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23/09/2015 18:20 EDT | Actualisé 23/09/2016 01:12 EDT

Après un accord sur l'accueil des réfugiés, l'UE veut freiner leur afflux

Après un accord laborieux sur la répartition des réfugiés, les dirigeants européens préparaient mercredi soir à Bruxelles l'autre versant de leur réponse: le renforcement des frontières extérieures de l'UE et de l'aide humanitaire pour endiguer un flux sans précédent de migrants.

Les discussions, entamées vers 18H00 (16H00 GMT), se poursuivaient toujours à minuit.

Du fait de guerres qui ne vont pas cesser de sitôt, "nous parlons de millions de réfugiés potentiels, pas de milliers", a averti le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, maître d'oeuvre du sommet européen réuni d'urgence.

"La question que nous devons nous poser ce soir est +Comment retrouver le contrôle de nos frontières extérieures?+,", a-t-il insisté, exhortant les participants à prendre des "mesures urgentes" et "préparer un plan concret".

"On va y arriver, l'Europe a la force de trouver une solution raisonnable", a promis la chancelière allemande Angela Merkel en arrivant au sommet.

Les dirigeants européens pourraient notamment appeler au versement d'"au moins" un milliard d'euros aux agences de l'ONU venant en aide aux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie, selon un projet de déclaration finale du sommet, consulté par l'AFP.

Selon des sources européennes, ce milliard d'euros correspond à une addition entre 500 millions d'euros proposés par la Commission européenne, à partir du budget de l'UE, et des sommes que les Etats membres sont appelés à verser en complément, avec un objectif fixé mercredi soir à au moins 500 millions.

"Nous avons des engagements, nous avons bon espoir d'arriver au total à au moins 1 milliard d'euros", a expliqué une source proche des négociations. Le Premier ministre anglais David Cameron a déjà annoncé que son pays mettrait la main à la poche à hauteur de 136 millions d'euros.

Le manque de financements a conduit ces agences, et notamment le Programme alimentaire mondial (PAM), à réduire sensiblement leurs actions dans ces camps, conduisant de nombreux réfugiés à tenter de gagner l'Europe plutôt que d'y rester en attendant que la situation s'améliore dans leur pays d'origine.

"C'est en Turquie, en Jordanie, au Liban que les aides doivent être apportées aussi rapidement que possible, pour que les refugiés ne soient pas tentés de venir en Europe en risquant leur vie", a souligné le président français François Hollande à son arrivée.

Une source européenne a indiqué que le président turc Recep Tayyip Erdogan devait rencontrer le président de la Commission europénne, Jean-Claude Juncker, le 5 octobre, à Bruxelles.

Outre l'aide à apporter à des pays tiers, le sommet devrait également aboutir à des mesures pour renforcer durablement les frontières extérieures de l'UE.

- Garde-frontières -

La Commission européenne a proposé mercredi une feuille de route détaillée aux Etats membres sur ce point: elle souhaite notamment que des "hotspots" --des centres d'accueil et d'enregistrement des migrants-- soient opérationnels dans les prochains jours en Italie et en Grèce.

Il faut "assurer que ceux qui arrivent en Europe sont rapidement enregistrés, que leurs empreintes digitales sont prises, et qu'on puisse faire une sélection rapide entre ceux qui restent et ceux qui ne peuvent rester", a expliqué le vice-président de la Commission, Frans Timmermans.

Les Etats membres veulent tenter d'améliorer l'efficacité de leur "politique de retour", les expulsions d'immigrés économiques illégaux. A ce jour seulement 39% des personnes déboutées de leur demande d'asile sont effectivement expulsées.

Les négociations, notamment avec des pays africains, d'accords de réadmission pour qu'ils reprennent leurs ressortissants, vont être relancées.

Et la Commission a rappelé mercredi que son projet d'"un corps de garde-côtes et garde-frontières européens" serait sur la table d'ici la fin de l'année.

Au total, la Commission avait d'ores et déjà demandé avant le sommet la mobilisation de 1,7 milliard d'euros pour faire face à la crise, s'ajoutant à des sommes déjà prévues pour atteindre un total de 9,2 milliards d'euros.

- 'Diktat' -

Pendant ces tractations, des milliers de personnes cherchant l'asile en Europe continuent d'arriver aux frontières grecque, croate, hongroise et italienne de l'Union européenne, poursuivant ensuite leur route vers le Nord, et notamment l'Allemagne.

Mardi, à Bruxelles déjà, les Etats membres avaient enfin réussi à se mettre d'accord sur la "relocalisation" en deux ans de 120.000 réfugiés venant prioritairement d'Italie et de Grèce, à partir des "hotspots" tant attendus.

Mais l'accord s'est fait au prix d'une fracture avec des pays de l'Est, qui ont voté contre la décision prise à la "majorité qualifiée".

Elle s'applique aux quatre pays de l'Est récalcitrants --République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Roumanie--, qui devront malgré tout recevoir plusieurs milliers de personnes sur leur sol de manière permanente.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a dénoncé mercredi "l'impérialisme moral" que tente selon lui d'imposer la chancelière allemande au reste de l'Europe, alors que Angela Merkel plaide pour des quotas contraignants et permanents.

A Bratislava, le Premier ministre slovaque Robert Fico a fustigé un "diktat", et annoncé qu'il allait saisir la Cour de justice de l'UE pour faire annuler la décision.

Pour le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), la répartition de 120.000 réfugiés est loin d'être suffisante, puisque l'Europe a déjà vu arriver quatre fois plus de migrants depuis janvier. Selon l'OCDE, un million de demandes d'asile pourraient être déposées dans l'UE en 2015.

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