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23/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 22/09/2016 01:12 EDT

Martin Winterkorn, patron de Volkswagen tatillon sur chaque vis, et sous intense pression

Martin Winterkorn, aux commandes depuis 2007 du mastodonte automobile Volkswagen, est sous intense pression: le scandale du trucage des moteurs diesel pourrait chambouler la fin de carrière de ce technicien tatillon surnommé "M. Qualité".

Connu pour son perfectionnisme, il a souvent fait trembler ses ingénieurs en auscultant de près chaque nouveau modèle avant son lancement.

"Je connais chaque vis de nos voitures", se plaisait-il à dire. Une affirmation qui pourrait aujourd'hui se retourner contre lui, lorsque seront examinées les responsabilités dans le scandale qui a vu le groupe truquer des moteurs diesel. Mardi il a été obligé de reconnaître qu'il n'avait pour l'heure "pas toutes les réponses" aux questions que soulèvent le scandale.

Jusqu'à récemment, l'ingénieur de formation aux cheveux gris et lunettes fines apparaissait en position de force au sein du groupe à l'issue du duel en coulisses l'ayant opposé au printemps à son ancien mentor, Ferdinand Piëch.

C'est à ce dernier, petit-fils de l'inventeur de la Coccinelle Ferdinand Porsche et "patriarche" de Volkswagen, que Martin Winterkorn, 68 ans, doit son ascencion au sein de ce fleuron de l'industrie allemande.

Né le 24 mai 1947 près de Stuttgart (sud-ouest), fief du constructeur Daimler, l'actuel patron du groupe Volkswagen est entré chez Audi en 1981 comme assistant à la direction de la qualité après des études en physique des métaux et des débuts professionnels chez l'équipementier Bosch. Repéré par M. Piëch, il gravit les échelons au sein de la marque aux anneaux, puis devient responsable de la division qualité du groupe Volkswagen en 1993 à la demande de son maître à penser.

En 1996, il est nommé directeur du développement technique pour la marque Volkswagen, puis assure entre 2000 et 2002 la fonction de directeur de la recherche et développement pour l'ensemble du groupe, avant de revenir chez Audi en tant que chef de la marque.

- Succès et manquements -

Depuis son arrivée à la tête du groupe Volkswagen en 2007, avec Ferdinand Piëch comme président du conseil de surveillance, cet amateur de football relativement discret a enregistré de nombreuses réussites, transformant le groupe en un géant à douze marques, parmi lesquelles Audi, Porsche et Seat pour les voitures mais aussi MAN et Scania pour les camions et Ducati pour les motos.

En 2014, l'entreprise de Wolfsburg (nord) a signé des résultats financiers records, avec un bénéfice net de près de 11 milliards d'euros et un chiffre d'affaires d'environ 202 milliards d'euros.

Mieux, elle est parvenue au premier semestre à doubler le numéro un mondial des ventes, le japonais Toyota, une ambition qu'elle nourrissait pour 2018 seulement.

Mais M. Winterkorn, patron le mieux payé d'Allemagne, est aussi pointé du doigt pour certains manquements: l'absence de voiture à bas coût dans l'escarcelle du groupe, les difficultés de la marque phare Volkswagen en Chine depuis peu et aux Etats-Unis depuis plusieurs années, ou encore une trop grande concentration des prises de décision.

Désavoué en avril par son père spirituel pour une raison inconnue, le sexagénaire est sorti grand vainqueur de la lutte de pouvoir avec M. Piëch, contraint à démissionner de toutes ses fonctions au sein du groupe.

Alors adoubé "meilleur" patron possible pour Volkswagen par les membres les plus influents du conseil de surveillance, Martin Winterkorn devait théoriquement voir son contrat prolongé de deux ans, jusqu'à 2018, ce vendredi.

Mais les incertitudes concernant son avenir sont grandes depuis la révélation de la duperie du groupe, qui a mis en place un logiciel sur 11 millions de voitures diesel dans le monde pour falsifier leur niveau d'émissions polluantes, portant un grave préjudice à l'image policée du groupe.

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