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18/09/2015 00:54 EDT | Actualisé 17/09/2016 01:12 EDT

Megaupload: Kim Dotcom face à la menace américaine d'extradition

Corpulence de sumo et FBI aux trousses, Kim Dotcom, fondateur de Megaupload.com, a tout du méchant d'un navet de série B. Son rendez-vous lundi n'est pourtant pas une fiction, avec une menace bien réelle d'extradition vers les Etats-Unis.

Après près de quatre ans de péripéties juridiques, un tribunal néo-zélandais examinera à partir de lundi la requête du département américain de la Justice et du FBI qui l'accusent d'avoir illégalement empoché des dizaines de millions de dollars grâce au piratage.

Cet Allemand de 41 ans -de son vrai nom Kim Schmitz- conteste être l'architecte d'un pillage en ligne à grande échelle grâce à Megaupload, son emblématique plateforme de téléchargement direct.

Et s'il reconnaît une fascination pour les personnages de James Bond, il se veut avant tout un entrepreneur du net.

"Je suis une cible facile, il leur fallait un méchant qui soit riche, flamboyant, extravagant", confiait-il en 2013.

"Voyager en jet privé et rouler dans des voitures immatriculées +DIEU+, +DEFONCé+ et +MAFIA+ n'est certainement pas le meilleur moyen de faire profil bas", concédait-il.

C'est théâtralement, déjà, que la saga judiciaire avait débuté en janvier 2012 par l'arrestation de Dotcom lors d'une descente au petit matin d'unités d'élite de la police néo-zélandaise à "Dotcom Mansion", sa somptueuse propriété d'Auckland.

Dotcom, qui avait activé plusieurs ménanismes de fermeture électronique, s'était barricadé dans une chambre forte.

-un demi-milliard de pertes-

Onze millions de dollars néo-zélandais (alors 6,83 millions d'euros) avaient été gelés sur ses comptes, tandis qu'une Cadillac rose de 1959, une Rolls Royce Phantom étaient saisies.

Dans le même temps, la justice américaine avait ordonné la fermeture du site Megaupload. Kim Dotcom avait été libéré sous caution après un mois de détention.

Créée en 2005 et installée à Hong Kong, Megaupload affirmait alors rassembler chaque jour 50 millions d'utilisateurs.

Problème, pour les Etats-Unis, nombre de fichiers échangés sur Megaupload étaient des oeuvres musicales ou encore des films protégés par des droits d'auteur.

Outre Kim Dotcom, trois anciens de Megaupload -Finn Batato, Mathias Ortmann et Bram van der Kolk- sont recherchés par la justice américaine, qui les accuse d'avoir tiré de leurs forfaits quelque 175 millions de dollars de profit et entraîné plus d'un demi-milliard de dollars de perte pour les ayant-droits des produits piratés.

Kim Dotcom est devenu richissime, avec un goût prononcé pour le noir et le luxe ostentatoire.

"Les films de James Bond m'ont inspiré, vous savez, ceux dans lesquels certains personnages ont des îles privées, des pétroliers transformés en yacht, des maisons luxueuses", expliquait-il l'an dernier à l'émission américaine "60 Minutes".

- intrigue à tiroirs -

Sa fortune lui a également permis de s'installer en Nouvelle-Zélande en 2010, à une époque où il était déjà sur le radar du FBI, alerté par l'industrie américaine du spectacle.

Depuis quatre ans, la sage Dotcom est une intrigue à tiroir. On a vu lors d'un épisode piteux un Premier ministre néo-zélandais s'excuser d'avoir espionné le géant allemand, dont l'aventure en politique s'est par ailleurs soldée par un bide mémorable.

Le fond de l'affaire, lui, est bien judiciaire puisque Dotcom, qui est notamment recherché pour fraude, racket ou encore blanchiment, risque 20 ans de prison en cas d'extradition et de condamnation.

"Notre but est que tous les responsables rendent des comptes pour s'être illégalement enrichis en volant les créations des artistes américains", déclarait récemment le ministre américain adjoint de la Justice Leslie Caldwell.

L'audience s'ouvrira lundi à Auckland sur des points de procédure, avant d'entrer jeudi dans le vif du sujet.

Les avocats de Dotcom tenteront de convaincre le tribunal de l'énormité des chefs d'inculpation.

A les en croire, même si Dotcom reconnaissait une infraction à la législation sur les droits d'auteur -ce qui n'est pas le cas- l'affaire relèverait de la justice civile et ne pourrait donner lieu à une extradition.

Et si le tribunal validait des poursuites au pénal contre leur client, font-ils valoir, tous les internautes pourraient dès lors craindre le glaive de la justice américaine.

"Les poursuites américaines contre Kim Dotcom créent un précédent effrayant pour les droits élémentaires des internautes et de ceux qui innovent dans les nouvelles technologies", avaient développé ses avocats en 2013.

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