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23/09/2015 06:56 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Burkina: le président renversé annonce son retour à la tête du pays, la tension retombe

Le président burkinabé renversé par un coup d'Etat il y a une semaine a annoncé mercredi reprendre les rênes du pouvoir, un grand pas en avant vers une sortie de crise à Ouagadougou, où un accord conclu entre soldats loyalistes et putschistes a fait baisser la tension.

"Je reprends service (...) la transition est ainsi de retour et reprend à la minute même l'exercice du pouvoir d'Etat", a déclaré mercredi matin à la presse Michel Kafando, visiblement détendu et entouré de ses proches collaborateurs.

M. Kafando a vu dans "la clameur nationale contre les usurpateurs" depuis le coup d'Etat du 17 septembre "l'aveu même que le gouvernement de transition que vous avez librement choisi (...) est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain".

M. Kafando a prononcé son allocution alors que six chefs d'Etat de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, représentant le Nigeria, le Niger, le Togo, le Ghana, le Bénin et le Sénégal, arrivaient mercredi matin à Ouagadougou pour superviser le rétablissement des autorités de transition, accueillis en fanfare à l'aéroport par le chef des putschistes, le général Diendéré.

Dans la nuit, cet ancien bras droit de Blaise Compaorè avait confirmé à l'AFP que le président Kafando serait "remis en selle" mercredi.

Ancien diplomate, M. Kafando avait été renversé le 17 septembre par un coup d'Etat mené par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), unité d'élite de l'armée burkinabè et garde prétorienne de l'ancien président Compaoré.

Le putsch avait porté un brusque coup d'arrêt à l'organisation d'élections générales prévues en octobre, censées clore la période de transition ouverte par la chute de l'ex-président, chassé par un soulèvement populaire en octobre 2014.

Si le retour de M. Kafando est désormais acté, les chefs d'Etat de la Cédéao doivent encore résoudre des questions cruciales pour la sortie de crise.

Quid de l'amnistie demandée par les putschistes, alors qu'au moins 10 manifestants ont été tués et des dizaines d'autres blessés en une semaine?

Que deviendra le RSP, armée dans l'armée, dont la société civile et le Premier ministre issu de ses rangs, le lieutenant-colonel Zida demandaient la dissolution?

Pour justifier leur coup de force, les soldats de la garde présidentielle réclamaient notamment que les anciens partisans de Compaoré puissent participer aux élections après en avoir été exclus par la transition, au motif qu'ils avaient soutenu l'ancien président dans son projet de changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

A l'issue de son sommet mardi, la Cédéao ne s'est pas prononcée sur ce point.

Sur l'axe menant les chefs d'Etat à leur hôtel, un millier de personnes étaient rassemblées pour dire "non à l'amnistie" et opposer leur refus à la réintégration de candidats pro-Compaoré dans la compétition électorale.

Le président Kafando s'est pour sa part montré très clair mercredi: "les dernières propositions de la Cédéao pour une sortie de crise (...) ne nous engagerons que si elles prennent en compte la volonté du peuple burkinabè".

"Ce n'est pas la Cédéao qui doit décider, c'est le peuple", estimait ainsi Idrissa Sawadogo, professeur.

- 'Éviter un affrontement' -

Dans la capitale, les petits commerces avaient rouvert et les moto-taxis circulaient de nouveau en nombre. Les banques et administrations demeuraient toutefois fermées, tout comme l'aéroport international.

Le retour de M. Kafando à la tête de l'Etat intervient dans un contexte de décrispation à Ouagadougou, après un accord conclu dans la nuit entre putschistes et soldats loyalistes.

Sous l'autorité du Mogho Naaba, roi des Mossis, l'ethnie majorité de ce pays sahélien de 17 millions d'habitants, les deux camps se sont engagés à tout faire pour "éviter un affrontement".

Le RSP a accepté de rester cantonné dans son camp et de lever ses barrages dans la ville tandis que les forces "loyalistes", des unités habituellement stationnées en province qui avaient convergé sur la capitale lundi pour "désarmer le RSP", ont promis de "reculer les troupes de 50 km" et de "garantir la sécurité du personnel (du RSP) et de leurs familles".

Cet accord venait conclure une journée où les deux camps avaient bombé le torse, faisant craindre des affrontements armés en plein coeur de Ouagadougou.

Unité d'élite de l'armée, le RSP compte 1.300 hommes, contre plus de 11.000 hommes au total pour l'ensemble de l'armée et de la gendarmerie burkinabè.

En octobre 2014, le soulèvement populaire, provoqué par la volonté de Blaise Compaoré de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir, avait contraint celui-ci à fuir, mettant fin à 27 ans de règne sur ce pays à l'histoire jalonnée de coups d'Etat militaires depuis son indépendance en 1960.

L'insurrection burkinabè avait suscité l'espoir sur le continent de tourner la page des présidents à vie.

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