temps, ces pays se voient encore comme des "parents pauvres" ayant moins d'obligations que "l'ancienne Europe ex-colonialiste".

Pour le chef du gouvernement hongrois aux penchants autoritaires, Viktor Orban, l'Europe est "submergée" par les migrants et son "mode de vie" est en danger. En outre, selon le politologue autrichien Anton Pelinka, "tous les anciens pays communistes devenus membres de l'UE ont du mal à accepter de voir l'Union non seulement comme un moteur pour accroître leur prospérité, mais aussi comme une union de solidarité et de charges partagées".

2 - Pourquoi la Hongrie a-t-elle pris la tête du mouvement contre l'accueil des migrants ?

Contrairement aux autres pays concernés, la Hongrie est confrontée depuis plusieurs mois à un afflux massif de plus de 200.000 migrants qui cherchent à traverser son territoire pour gagner l'Allemagne ou la Scandinavie. Le gouvernement populiste de M. Orban - qui craint son opposition d'extrême droite du parti Jobbik -, a adopté plusieurs mesures dures. Une clôture barbelée a été érigée sur sa frontière avec la Serbie et l'armée a été autorisée à faire usage d'armes non létales contre les migrants, sous certaines conditions. Pour un analyste pro-gouvernemental, Tamas Lanczi, M. Orban "est un bouc émissaire commode pour les hommes politiques européens", alors que son pays "est soumis à la plus forte pression de réfugiés dans la région".

3 - Pourquoi la Pologne a-t-elle viré de bord et choisi la solidarité européenne en brisant le "font du refus" formé par les autres membres du groupe de Visegrad, hongrois, slovaques et tchèques ?

Varsovie estime avoir obtenu de l'UE des concessions importantes, et notamment l'assurance que l'acceptation d'un certain nombre de réfugiés ne valait pas la mise en place de quotas automatiques qui pourraient être ensuite appliqués à nouveau sans autre consultation. Le chef de la diplomatie polonaise Grzegorz Schetyna a ajouté mercredi que Varsovie manifestait sa solidarité avec l'Europe pour pouvoir y compter à son tour, au cas où le conflit en Ukraine s'aggraverait et précipiterait vers ses frontières une vague de réfugiés. M. Schetyna a d'ailleurs reconnu candidement avoir tenu compte du fait que "voter contre aurait un sens si cela pouvait bloquer la décision". Malgré tout, le choix n'a pas été facile: à la veille de la réunion, on indiquait de source européenne que "la Pologne détesterait à avoir à choisir entre la solidarité de Visegrad et la position européenne".

4 - La Pologne va-t-elle garder ce cap après les législatives du 25 octobre?

Pas sûr. Le parti conservateur populiste de Jaroslaw Kaczynski, Droit et Justice, qui a de bonnes chances de prendre le pouvoir, selon les sondages, ne cache pas son opposition à la ligne du gouvernement de Mme Ewa Kopacz.

"La décision prise par les ministres de l'Intérieur de l'UE est un scandale. Elle a été prise au dépens de la sécurité et sans l'accord des Polonais", a tonné mercredi matin la candidate de Droit et Justice au poste de Premier ministre, Beata Szydlo.

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