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23/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 22/09/2016 01:12 EDT

Junipero Serra, un moine de Californie bientôt canonisé mais controversé

L'évangélisateur de la Californie Junipero Serra mort en 1784 sera canonisé mercredi par le pape François à Washington, au grand dam d'Indiens locaux: le moine franciscain est pour eux celui qui a d'abord apporté la mort et mis fin à leur culture.

"Nous dénonçons vivement la canonisation de celui qui a été le meurtrier de notre peuple et de notre culture", indique à l'AFP Toypurina Carac, porte-parole de la nation Kizh Gabrieleno, peuple autochtone de la région de Los Angeles.

Le directeur de la commission indienne du comté de Los Angeles, Ron Andrade, évoque un "génocide".

Une pétition, qui "demande instamment au pape François d'abandonner sa décision", avait recueilli mardi plus de 10.600 signatures sur MoveOn.org.

Le pape, jésuite mais spirituellement proche de St François d'Assise, canonisera "l'évangélisateur de l'Ouest", déjà béatifié en 1988, mercredi à Washington.

La hiérarchie catholique américaine, à l'image de l'archevêque de Los Angeles José Gomez, s'était réjouie de "ce cadeau fait à la Californie et aux Amériques".

Tout en reconnaissant que cette canonisation "ravivait des souvenirs amers du traitement des Indiens pendant la période missionnaire et coloniale", il avait rappelé que le pape Jean-Paul II avait demandé pardon aux peuples amérindiens en 1992.

La figure du père franciscain, qui a donné son nom à une montagne de Californie, était déjà controversée "de son temps", dit à l'AFP l'historien Steven Hackel, auteur d'une biographie du moine espagnol, car "il pouvait être colérique et têtu lorsqu'il pensait agir selon le dessein de Dieu".

Né à Majorque aux Baléares, théologien réputé, Junipero Serra est parti au Mexique puis en Californie où il a fondé à San Diego, en 1769, la première des neuf missions créées sous son mandat pour convertir les Indiens.

Là, les Indiens "devaient apprendre une autre langue, faisaient l'objet de mariages forcés, devaient s'habiller d'une certaine manière, rester dans les missions et y travailler", ajoute ce professeur d'histoire.

Et ils tombaient comme des mouches, à cause de la rougeole ou la variole apportées par les Européens.

Pour Elias Castillo, auteur d'un livre sur "la mise en esclavage" des Indiens de Californie, les missions étaient des "camps de la mort" où 62.000 Indiens sont tombés roués de coups, malades ou mal nourris, sur une population globale de 300.000 personnes.

"C'est Serra qui a décidé qu'il allait en faire des esclaves, personne ne lui avait jamais ordonné", accuse ce journaliste.

Au contraire, pour un autre biographe du futur saint, Gregory Orfalea, Serra "s'est souvent fait l'avocat des Indiens auprès des autorités politiques et militaires, et a risqué sa vie pour eux".

Et la baisse spectaculaire de 80% de leur population est survenue plus tard, au moment de la Ruée vers l'Or, et plus souvent du fait de meurtres des colons que de maladies, dit-il.

Pour David Bolton, président de l'association CSMA qui oeuvre à la protection des missions, Serra "a été le PDG, le président, l'homme en charge, c'est pour ça qu'on le critique".

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