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23/09/2015 08:01 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Archéologie : Genève va rendre un précieux sarcophage romain à la Turquie

Le Ministère public du canton de Genève a décidé de rendre à la Turquie un précieux sarcophage romain, considéré comme une oeuvre archéologique majeure, selon un communiqué publié mercredi par le Ministère public du canton de Genève.

Cette décision, indique le Ministère public, n'est pas définitive, car elle est susceptible de faire l'objet d'un appel dans les 10 jours.

Ce sarcophage, placé sous sequestre aux Ports Francs de Genève, représente les 12 travaux d'Hercule.

Le sarcophage avait été saisi en décembre 2010 par l'Administration fédérale des douanes suite à un contrôle d'inventaire dans des locaux loués aux Ports Francs de Genève par une société spécialisée dans le commerce des objets d'art.

Selon la presse suisse, il s'agit de la société Innana Art Services SA.

Le sarcophage figurait dans l'inventaire de la société Phoenix Ancien Art, aux mains des marchands d'art antique, les frères d'origine libanaise Hicham et Ali Aboutaam, qui s'occupent également de leurs 2 prestigieuses galeries d'art à Genève et New York.

En 2010, Ali Aboutaam avait tenté de vendre ce sarcophage au milliardaire Jean-Claude Gandur, collectionneur et grand mécène genevois.

M. Gandur a refusé cette acquisition, se méfiant de l'origine de cette pièce rarissime, car il n'y aurait qu'une vingtaine de sarcophages comparables dans le monde.

L'avocat de M. Ali Aboutaam a toujours fait valoir que son client agissait en tant qu'intermédiaire pour une tierce personne, dont il refuse de dévoiler l'identité.

En mars 2011, l'Office fédéral de la culture avait indiqué que le sarcophage provenait des ateliers de la cité antique de Dokimeion, dans l'actuelle région d'Antalya, en Turquie, et avait très vraisemblablement été sculpté vers la fin du IIe siècle, alors que la région appartenait à l'Empire romain.

L'OFC soupçonnait que le sarcophage était le produit d'une fouille clandestine et d'une exportation illégale.

La Turquie a réclamé la restitution du sarcophage, d'abord par une commission rogatoire de juillet 2011, puis en se constituant partie plaignante dans la procédure nationale suisse.

Le magistrat suisse en charge de l'enquête, s'était rendu en Turquie en octobre 2013 pour entendre des témoins et procéder à des relevés photographiques, notamment dans la nécropole attenante à la cité antique de Perge, non loin d'Antalya.

Cette semaine, le Ministère public a estimé que ce sarcophage devait être restitué à la Turquie.

Selon le Ministère public genevois, la détentrice du sarcophage, dont l'identité n'a pas été révélée, a argué de sa bonne foi et contesté que le sarcophage doive être restitué.

Jusqu'ici, 39 sarcophages antiques provenant de Dokimeion étaient connus dans le monde, dont 12 représentant sur des bas-reliefs les douze travaux d'Hercule.

Le sarcophage objet de la procédure genevoise est selon certains experts de style Terra Nova, et les scènes qui ornent ses flancs ont probablement été sculptées dans un atelier de Perge peu avant l'an 200.

Il s'agit d'un objet d'une "valeur culturelle inestimable", selon les autorités genevoises.

On peut y voir Héracles (Hercule) étouffant le lion de Némée, tuant l'Hydre de Lerne, capturant la Biche de Cérynie, ramenant le Sanglier d'Érymanthe, nettoyant les écuries d'Augias, tuant les oiseaux du lac Stymphale, domptant le Minotaure, capturant les juments de Diomède, rapportant la ceinture d'Hippolyte, triomphant du géant Géryon, rapportant les pommes d'or du jardin des Hespérides, et enfin descendant aux enfers pour y dompter Cerbère.

mnb/ros