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23/09/2015 09:48 EDT | Actualisé 23/09/2015 09:49 EDT

«Guibord s'en va-t-en guerre»: la politique canadienne selon Philippe Falardeau (ENTREVUE/VIDÉO)

Après un passage remarqué dans le circuit des festivals, Guibord s'en va-t-en guerre, le nouveau film de Philippe Falardeau prend l’affiche au Québec le 2 octobre prochain. Le réalisateur de Monsieur Lazhar signe une satire politique décapante écorchant au passage le système démocratique du Canada. Rencontre.

Attention, le long métrage de Philippe Falardeau est une fiction, enfin presque. Un premier ministre qui ressemble étrangement à Stephen Harper et un député qui tente de faire entendre sa voix dans l’indifférence d’une population en pleine révolte, Guibord s’en va-t-en guerre tombe en pleine campagne électorale comme un cheveu sur la soupe.

«C’est une simple coïncidence, tempère Falardeau en entrevue. Est-ce que le film va influencer les gens par rapport à la campagne électorale?, je ne le pense pas. Il reste que c’est le moment parfait pour une sortie en salles.»

Sous ses allures de satire politique, l’œuvre s’attarde sur un système politique gangréné par le favoritisme et les petites tactiques politiciennes. Même l’affiche du film semble tout droit inspiré des élections fédérales.

«Ce n’était pas évident de trouver la bonne couleur à l’affiche du film puisque le bleu, le vert, le rouge ou l’orange sont déjà très chargés politiquement. Et puis mon Stephen Harper est beaucoup plus cool que le vrai. Je voulais montrer un personnage plus ambigu, drôle et surtout en contrôle.»

Comme son titre l'indique, Guibord s’en va-t-en guerre fait aussi le portrait de Guibord, un député fédéral indépendant, interprété par Patrick Huard. L’immense comté au nom fictif de Prescott-Makadewà-Rapide-aux-Outardes est en proie à plusieurs rébellions. Celle des autochtones de la région qui veulent préserver leur territoire contre l’industrie forestière. De l’autre, les travailleurs du bois qui comptent bien exploiter la forêt pour gagner leur vie.

«Une satire sans doute, il reste que je ne voulais pas pour autant tomber dans la caricature. Guibord est ancré dans une certaine réalité. Il est à limite ordinaire, alors que certains des personnages périphériques sont plus expressifs comme celui de Micheline Lanctot qui joue une mairesse à la limite du ridicule.»

Au fil du récit, Guibord se retrouve bien malgré lui au cœur d’un jeu politique de grande ampleur puisque c’est lui qui détient le vote décisif qui déterminera si le Canada doit partir en guerre.

«Le Canada est un peu insignifiant sur le plan international, mais ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Les pays qui dominent le monde sont pour la plupart coincés dans des bourbiers. On ne veut pas être la Syrie, mais on ne veut pas être les États-Unis non plus. [Stephen] Harper a bien essayé de faire du pays un acteur dans l’échiquier mondial, mais sans succès, car il a emprunté la voie américaine pour le faire.»

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Une histoire d'amitié

Le réalisateur de 47 ans utilise l’humour pour mieux vilipender les travers de notre société. «On ne peut pas dire que tous les politiciens sont des corrompus ou des manipulateurs, dit-il. Beaucoup essayent de faire leur possible et des fois ce possible-là n’est pas toujours suffisant devant la complexité des enjeux. Je pense être aussi sévère envers les politiciens qu’envers les citoyens qui vont arriver dans une assemblée publique en refusant de parler de l’intérêt général pour se focaliser sur leurs problèmes personnels.»

Le septième long métrage de Falardeau élude le débat sur la souveraineté québécoise et le fédéralisme canadien. «Il se passe aussi d’autres choses au pays que la question de la souveraineté, dit-il. Selon moi, la souveraineté, c’est le siège du pouvoir et non l’indépendance du Québec. Je vais continuer de faire des films à tendance sociale et politique, mais je ne pouvais pas faire un film uniquement sur la souveraineté du Québec. Je voulais que mon film ait une résonance à l’international, qu’il puisse parler aussi bien à un Européen qu’à un Américain.»

Le réalisateur a réuni une belle distribution. Outre Patrick Huard, le film profite de la présence de Suzanne Clément, de Clémence Dufresne-Deslières et de Irdens Exantus, un jeune québécois d’origine haïtienne qui fait ici ses premiers pas dans le cinéma.

«Sur le plan humain, l’œuvre n’est pas du tout pessimiste, explique-t-il. Je raconte une amitié naissante entre deux individus que tout oppose. L’un est idéaliste, jeune, candide, éduqué, tandis que l’autre a les deux mains dans la boue, ancien joueur de hockey qui ne sait pas qui sont Socrate ou Jean-Jacques Rousseau. Rien ne peut réunir ses deux personnes et pourtant, ils vont se rapprocher au fil d’un récit chaotique.»

En pleine promotion de Guibord, Philippe Falardeau a déjà la tête ailleurs. Après l’entrevue, le réalisateur est parti illico presto pour New York où débute dans quelques semaines le tournage de The Bleeder, son prochain film américain qui met en scène Liev Schreiber et Naomi Watts. Le film s’inspire de la vie du boxeur Chuck Wepner, plus connu sous le nom de Rocky Balboa.

Guibord s’en va-t-en guerre – Comédie – Les Films Séville – 108 minutes – Sortie en salles le 2 octobre 2015 – Canada, Québec.