POLITIQUE
22/09/2015 05:55 EDT | Actualisé 22/09/2015 06:10 EDT

Bordel informatique: le «coup de barre» sera un «très net recul», dénonce l'Association professionnelle des entreprises en logiciels libres

AFROG DESIGN UNIT via Getty Images
Personal computer

QUÉBEC – Les multinationales de l’informatique sont en train de dicter la rédaction du prochain règlement sur les achats de matériel informatique, tandis que Martin Coiteux est «déconnecté» du dossier, dénonce l’Association professionnelle des entreprises en logiciels libres.

L’association a claqué la porte du Conseil consultatif québécois des technologies de l'information qui a pour mandat de «participer à la réflexion sur les orientations, les politiques et les priorités d'action pour rehausser l'expertise de la fonction publique et améliorer la gouvernance dans le domaine des TI».

L’APELL représente une quinzaine d’entreprises qui emploient un total de plus de 300 personnes.

«La politique des TI au sein du gouvernement est menée par un petit groupe de multinationales qui a une emprise totale sur les marchés publics, dénonce le vice-président de l’APELL, Cyrille Béraud. La réalité, c’est que CGI, Microsoft, Oracle, IBM et quelques autres orientent, décident de la politique. Je l’ai vu et entendu.»

Lors de la réunion du 10 septembre dernier, c’est Éric Ferland, représentant du Regroupement des partenaires du gouvernement en technologie de l’information (RPGTI) qui dirigeait officieusement la réunion, affirme Cyrille Béraud. «Elle était menée formellement par la sous-secrétaire aux marchés publics, mais, dans les faits, c’était ce représentant qui donnait la parole, faisait des commentaires, qui complétait les propos des hauts-fonctionnaires…»

Le RPGTI regroupe les plus importantes entreprises de TI au Québec.

Cyrille Béraud affirme avoir pu consulter le nouveau règlement qui sera adopté cet automne dans le cadre d’un grand «coup de barre» annoncé par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. «Il donne des dérogations pour tout ce qui est achat de logiciels, dit-il. Un organisme public pourrait déroger au processus normal d’appel d’offres et passer des marchés de gré à gré, sans passer par un processus d’évaluation.»

Selon lui, le règlement est formulé de telle manière que tous les environnements informatiques gouvernementaux pourraient faire l’objet d’une dérogation au processus d’appel d’offres.

Cette modification au règlement consolidera l’emprise sur le gouvernement de quelques grandes entreprises dans l’industrie, croit Cyrille Béraud.

«Une fois que j’ai Macintosh, j’ai toujours intérêt à utiliser du Mac et du matériel Mac associé parce que tout marche bien ensemble, illustre-t-il. Pareil pour Windows ou autres.»

«Et on se retrouve à un moment où il n’y a plus qu’un seul fournisseur et dès qu’on veut changer quelque chose, on est pris avec des surcoûts, parce que ce n’est pas compatible», ajoute-t-il.

Selon lui, le nouveau règlement est un «très net recul» par rapport à la situation actuelle. «Il n’y aura même plus d’appel d’offres, on va aller directement en contrats de gré à gré. Alors, un fournisseur extérieur ne pourra même pas déposer une soumission», dit Cyrille Béraud.

Par ailleurs, il propose que l’informatique relève désormais du bureau du premier ministre, grâce à un ministre associé. «Ça ne peut pas dépendre juste de la comptabilité», lance-t-il.

Cyrille Béraud estime que Martin Coiteux «n’est pas au fait du tout de ce qui se passe au niveau des technologies de l’information». Il s’étonne d’ailleurs que ce rôle revienne au président du Conseil du trésor.

«Monsieur Coiteux est complètement déconnecté, ajoute-t-il. Alors, comme dans tous les cas quand un ministre ne connaît pas son sujet, ce sont les hauts-fonctionnaires qui lui disent quoi dire. On voit qu’il n’est pas du tout en contrôle.»

Ci-dessous, un extrait du point de presse de Martin Coiteux le 19 juin dernier.

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