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18/09/2015 02:54 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Migrants: Les conservateurs polonais renforcent le "front du refus" est-européen

Avec son discours dur contre l'accueil de migrants, le leader conservateur d'opposition polonais, Jaroslaw Kaczynski, a donné un nouvel élan au "front du refus" est-européen, rejoignant le Premier ministre hongrois, Victor Orban, et ses homologues slovaque et tchèque.

Ce front devrait se renforcer si le parti populiste Droit et Justice (PIS) de M. Kaczynski remporte les législatives du 25 octobre et arrive au pouvoir, comme le prédisent les sondages. "Surtout s'il arrive à gouverner seul", estime Stanislaw Mocek, politologue à l'Académie polonaise des Sciences.

"Jaroslaw Kaczynski a une prédilection pour le système de gouvernement de Viktor Orban", relève-t-il.

Selon Maciej Gdula, sociologue de l'Université de Varsovie, "Kaczynski rejoint Orban sur la critique de l'UE, et pourtant la situation actuelle est différente (dans les deux pays). Orban a des réfugiés chez lui, alors qu'en Pologne, il n'y en a pas".

Par pure coïncidence, le leader polonais s'était adressé mercredi au Parlement de son pays alors que les télévisions passaient en boucle des images de jeunes migrants lançant des pierres aux gardes-frontières hongrois.

Il avait refusé au gouvernement centriste en place le droit de décider d'accueillir des réfugiés, affirmant que "les Polonais ne le souhaitent pas".

A l'instar de M. Orban, il a rejeté sur l'Allemagne la responsabilité de la crise migratoire, et brossé un tableau menaçant des prétendus progrès de la charia en Europe, affirmant qu'il y a en Suède des zones échappant au contrôle de l'Etat et que les jeunes filles s'y voient forcées de ne plus porter de vêtements courts.

La Pologne, un pays de 38 millions d'habitants - soit bien plus que les trois autres pays réunis - , a jusqu'à présent donné son accord pour accueillir 2.000 réfugiés et selon la demande du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devrait en accueillir 9.287 de plus. Le gouvernement centriste continue à négocier ce chiffre et pose des conditions pour donner son accord qui risque de le desservir sur le plan électoral.

L'UE se déchire sur la proposition de relocaliser 120.000 réfugiés, assortie par la Commission de quotas contraignants de répartition.

La Hongrie, pourtant présentée comme bénéficiaire de ce plan, refuse d'y participer, de même que la Slovaquie et la République tchèque. Varsovie a exprimé des réticences, tout en proclamant son engagement à faire preuve de solidarité européenne.

- La carte de la peur -

Selon M. Gdula, la position de Jaroslaw Kaczynski s'inscrit dans la logique de la campagne électorale pour le scrutin du 25 octobre, alors que les Polonais, particulièrement homogènes sur le plan national et religieux, catholiques déclarés à plus de 90%, sont majoritairement méfiants face à la perspective d'un afflux de migrants musulmans.

"Il fait monter l'hystérie avant les législatives. Il comprend que c'est une période de crise, il veut l'exploiter et joue sur la peur", estime M. Gdula.

"Kaczynski fait également appel à une vielle conception historique, selon laquelle la Pologne constitue non seulement un rempart européen et chrétien à l'Est, mais qu'elle doit également protéger l'Europe contre elle-même", souligne le sociologue.

Le leader de Droit et Justice soutient notamment que les réfugiés musulmans finiront par chercher à imposer aux Polonais leur mode de vie.

- Un problème allemand -

Renouant avec ses anciennes prises de position antiallemandes, M. Kaczynski a accusé Berlin d'être à l'origine de la cause de la crise migratoire en Europe.

"Qui a créé l'aimant pour attirer les migrants économiques? C'est l'Allemagne. Et c'est leur problème!", dit-il.

Des critiques semblables se font entendre à Budapest, à Prague et à Bratislava, ce qui, selon une étude de l'Institut polonais des affaires internationales, "a provoqué le premier refroidissement sérieux dans leurs relations avec Berlin, en l'espace des dernières années".

Selon les sondages récents, le PIS jouit du soutien de 32% à 36% des électeurs, contre 22% à 26% pour la formation centriste de la chef du gouvernement, Ewa Kopacz.

Cette dernière a estimé, en réaction aux propos de M. Kaczynski, qu'ils marquaient "le début de la marche vers la sortie de la Pologne de l'Union européenne".

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