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23/09/2015 12:37 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

La France vend deux navires Mistral à l'Egypte, nouvelle illustration d'une relation privilégiée

La France va vendre à l'Egypte pour environ 950 millions d'euros ses deux navires de guerre Mistral initialement commandés par la Russie, un nouveau contrat d'armement qui illustre le spectaculaire rapprochement de Paris avec Le Caire depuis moins d'un an.

Dans un communiqué publié mercredi à Paris, la présidence française a annoncé que François Hollande avait finalisé cette vente avec son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi mardi lors d'un entretien téléphonique.

"J'ai arrêté avec le président Sissi et les modalité et le prix de la vente de ces Mistral et la France assurera donc la livraison de ces bateaux sans rien perdre tout en faisant de sorte de protéger l'Egypte", a déclaré François Hollande à des journalistes.

Selon l'entourage du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, le montant du contrat s'élève à environ 950 millions d'euros et les deux bâtiments de projection et de commandement seront livrés début mars prochain.

Selon une source gouvernementale française, l'Arabie saoudite devrait participer à l'achat des navires. "Le financement saoudien sera significatif", a indiqué à l'AFP cette source.

Le 5 août, Paris avait conclu un accord avec Moscou pour reprendre la propriété des deux navires, non livrés pour cause de crise ukrainienne, et verser à la Russie une somme avoisinant un milliard d'euros. Le prix d'achat par Moscou avait été conclu pour 1,2 milliard d'euros.

François Hollande a expliqué mercredi que le "président égyptien (lui) avait fait part de son souci de protéger le Canal de Suez". Il m'a dit "combien il était important pour l'Europe, pour le Moyen-Orient, pour les échanges commerciaux que le Canal de Suez puisse être protégé, éventuellement par des bateaux français".

Une partie - voire la totalité - des équipements russes installés sur les navires pourrait ne pas être retirée comme prévu dans l'accord franco-russe, selon Paris. Cela dépendra de Moscou, aux liens militaires étroits avec Le Caire.

Avec la vente au Caire des Mistral, c'est un nouveau succès pour les exportations d'armement de la France vers l'Egypte, après le premier contrat obtenu en début d'année pour l'avion de combat Rafale. Après la livraison d'une frégate multimissions FREMM, 24 Rafale doivent être remis au Caire, en application d'un contrat global de 5,2 milliards d'euros.

Comme pour les Rafale, la vente des Mistral a été conclue de manière très rapide entre l'Egypte et la France.

- 'Voile pudique' sur les droits de l'homme -

L'accord sur les Mistral témoigne d'une proximité très grande des deux présidents français et égyptien. Le président Sissi, qui entretient également des relations privilégiées avec Jean-Yves Le Drian, était venu en novembre 2014 à Paris.

Début août, François Hollande avait été de son côté l'"invité d'honneur" de son homologue égyptien pour l'inauguration de l'élargissement du Canal de Suez et c'est à cette occasion que l'Egypte a fait part de son intérêt pour les Mistral, selon une source française.

Pour le président français, la lutte contre le terrorisme est au coeur de la nouvelle relation franco-égyptienne.

"Aujourd'hui, les relations entre la France et l'Egypte sont fondées sur des intérêts communs, c'est la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité", avait-il souligné cet été.

Depuis qu'Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef d'état-major, a destitué en 2013 le président islamiste Mohamed Morsi, des mouvements jihadistes ont multiplié les attentats meurtriers visant les forces de sécurité, notamment dans le nord de la péninsule du Sinaï, bastion de la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI).

La nouvelle relation franco-égyptienne heurte cependant des ONG préoccupées par le respect des droits de l'homme en Egypte, qui vont, pour certaines, jusqu'à accuser de "crimes contre l'humanité" le système répressif égyptien exercé contre la confrérie des Frères musulmans.

Le président français a rétorqué qu'il défendait auprès de son homologue égyptien la vision française des droits de l'homme. Les contrats d'armement n'empêchent pas "qu'il y ait de la franchise entre nous", avait-il ajouté cet été.

Mercredi, il a ajouté que "l'Egypte veut aller vers une transition, c'est pas facile, sur le plan démocratique". "Et nous devons appuyer ses efforts", a-t-il fait valoir.

Pour plusieurs experts toutefois, Paris, avec ses contrats d'armement, a choisi de "jeter un voile pudique" sur les sujets des droits de l'homme dans l'Egypte de Sissi" ou même d'aller jusqu'à fermer les yeux sur la situation des droits démocratiques en Egypte.

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