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18/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 17/09/2016 01:12 EDT

Pédophilie aux USA: coûteux pour l'Eglise quand les victimes réclament justice

Les Etats-Unis, qui attendent ardemment la venue du pape mardi, sont l'un des pays les plus touchés par les scandales d'abus sexuels commis au sein de l'Eglise catholique, qui ont entamé sa crédibilité mais aussi ses finances, quand les victimes réclament d'abord justice.

"Le prêtre m'a dit que si j'en parlais, j'irais en enfer", raconte à l'AFP Becky Ianni, qui avait 8 ans quand le curé de sa paroisse à Alexandria (Virginie, est), "un ami de la famille" l'a agressée sexuellement pendant deux ans. Elle n'a pu le dire que 40 ans plus tard.

L'Eglise américaine a reçu entre 1950 et 2013 des plaintes d'environ 17.000 victimes d'abus commis par environ 6.400 membres de son clergé entre 1950 à 1980. Mais ces chiffres sont "bien inférieurs" à la réalité, souligne Anne Barrett Doyle, co-directrice du site bishop-accountability.org qui recense ces données.

Des experts avaient évoqué au Vatican en 2012 le chiffre de 100.000 enfants victimes d'abus aux Etats-Unis.

Outre les crimes commis, des évêques, des supérieurs de congrégations ou d'autres responsables ont caché les forfaits, protégeant parfois des prêtres sans prendre en considération les plaintes des victimes.

Pressé d'agir, le pape François a finalement limogé en juin deux évêques américains accusés d'avoir fermé les yeux: l'archevêque de Saint Paul et Minneapolis (Minnesota, nord), Mgr John Clayton Nienstedt, et son adjoint, Mgr Lee Anthony Piché. Il a aussi annoncé un premier procès au Vatican.

Cette semaine le Vatican a nommé un successeur à un autre évêque démissionnaire, Robert Finn, de Kansas City (centre), qui avait dû quitter son poste en avril pour n'avoir pas dénoncé un prêtre pédophile.

Le pape "a bien préparé son voyage", estime Massimo Faggioli, historien à la faculté de théologie de l'université Saint Thomas, dans le Minnesota.

Reste à savoir si le souverain pontife rencontrera des victimes, pour lesquelles la visite papale sera "très dure", selon Mme Ianni, car elle réveillera de douloureux souvenirs d'un fléau qui a non seulement entaché l'image de l'Eglise mais grevé ses finances.

- "L'argent n'est pas le problème" -

L'Eglise catholique américaine est "à court d'argent parce qu'elle a dépensé des milliards de dollars en frais judiciaires et dommages et intérêts", affirme M. Faggioli.

Depuis les révélations du début des années 2000, elle a dépensé 3 milliards de dollars en procès ou thérapies, selon le site bishop-accountability.com.

Neuf diocèses (sur 145) et trois archevêchés (sur 33) ont même déposé le bilan. L'archevêché de Saint Paul et Minneapolis avait expliqué en janvier que la procédure lui permettait de dédommager plus équitablement les victimes. L'archevêché de Los Angeles a dépensé quelque 740 millions de dollars.

Mais pour Jack M. Ruhl, spécialiste des finances de l'Eglise américaine et professeur de comptabilité à l'université de Western Michigan, l'institution n'est pas pour autant ruinée car elle reste "très fortunée, détentrice d'une énorme quantité de biens".

Le magazine The Economist avait évalué ses dépenses annuelles en 2010 à 170 milliards de dollars, soit davantage que le chiffre d'affaires de General Electric à la même époque (150 milliards).

Les dépôts de bilan risquent en fait d'aboutir à des dédommagements plus faibles pour les victimes, estime M. Ruhl.

Pour David G. Clohessy, directeur du réseau de victimes Snap (Survivors Network of those Abused by Priests), "l'argent n'est pas le problème".

"Les responsables catholiques aiment les dépôts de bilan parce qu'ils stoppent les procédures au civil", explique-t-il. Or ces procédures "exposent publiquement non seulement ceux qui ont commis des abus mais ceux qui les ont dissimulés".

Le Snap voudrait aussi que les abus aujourd'hui prescrits puissent être portés devant la justice. "Les victimes veulent que tout soit exposé" pour éviter d'autres abus, "elles ne veulent pas de précipitation", explique Mme Ianni.

Une loi du Minnesota permet ainsi de poursuivre des agresseurs présumés dans des cas auparavant prescrits, ce qui a conduit l'archevêché à démettre récemment de leurs fonctions deux prêtres soupçonnés d'abus. Mais d'après le Snap, le clergé s'oppose aux assouplissements en termes de prescription (Californie, Illinois, New Jersey, New York), arguant que les preuves risquent d'être faibles et craignant pour ses finances.

Pour Thomas McCarthy, réalisateur du film "Spotlight", qui raconte le scandale de Boston (nord-est), il reste beaucoup à faire sur "ces hommes (qui) ont agi en eaux troubles".

are/elm/plh