NOUVELLES
18/09/2015 11:13 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Madrid en ébullition, cent jours après l'arrivée des indignés

Expulsions de logements freinées, repas gratuits pour les enfants, projets immobiliers suspendus: les indignés au pouvoir à Madrid ont déjà marqué les esprits cent jours après leur arrivée, un début, assurent-ils, avant une révolution démocratique.

Au pied de l'imposant hôtel de ville au style baroque de la place Cibeles, au centre de Madrid, un groupe campe contre une loi qui limite la liberté de manifestation. Signe des temps, ils ne sont pas inquiétés. Sur la façade blanche, une grande banderole proclame "Refugees welcome".

La plate-forme Ahora Madrid - composée de citoyens issus des rangs des indignés, de membres du parti de gauche radicale Podemos, d'écologistes et d'écolo-communistes -, est aux commandes, avec le soutien du Parti socialiste. Après 24 ans au pouvoir, le Parti populaire (droite) a dû céder la place face à cette coalition, il y aura cent jours dimanche.

L'atmosphère a changé. La maire Manuela Carmena, une ex-juge de 71 ans, et son équipe ont renoncé aux voitures officielles personnelles et empruntent les transports en commun. Beaucoup d'élus portent jeans et baskets.

Ces "indignés" ont pris les commandes d'une ville de 3,5 millions d'habitants, un paquebot employant 26.000 personnes, au budget de 4,6 milliards d'euros.

L'adjoint en charge de l'Economie, Carlos Sanchez Mato, va de découverte en découverte. Les services publics - eau, éclairage, sécurité, ramassage des ordures - sont "externalisés à 90%". Et leurs employés, mal payés, ne remplissent pas le contrat, se plaint cet économiste proche d'Attac.

Il découvre aussi le poids de la dette : six milliards d'euros. Et réexamine des contrats étonnants, comme la location d'un immeuble à 18.000 euros par jour pour des employés municipaux qui pourraient être hébergés dans des bâtiments publics.

"Certains contrats comportent des clauses qui répondaient davantage à des intérêts particuliers", accuse Carlos Sanchez Mato en promettant un "audit citoyen de la dette", et des actions en justice.

L'audit touche aussi des projets immobiliers, comme la construction de plusieurs milliers de logements au nord de la ville, l'opération Chamartin, ou la transformation d'un immeuble historique en hôtel de luxe par le groupe chinois Wanda.

La priorité est claire: "soutenir les secteurs les plus vulnérables pour obtenir un développement harmonieux de Madrid", déclare à l'AFP Manuela Carmena.

Déjà près de 10.000 enfants ont bénéficié d'aides alimentaires, et, en 2016, le budget de dépenses sociales augmentera de 20%.

- Territoire d'expérimentation culturelle -

L'équipe s'inspire des villes du nord de l'Europe, comme Oslo, et promet beaucoup plus d'écologie. Et de culture aussi, axée sur "l'investissement de l'espace public", car "nous, les Madrilènes, aimons beaucoup la rue", promet Celia Mayer, à la Culture. "Madrid doit devenir un territoire d'expérimentation culturelle".

Mais le projet le plus novateur, c'est madrid.decide.es, un site qui permettra aux citoyens de s'impliquer dans les affaires de la ville, pour offrir une "démocratie, réelle, maintenant", un des slogans des indignés.

L'adjoint Pablo Soto, en charge de la "Participation citoyenne", qui avait participé aux campements des indignés contre l'austérité, l'a imaginé. Pour que "n'importe qui puisse mettre quelque chose en place, même sans être élu municipal ou sans avoir beaucoup d'argent, si la majorité le souhaite", dit ce créateur de logiciels de partage musicaux.

Pablo Soto s'est inspiré de mécanismes de participation en Suisse ou encore en Californie. Avec un minimum de 53.000 signatures pour un projet, "nous convoquerons une consultation auprès de trois millions de personnes", explique-t-il.

Le site, qui permet des débats sur tous les sujets, a reçu plus de 150.000 visites en une semaine.

Mais, ces indignés enthousiastes comptent encore des opposants parmi les 500.000 Madrilènes qui ont voté à droite.

"Ils se gargarisent de leur démocratie participative", dénonce Iñigo Henríquez de Luna, porte-parole du Parti populaire, dénonçant au passage la "patte totalitaire", de la mairie qui a créé un site pour démentir des informations erronées parues dans les médias, en les nommant.

"Oiseaux et fleurs, paix et amour, Hare Krishna, la paix mondiale, l'amour la solidarité", "c'est très bien tout ça, mais qui va payer ?", "la nouveauté compte plus que la solidité", ce sont des discours de "café du commerce", lâchait, sévère, lors d'un forum, le cadre d'un grand groupe, furieux de "l'absence de propositions pour les entreprises".

mck-av/pmr/gkg