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18/09/2015 12:04 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Hollande au Maroc pour une délicate visite de "travail" et "d'amitié"

Pour sceller la réconciliation après un an de brouille, le président français François Hollande effectue ce week-end à Tanger une délicate visite sur fond de polémique autour du patron du contre-espionnage marocain, visé par des plaintes en France pour torture.

Des associations de défense des droits de l'Homme se sont ainsi inquiétées jeudi que le déplacement du chef de l'Etat ne soit l'occasion de décorer de la Légion d'honneur le directeur de la DGST marocaine Abdellatif Hammouchi.

L'entourage du président a formellement démenti la remise de cette décoration lors de cette visite présidentielle, jugeant cette information "sans fondement", mais pas son principe.

En février, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait lui-même annoncé que Paris décorerait prochainement des insignes d'officier de la Légion d'honneur M. Hammouchi, pour son rôle dans la lutte contre le terrorisme.

Rabat avait suspendu tous les accords de coopération judiciaire avec Paris de février 2014 à janvier 2015, après la convocation de M. Hammouchi par un juge d'instruction à Paris enquêtant sur plusieurs plaintes d'associations.

Une série d'impairs diplomatiques avaient également envenimé la crise, avant que François Hollande ne mette fin à la brouille en recevant Mohammed VI à l'Elysée le 9 février, après la signature d'un nouvel accord judiciaire avec le Maroc.

A Paris, on considère que "la page est tournée" sur cette affaire. "Depuis plusieurs mois, on n'est plus dans la réconciliation, on est plutôt dans la reprise d'une relation très dense", assure ainsi un diplomate français.

Mais les critiques ne s'arrêtent pas là. A la veille de la visite de M. Hollande, l'association Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé "la situation actuelle de la liberté d'information" au Maroc, "où la critique de sujets tabous tels que la monarchie ou l'intégrité territoriale peut amener à de lourdes condamnations".

Le Parti communiste français a lui fustigé une "visite bien malvenue dans un pays où la corruption et l'impunité règnent en maîtres, où les inégalités sociales et la pauvreté s'aggravent, où la répression policière et les emprisonnements s'abattent sur les démocrates et les syndicalistes."

- 'Appel de Tanger' -

Malgré ce contexte, le chef de l'Etat entend renforcer les liens économiques entre les deux pays, alors que la France s'est fait ravir par l'Espagne la place de premier partenaire commercial du Maroc. Mais Paris reste le premier partenaire économique de Rabat grâce à l'importance de ses investissements, "une douzaine de milliards d'euros en stock", souligne Paris.

M. Hollande, qui aura plusieurs entretiens avec le souverain marocain, visitera ainsi avec lui un site de maintenance des rames de la future Ligne à grande vitesse Tanger-Casablanca dont l'entrée en service est prévue en 2017-2018. La première rame du train à grande vitesse (TGV) marocain a été livrée par le groupe industriel français Alstom en juin.

Il doit aussi se rendre sur le port de Tanger, deuxième port du Maroc et important hub entre l'Europe et l'Afrique.

"Ce sont deux chantiers très représentatifs de cette volonté de coproduction, de partenariat" entre la France et son ancien protectorat.

"Il n'y a plus aucun soupçon de paternalisme. On est vraiment dans une logique de coopération, partenariat, chacun avec sa valeur ajoutée", affirme un diplomate français.

Le climat sera aussi au menu des discussions et M. Hollande signera avec Mohammed VI "un appel de Tanger" en vue de la Conférence (COP 21) de Paris en décembre. Le Maroc, qui organisera la COP 22, est le premier pays du Maghreb à avoir remis sa contribution, avec pour objectif de passer à 42% d'énergies renouvelables d'ici 2020.

Les deux dirigeants poseront également la première pierre d'un Institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique.

M. Hollande, qui rencontrera également le Premier ministre Abdel-Ilah Benkiran, sera accompagné de cinq ministres et d'une délégation étoffée de chefs d'entreprises parmi lesquelles Thales, SNCF, Alstom, Egis, Cistra, intéressées dans le chantier LGV mais aussi Bouygues, CMA-CGM, Renault impliqués dans les nouveaux aménagements du port de Tanger.

EDF-énergies nouvelles, Suez, Veolia, Lafarge, ENGIE seront aussi présentes pour les enjeux climatiques.

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