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23/09/2015 03:02 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Face aux bouleversements mondiaux, les satellites météos en pleine révolution

Plus de précision, plus de rapidité, plus de fiabilité: confrontés à l'accroissement de la population mondiale et au réchauffement climatique, les satellites météos opèrent leur révolution.

"La population mondiale atteindra neuf milliards d'habitants en 2050, dont 72% vivront dans les villes, contre la moitié aujourd'hui. Nous serons donc plus vulnérables" aux catastrophes naturelles, explique Wenjian Zhang, responsable des systèmes d'observation et d'informations à l'Organisation météorologique mondiale (OMM, institution onusienne).

"En même temps, le réchauffement climatique augmentera la fréquence des cyclones, des sécheresses, des inondations, ainsi que les températures extrêmes", avertit-il en marge de la conférence internationale sur les satellites météos, qui réunit à Toulouse jusqu'à vendredi plus de 400 scientifiques sous la bannière d'Eumetsat, organisme responsable du développement des systèmes météos satellitaires.

"Nous allons donc avoir besoin de prévisions plus précises. D'ici à 2040, il nous faudra par exemple prévoir les cyclones tropicaux d'heure en heure. C'est un sacré défi mais c'est faisable", croit M. Zhang.

L'ensemble des pays disposant d'une technologie satellitaire s'y préparent donc.

Aux Etats-Unis, le "Joint Polar Satellite System" (JPSS, satellites météos en orbite polaire) lancera en 2017 une nouvelle génération, capable de "prévisions plus précises des ouragans et en particulier de l'endroit et de l'instant où ils toucheront terre", selon Wanda Harding, directrice adjointe des programmes au JPSS.

Une nouvelle génération de GOES (satellites météos géostationnaires) est également dans les cartons. En octobre 2016, ce programme américain, qui a coûté dix milliards de dollars en 20 ans, va lancer une série baptisée "GOES-R".

- Une imagerie quatre fois plus rapide -

Le but est "d'accroître l'avance des prévisions sur l'événement météo, afin de pouvoir déclencher l'alerte plus rapidement", explique le responsable de GOES-R, Gregory Mandt. "L'imagerie sera quatre fois plus rapide et une révolution de la Terre sera possible toutes les cinq minutes" pour les satellites les plus sophistiqués.

Pour les autres, "une révolution complète toutes les dix minutes devient la norme", ajoute le responsable, contre au mieux une demi-heure actuellement, voire souvent une heure.

Quant aux fausses alertes, leur nombre "chutera de moitié", selon M. Mandt.

Le but est également d'obtenir des données "minute par minute", selon le responsable. "Les satellites actuels ont un délai de plusieurs minutes, au mieux: les météorologues qui étudient les données travaillent donc sur une situation passée. Ce sera fini à l'avenir, où nous serons quasiment en temps réel", explique le responsable.

"La fréquence de captation d'images pourra aller jusqu'à une imagerie toutes les 30 secondes", promet quant à lui Masaya Takahashi, du Centre des satellites de l'Agence météorologique japonaise (Japan Meteorological Agency, JMA).

Avec le satellite Himawari-8, déjà opérationnel, la résolution "passera d'un kilomètre à 500 m pour une révolution toutes les dix minutes", assure le responsable.

Quant à l'Europe, elle promet les mêmes "améliorations de la précision et de la résolution" que ses concurrentes, explique Ville Kangas, un des responsables du MetOp-SG (deuxième génération du satellite météo européen MetOp) qui sera lancé à partir de 2021.

Mais le programme de l'European Space Agency (ESA), développé par Airbus Defence and Space pour 1,3 milliard d'euros, promet également "l'ajout de nouvelles mesures", comme l'épaisseur de la banquise, la quantité de glaces dans les nuages ou encore la vitesse du vent à la surface des mers, ajoute M. Kangas.

Avec cette profusion d'informations, les prévisionnistes risquent cependant de se retrouver face à un nouveau problème, prévient Clemens Kaiser, directeur du programme "Préparation et développement" chez Eumetsat. "Nous entrons dorénavant dans une nouvelle ère qui consistera à savoir comment récupérer une énorme quantité de données".

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