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23/09/2015 13:32 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Milliardaire russe contre marchand d'art suisse: bataille judiciaire jeudi à Monaco

La défense de l'homme d'affaires suisse Yves Bouvier, inculpé à Monaco pour escroquerie après avoir fourni une fabuleuse collection de tableaux de maîtres au milliardaire russe Dmitry Rybolovlev, va tenter jeudi d'obtenir l'annulation de cette procédure.

Les avocats de M. Bouvier défendront cette "requête en nullité", lors d'une audience à huis clos devant la chambre du conseil de la cour d'appel de la principauté. La décision sera mise en délibéré.

L'homme d'affaires helvète a négocié 37 oeuvres d'art d'exception pour un montant de 2 milliards de dollars pour M. Rybolovlev, via deux sociétés offshore appartenant aux filles du milliardaire russe, propriétaire du club de football de l'AS Monaco.

Bouvier prétend avoir été attiré à Monaco dans un guet-apens par l'oligarque, le 25 février 2015. Attendu par la police monégasque, il a été mis en examen (inculpé) trois jours plus tard pour "escroqueries" et "complicité de blanchiment".

Son avocat, Me Francis Szpiner, entend dénoncer "une enquête préliminaire empreinte de partialité", "avec un parti pris systématique" en faveur du président de l'AS Monaco.

En face, les avocats de M. Rybolovlev, dénoncent une "manoeuvre judiciaire" pour éviter le fond du dossier.

Selon le clan Rybolovlev, le milliardaire russe a découvert les faits le 31 décembre 2014 en dînant avec un consultant d'art new-yorkais, qui lui parle d'un tableau de Modigliani cédé par un Américain pour 93,5 millions de dollars.

Or Dmitry Rybolovlev sait qu'il a acquis cette oeuvre, "Nu couché au coussin bleu", pour 118 millions de dollars, par l'entremise d'Yves Bouvier. D'autres tableaux seront évoqués. Le 9 janvier, M. Rybolovlev dépose une plainte à Monaco pour faux en écritures et escroquerie.

Yves Bouvier, notamment actionnaire majoritaire d'une société suisse spécialisée dans l'entreposage, le transport et l'emballage d'oeuvres d'art, avait rencontré le milliardaire russe en 2003 en Suisse.

Selon le clan Rybolovlev, des factures attesteraient que l'homme d'affaires suisse avait un rôle "d'agent" négociant des oeuvres sans jamais être propriétaire, ce que conteste Yves Bouvier. "Je n'agissais pas en tant qu'intermédiaire, mais comme propriétaire, j'avais le droit de faire des plus-values, c'est la loi du commerce", a-t-il souligné dans un récent entretien à Vanity Fair.

La collection de Rybolovlev est digne d'un petit musée, selon une liste parue dans ce magazine: Van Gogh, Gauguin, Picasso, Modigliani, Degas, Rothko, Monet, Toulouse-Lautrec, Renoir, Rodin, Maillol, Matisse, Magritte, de Vinci, El Greco, Giacometti, Klimt.

Yves Bouvier aurait perçu au total "entre 500 millions et 1 milliard de dollars" pour avoir fourni la collection, selon une extrapolation faite par les avocats du milliardaire russe à partir de certaines ventes.

Lundi, le marchand d'art suisse a été inculpé à Paris pour recel dans une affaire parallèle concernant des vols présumés d'oeuvres de Picasso, sur plainte d'une héritière de l'artiste.

Selon une source proche du dossier, une juge parisienne entend faire expertiser deux tableaux au centre de cette enquête, que Dmitry Rybolovlev, partie civile, a accepté de remettre jeudi à la police judiciaire de la capitale française à des fins d'authentification.

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