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23/09/2015 09:10 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Orban rejette "l'impérialisme moral" de Merkel sur les réfugiés en Europe

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a rejeté mercredi "l'impérialisme moral" que tente selon lui d'imposer la chancelière allemande Angela Merkel au reste de l'Europe sur l'accueil des réfugiés, et proposé un plan en six points pour gérer la crise.

"Le plus important est qu'il n'y ait pas d'impérialisme moral" sur la question de l'afflux des migrants, a-t-il déclaré à la presse à Bad Staffelstein (sud), en réponse à une question sur ce qu'il attendait mercredi d'Angela Merkel.

Le dirigeant hongrois s'était opposé dès le début à la décision de Mme Merkel d'ouvrir les frontières du pays aux réfugiés fuyant guerres et persécutions.

"Je ne doute pas du droit de l'Allemagne à définir des exigences morales, en particulier pour elle-même. Et si la décision est prise de laisser rentrer (tous les réfugiés) ou de n'accepter personne, nous accepterons cette décision comme une décision allemande", a ajouté M. Orban, qui était invité à une rencontre avec les dirigeants du parti CSU, branche bavaroise de la CDU de la chancelière.

"Mais quelle que soit la décision que prendra l'Allemagne, cela ne doit valoir que pour elle, c'est ce que je demande", a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre hongrois a indiqué vouloir présenter mercredi soir lors d'un sommet de l'Union européenne six propositions pour résoudre la crise des migrants. L'essentiel reprend des idées qu'il avait déjà énoncées ou qui sont en discussion au niveau européen ou international.

Y figurent notamment l'idée d'offrir à la Grèce, confrontée depuis plusieurs mois à des arrivées massives de migrants depuis la Turquie, la possibilité de transférer le contrôle de ses frontières à des pays européens volontaires.

M. Orban suggère aussi la création d'un fonds européen de 3 milliards d'euros, alimenté par une réduction des dépenses de l'UE et une contribution exceptionnelle de ses membres, pour soutenir les pays voisins de la Syrie.

Il compte également proposer d'établir une distinction entre migrants économiques et demandeurs d'asile avant que les réfugiés n'entrent dans l'espace Schengen, de définir à l'échelon européen une liste de pays "sûrs" dont les ressortissants ne peuvent réclamer l'asile à l'UE, de davantage dialoguer avec la Russie et la Turquie notamment, ou encore de définir des "contingents" d'accueil des réfugiés syriens au niveau mondial.

"Mon objectif est que nous essayions de tenir compte de la réalité dans la politique européenne", a-t-il, or "j'ai le sentiment que des décisions vont être prises aujourd'hui, dans lequelles la réalité, l'argumentation, ne dominent pas", a-t-il regretté.

L'invitation faite par les dirigeants de la CSU (Union chrétienne-sociale) à M. Orban, opposant farouche aux quotas d'accueil réclamés par Mme Merkel, constitue un nouvel affront politique pour la chancelière.

Plusieurs chefs de file de ce parti régional bavarois très conservateur ont ouvertement critiqué ces dernières semaines la décision de la dirigeante allemande de ne plus renvoyer hors d'Allemagne les réfugiés venus de Syrie.

C'est en particulier du fait du mécontentement de la CSU face à l'afflux de réfugiés que la chancelière s'était résolue à réintroduire des contrôle aux frontières en Allemagne, une semaine seulement après avoir décrété l'ouverture des portes du pays.

Les responsables de la CSU ont affiché mercredi ostensiblement leur solidarité avec le chef du gouvernement hongrois.

"M. Orban a mérité d'être soutenu plutôt que d'être critiqué", a tancé à Bad Staffelstein le patron de la CSU, Horst Seehofer, dont les relations avec la chancelière sont au plus bas. Il a critiqué une situation d'accueil des réfugiés "en Bavière et en Allemagne sans règles, où chaque jour nous improvisons".

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