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23/09/2015 09:13 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Crise migratoire: la Commission européenne propose de l'argent, les divisions persistent

Les dirigeants européens se retrouvent mercredi soir en sommet extraordinaire à Bruxelles pour renforcer les contrôles aux frontières et mobiliser des fonds mais la réponse à apporter à la crise migratoire continue de creuser le fossé avec certains pays de l'Est.

La Commission européenne a proposé à la mi-journée de mobiliser 1,7 milliard d'euros en 2015 et 2016 pour aider les Etats membres les plus touchés à faire face à l'afflux, chaque jour, de milliers de migrants, mais aussi les agences humanitaires qui aident les réfugiés.

"J'espère que le Conseil (des dirigeants européens) va soutenir les propositions de la Commission", a commenté son président Jean-Claude Juncker.

Des milliers de personnes cherchant l'asile en Europe continuent d'arriver chaque jour aux frontières grecque, croate, hongroise et italienne de l'Union européenne, poursuivant ensuite leur route vers le Nord, et notamment l'Allemagne.

Ainsi, mardi, 5.000 personnes ont transité par l'Autriche, dont 2.500 par le poste-frontière austro-hongrois de Nickelsdorf entre minuit et 05H30 GMT. Le même jour, près de 9.000 personnes sont entrées en Croatie, un record pour une seule journée.

- Acrimonie à l'Est -

Les 28 pays de l'UE ont une nouvelle fois affiché leurs divergences mardi soir en votant la répartition de 120.000 réfugiés irakiens, syriens et érythréens arrivés depuis fin août en Grèce et en Italie. En l'absence de consensus, il a fallu recourir à un scrutin à la majorité qualifiée.

La décision, très controversée, s'applique ainsi aux quatre pays de l'Est --République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Roumanie-- qui ont voté contre mais devront malgré tout recevoir plusieurs milliers de personnes.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a rejeté mercredi "l'impérialisme moral" que tente selon lui d'imposer la chancelière allemande au reste de l'Europe, alors que la chancelière Angela Merkel plaide pour des quotas contraignants et a décidé d'accepter en Allemagne tous les réfugiés syriens qui s'y présenteront.

Mme Merkel a reçu le soutien appuyé du président américain Barack Obama, qui a appelé chaque pays de l'UE à accueillir sa "juste part" de réfugiés.

Mais à Bratislava, le Premier ministre slovaque Robert Fico, dont le pays devra accueillir 802 migrants, a fustigé le "diktat" de l'UE, et annoncé qu'il allait saisir la Cour de justice de l'UE pour faire annuler la décision.

Le commissaire européen à l'Immigration, Dimitris Avramopoulos, a au contraire salué "une victoire pour l'UE".

Pour le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), cette répartition est loin d'être suffisante, puisque l'Europe a déjà vu arriver quatre fois plus de migrants depuis janvier. Selon l'OCDE, un million de demandes d'asiles pourraient être déposées dans l'UE en 2015.

Face à la pire crise migratoire sur le continent depuis 1945, les dirigeants européens souhaitent laisser la polémique derrière eux pour mettre l'accent sur l'endiguement, au plus près du pays d'origine, des flux sans précédent de migrants frappant aux portes de l'Europe.

Pour fixer les réfugiés près de la Syrie, les Européens veulent accroître l'aide à la Turquie, au Liban et à la Jordanie, qui hébergent près de quatre millions de réfugiés, ainsi qu'aux agences onusiennes qui y gèrent des camps de déplacés et distribuent de la nourriture.

- Garde-frontières -

La Commission propose d'augmenter de 500 millions d'euros sa contribution à un fonds pour la Syrie, qui a jusqu'ici déboursé seulement 17 millions d'euros pour l'éducation d'enfants syriens et des bons alimentaires en Turquie.

Elle appelle aussi les pays européens à reprendre leur financement du Programme alimentaire mondial (PAM), qui a dû réduire ses distributions faute de moyens dans les pays voisins de la Syrie, et promet 200 millions d'euros en 2015 d'aide directe aux réfugiés, et 300 millions d'euros en 2016.

"Nous devons aider nos voisins", a lancé le commissaire européen Johannes Hahn, qui propose notamment à la Turquie de déplacer jusqu'à un milliard d'euros d'aide déjà prévue vers des programmes de soutien aux réfugiés, de contrôle des frontières et vers la lutte contre les passeurs.

Par ailleurs, les Européens insistent sur la nécessité d'améliorer l'efficacité de leur "politique de retour", les expulsions d'immigrés économiques. A ce jour seulement 39% des personnes déboutées de leur demande d'asile sont effectivement expulsées.

La Commission doit ouvrir en Grèce et en Italie des "hotspots", des centres d'accueil pour migrants, "afin de s'assurer que ceux qui arrivent en Europe sont rapidement enregistrés, que leurs empreintes digitales sont prises, et qu'on puisse faire une sélection rapide entre ceux qui restent et ceux qui ne peuvent rester", a expliqué mercredi le vice-président de la Commission, Frans Timmermans.

Les négociations, notamment avec des pays africains, d'accords de réadmission pour qu'ils reprennent leurs ressortissants, vont également être relancées, et la Commission a repris l'idée de déployer d'ici la fin de l'année des gardes européens le long des frontières extérieures.

La Commission a par ailleurs rappelé mercredi 19 pays de l'UE à leurs devoirs, en les mettant en demeure pour non respect du droit d'asile européen, notamment la Grèce qui fait preuve de "sérieuses déficiences" en ce qui concerne l'obligation de loger et de nourrir les demandeurs d'asile.

Sur le terrain, la Hongrie, qui a vu transiter 237.536 migrants depuis janvier, poursuivait mercredi la construction d'une clôture de barbelés controversée à la frontière avec la Croatie.

Submergée par l'arrivée de 44.000 réfugiés en une semaine, la Croatie a fermé sa frontière avec la Serbie. Le seul point de passage restant ouvert a été bloqué mardi matin par des routiers en colère.

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