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23/09/2015 11:14 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Deux Mistral français pour l'Egypte, nouvelle illustration d'une relation privilégiée

La France va vendre à l'Egypte ses deux navires de guerre Mistral initialement commandés par la Russie, un nouveau contrat d'armement qui illustre le spectaculaire rapprochement de Paris avec Le Caire depuis moins d'un an.

Dans un communiqué publié mercredi à Paris, la présidence française a annoncé que François Hollande avait finalisé cette vente avec son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors d'un entretien téléphonique cette semaine. "Ils se sont accordés sur le principe et les modalités de l'acquisition par l'Egypte des deux bâtiments de projection et de commandement de classe Mistral", indique ce communiqué.

Le montant de la transaction n'a pas été rendu public. "Les choses sont négociées, elles seront précisées le moment venu", a promis le porte-parole du gouvernement français, Stéphane Le Foll.

Selon une source gouvernementale française, l'Arabie saoudite devrait participer à l'achat des navires. "Le financement saoudien sera significatif", a indiqué à l'AFP cette source.

Le 5 août, Paris avait conclu un accord avec Moscou pour reprendre la propriété des deux navires, non livrés pour cause de crise ukrainienne, et verser à la Russie une somme avoisinant un milliard d'euros. Le prix d'achat par Moscou avait été conclu pour 1,2 milliard d'euros.

Selon le site LaTribune.fr, les Mistral seront positionnés en Mer rouge pour l'un, alors que Le Caire a procédé cet été à l'élargissement du canal de Suez, et en mer Méditerranée pour l'autre, alors que la situation en Libye reste une préoccupation pour l'Egypte frontalière.

Une partie - voire la totalité - des équipements russes installés sur les navires pourrait y être laissée et ne pas être retirée comme prévu dans l'accord franco-russe, selon la même source française. Cela dépendra de Moscou aux liens militaires étroits avec Le Caire.

Avec la vente au Caire des Mistral, c'est un nouveau succès pour les exportations d'armement de la France vers l'Egypte, après le premier contrat obtenu en début d'année pour l'avion de combat Rafale. Après la livraison d'une frégate multimissions FREMM, 24 Rafale doivent être remis au Caire, en application d'un contrat global de 5,2 milliards d'euros.

La France négocie par ailleurs la vente à l'Egypte de deux corvettes Gowind, en vertu d'un contrat signé en mai 2014 portant sur quatre Gowind.

- 'Voile pudique' sur les droits de l'homme -

L'accord sur les Mistral témoigne d'une proximité très grande des deux présidents français et égyptien. Le président Sissi, qui entretient également des relations privilégiées avec le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, était venu en novembre 2014 à Paris.

Début août, François Hollande avait été de son côté l'"invité d'honneur" de son homologue égyptien pour l'inauguration de l'élargissement du canal de Suez.

Pour le président français, la lutte contre le terrorisme est au coeur de la nouvelle relation franco-égyptienne, comme il l'a rappelé cet été.

"Aujourd'hui, les relations entre la France et l'Egypte sont fondées sur des intérêts communs, c'est la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité", avait-il souligné. "Nous avons la volonté de faire en sorte que l'Egypte puisse se défendre face au terrorisme", avait-il insisté.

Depuis qu'Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef d'état-major, a destitué en 2013 le président islamiste Mohamed Morsi, des mouvements jihadistes ont multiplié les attentats meurtriers visant les forces de sécurité, notamment dans le nord de la péninsule du Sinaï, bastion de la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI).

La nouvelle relation franco-égyptienne heurte cependant des ONG préoccupées par le respect des droits de l'homme en Egypte et qui vont, pour certaines, jusqu'à accuser de "crimes contre l'humanité" le système répressif égyptien exercé contre la confrérie des Frères musulmans.

Le président français a rétorqué qu'il défendait auprès de son homologue égyptien la vision française des droits de l'Homme. Les contrats d'armement n'empêchent pas "qu'il y ait de la franchise entre nous", avait-il ajouté cet été.

Pour plusieurs experts, Paris, avec ses contrats d'armement, a choisi de "jeter un voile pudique" sur les sujets des droits de l'homme dans l'Egypte de Sissi" ou même d'aller jusqu'à fermer les yeux sur la situation des droits démocratiques en Egypte.

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