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18/09/2015 05:23 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Migrants: L'Europe balkanique et centrale se barricade

L'Europe balkanique et centrale se barricadait vendredi pour empêcher les passages de migrants, après la fermeture par la Croatie de sept de ses huit passages frontaliers avec la Serbie, la pose de nouvelles clôtures par la Hongrie et l'arrêt des liaisons ferroviaires en Slovénie.

Depuis le verrouillage de la frontière serbo-hongroise par la Hongrie mardi avec une double rangée de barbelés, les réfugiés qui fuient les guerres en Syrie et Irak et affluent vers l'Europe occidentale, tentent de se frayer un chemin par d'autres pays, la Croatie et la Slovénie notamment.

Depuis mercredi matin, Zagreb a compté 13.000 migrants entrés en Croatie par la Serbie. Le pays, qui se dit "saturé", a annoncé la fermeture "jusqu'à nouvel ordre" des postes-frontières de Tovarnik, Ilok, Ilok 2, Principovac, Principovac 2, Batina et Erdut.

Néanmoins, le flot est loin de s'être tari. Des autobus avec des migrants à leurs bords sont arrivés dans la nuit de jeudi à vendredi à Sid, dans le nord de la Serbie, à la frontière avec la Croatie, en face de Tovarnik.

Personne ne s'est attardé dans cette ville et les migrants ont continué, à pieds, à marcher et entrer en Croatie à travers les champs.

- 'Chaos complet' -

Après leur passage, à Tovarnik, des milliers de personnes ont campé dans les champs, dans l'attente du départ d'un train.

"La situation est assez dramatique. Les gens sont en colère. Si un train ne part pas, ils vont commencer à se battre" a déclaré à l'AFP le directeur des urgences de Human Rights Watch, Peter Bouckaert.

"C'est un chaos complet. Il y a des milliers de gens dans l'attente après une nuit difficile sans abri ni nourriture. C'est une minuscule petite ville avec une seule rue qui est complètement débordée", a-t-il ajouté, disant craindre que certains n'aboutissent sur des terrains minés.

Vendredi matin, la Hongrie a annoncé la pose de la première cloture de barbelés à sa frontière avec la Croatie.

La clôture sera installée sur 41 km de terre ferme, a indiqué le Premier ministre Viktor Orban, le reste des 330 km de la frontière entre les deux pays étant délimitée par la rivière Drave, difficile à traverser.

"La route des Balkans de l'ouest existe toujours. Le fait que la frontière serbo-hongroise soit désormais close n'a pas stoppé les nouvelles arrivées" s'est-il plaint. Mercredi, il avait aussi annoncé la prochaine clôture de la frontière roumaine, le long de la rivière Mures.

La petite Slovénie, membre de l'Union européenne et de l'espace Schengen, qui ne compte que deux millions d'habitants, se préparait d'ailleurs vendredi à recevoir le flux des migrants détournés par les barricades tout juste érigées chez ses voisins.

Dans l'immédiat, le pays a suspendu tout trafic ferroviaire avec la Croatie au moins jusqu'à vendredi soir, tout en préparant tentes et abris.

Le Premier ministre Miro Cerar a indiqué jeudi soir que seuls les migrants obeissant aux règles européennes seraient autorisés à entrer.

Un premier groupe de 150 migrants arrivés en train dans la nuit depuis Zagreb a été intercepté dans la ville-frontière slovène de Dobova.

Après avoir essayé en vain de les renvoyer en Croatie, les autorités slovènes les ont transportés dans un centre d'accueil, "dans l'attente d'un accord sur une procédure de retour en Croatie".

Vendredi, l'AFP a rencontré un jeune Syrien de 24 ans originaire de Lattaquié, trempé jusqu'à la taille, qui se trouvait à quelques mètres du pont marquant la frontière entre la Croatie et la Slovénie.

"Je veux juste passer la frontière" a-t-il dit avec un sourire triste, "ils l'ont fermée, peut-être pour toujours". Durant la nuit, il a tenté de passer par la rivière mais a été repoussé par la police slovène.

La fermeture des frontières dans cette partie de l'Europe maintient la pression sur l'UE, dont les dirigeants se retrouvent le 23 septembre à Bruxelles, pour tenter de surmonter leurs divisions face à cette crise, au lendemain d'une rencontre des ministres de l'Intérieur.

En préalable, le chancelier autrichien Werner Faymann organisait vendredi à Vienne une réunion de responsables européens de centre gauche, qui devrait être largement dominée par la crise migratoire.

La question des quotas obligatoires de réfugiés par pays, à laquelle la Hongrie et d'autres pays s'opposent fermement, sera inévitablement au centre des débats.

Vendredi, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a brandi la menace d'un "vote à la majorité" pour imposer aux pays récalcitrants une répartition des réfugiés.

Sur le plan économique, le retour des contrôles aux frontières dans plusieurs pays d'Europe donne des sueurs froide aux sociétés de transport de marchandises.

La circulation d'un pays à l'autre sans formalités est la pierre angulaire du modèle économique des transporteurs européens. Dans l'UE, les trois quarts environ du trafic de marchandises s'effectuent par la route.

En France, un migrant est mort électrocuté jeudi sur le site du tunnel sous la Manche en tentant de monter sur une navette de ferroutage.

im-bur