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23/09/2015 13:08 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Pour le groupe syrien Khebez Dawle, la route de l'exil se transforme en tournée

Comme des milliers de Syriens, des membres du groupe Khebez Dawle ont pris la route de l'Europe mais leur exil a pris un tour inattendu : arrivés en Croatie, ils enchaînent concerts et interviews et se transforment en porte-paroles des réfugiés.

Dimanche, ils ont improvisé un concert à Kutina, petite ville au sud-est de Zagreb qui accueille des migrants, pour une première européenne inattendue mais "parfaite". Mercredi soir, un club underground de la capitale croate les accueillait. Et dimanche, le célèbre groupe bosnien Dubioza Kolektiv les a invités à leur concert à Ljubljana, la capitale de la Slovénie.

"C'est la tournée de l'exil", rigole Anas Maghrebi, le chanteur du groupe, les yeux pétillants sous sa casquette beige.

Ils ne savent pas encore s'ils pourront passer la frontière. Mais s'ils y arrivent, "on fera ce concert, c'est une grande opportunité". "Jouer de la musique alternative syrienne devant des publics différents, c'est pour ça qu'on a fait ce voyage", explique le leader du groupe de rock indépendant.

Après Beyrouth et Istanbul, le jeune de homme 25 ans et ses compères Mohamed Bazz et Hekmat Qassar sont partis pour l'Europe fin août, laissant derrière eux leur ami Bachar qui, après avoir déserté l'armée syrienne, n'a plus de papiers. Cinq autres, artistes également, se sont joints à leur voyage.

Ils voulaient donner un nouvel élan à leur groupe, nommé d'après le "pain d'état" que distribuait le pouvoir syrien, symbole du minimum pour vivre.

"On avait des invitations pour des festivals mais on ne peut pouvait pas y aller, les autorités pensaient qu'on allait rester dans leur pays", raconte Anas : "Je n'avais jamais imaginé faire ça illégalement. On a été obligé".

- Distribution de CD sur la plage -

Comme pour tous les migrants, leur voyage a été pénible. Il a aussi été jalonné d'épisodes surréalistes, comme cette traversée "plutôt agréable" de la Méditerranée jusqu'à une plage de l'île de Lesbos où, en mettant pied à terre, ils sympathisent avec les touristes qui bronzent et leur distribuent des CD de leur album !

Suivent la Macédoine, la Serbie, la Croatie où ils se font embarquer par la police. "On a discuté avec les policiers, ils ont écouté notre CD. Etre détenu dans un commissariat et faire écouter nos chansons qui parlent de prison et de liberté, c'était incroyable", sourit Anas Maghrebi, en ajustant son keffieh rouge et blanc autour du cou.

Ils repartent après un jour et demi. Les activistes qu'ils croisent relaient leur activité musicale et leur proposent des scènes. On leur prête les instruments car eux ont vendu leur matériel pour financer leur voyage.

Leur rêve : Berlin, "une capitale internationale pour l'art et la culture". Ils veulent s'y réunir, avec Bachar.

En attendant, ils utilisent leur petite notoriété pour faire entendre la voix des réfugiés.

"Les médias en parlent comme des gens pauvres, tristes, qui veulent de la nourriture et un toit. Mais cette crise, c'est bien plus que ça. C'est une nation civilisée, cultivée rejetée de son propre pays", rappelle l'intarissable chanteur. "Les gens normaux de Syrie, les médecins, ingénieurs, paysans, musiciens sont obligés de chercher un endroit pour être de nouveau actifs et continuer leur vie."

Leur premier album était l'histoire d'une jeune homme qui racontait la révolution syrienne. Leur prochain album reprendra certainement une partie de leur exode, source de "beaucoup d'inspiration". "Trop d'inspiration", soupire Anas. "On a tellement grandi avec ce voyage. On vieillit mais on rajeunit aussi, on retrouve le sens de la jeunesse, de la liberté, de la rébellion. Une fois qu'on sera installé, on travaillera sur tout ça."

ljv-sva/mct