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18/09/2015 10:22 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Heurts en Cisjordanie pour l'esplanade des Mosquées

Des heurts ont opposé Palestiniens et forces de sécurité israéliennes à Jérusalem et en Cisjordanie vendredi, jour de la prière musulmane hebdomadaire placée dans les Territoires sous le signe de la défense de l'esplanade des Mosquées.

A Jérusalem même, Palestiniens et policiers israéliens ont échangé sporadiquement pierres d'une part, grenades lacrymogènes et balles en caoutchouc autour du mont des Oliviers dans les quartiers d'Al-Tour et Rass Al-Amoud et auprès du camp de réfugiés de Chouafat.

Mais la Vieille ville et l'esplanade des Mosquées, placée sous surveillance policière massive après trois jours de violences en début de semaine, sont restées calmes. Près de 3.000 policiers y avaient été déployés, a dit une porte-parole, pour prévenir l'explosion toujours redoutée sur un lieu aussi sensible.

En Cisjordanie en revanche, les affrontements ont été plus intenses qu'un vendredi ordinaire, rituel jour de protestation palestinienne à la faveur de la prière hebdomadaire, ont constaté les journalistes de l'AFP. A Kafr Kaddoum, près de Naplouse, trois Palestiniens ont été blessés par des balles israéliennes aux bras ou aux jambes, a indiqué le Croissant-Rouge local.

Des jeunes ont lancé leurs projectiles et essuyé ceux des forces israéliennes sur les habituels abcès de fixation du conflit israélo-palestinien: près de la prison israélienne d'Ofer, du point de passage de Qalandiya, ou au camp de réfugiés de Jalazoun. Des heurts ont secoué Hébron, poudrière cisjordanienne. Les forces de sécurité israéliennes ont affirmé le caractère contenu de ces heurts.

- "Une ligne de front" -

Le mot d'ordre était partout le même: "Par notre âme et notre sang, nous nous sacrifierons pour toi Al-Aqsa", ont scandé des centaines de manifestants à Naplouse et dans la bande de Gaza en désignant l'esplanade du nom de la mosquée Al-Aqsa qui s'y trouve.

L'esplanade, troisième lieu saint de l'islam et site le plus sacré pour les juifs, est une fois de plus l'épicentre des tensions auxquelles Jérusalem est en proie depuis des mois et qui ont été ravivées cette semaine. L'esplanade a connu de dimanche à mardi trois jours de heurts qui font craindre une réédition des embrasements passés.

La Vieille ville, par laquelle on accède à l'esplanade en surplomb, avait une fois de plus des airs de camp retranché vendredi, avec des centaines de policiers en armes postés aux portes sous les murailles, et même plus bas dans les rues qui y mènent.

"Ce que vous voyez là, ce ne sont pas des gens se rendant à la prière, c'est une ligne de front", disait Mazen Shawish, 52 ans, sur le chemin de l'esplanade, "il faut passer 20 points de contrôle pour arriver à la mosquée".

La police israélienne a renforcé ses effectifs de 800 hommes. Elle a imposé une mesure habituelle dans de telles circonstances en interdisant aux hommes de moins de 40 ans l'accès à l'esplanade. Des centaines d'entre eux ont donc déroulé leur tapis devant les barrières en métal au pied des policiers casqués.

- Collision dangereuse -

Seuls quelques milliers de fidèles (10.000 selon la police israélienne, 8.000 selon la fondation qui administre l'esplanade au lieu des 25 ou 35.000 un vendredi ordinaire), femmes de tous âges et hommes plus vieux, ont entendu sur l'esplanade l'imam prêcher que le lieu était "une ligne rouge pour les musulmans du monde entier".

L'esplanade des Mosquées est située à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem occupée en 1967 par Israël et annexée, donc au coeur du conflit-palestinien. Elle est un symbole intangible, sublimé par la religion, pour des Palestiniens frustrés d'Etat depuis des décennies.

L'esplanade va au devant d'une nouvelle période délicate, avec la collision la même semaine, de l'Aïd el-Adha (fête du Sacrifice), moment fort du calendrier musulman, et du jour du Grand Pardon (Yom Kippour, la fête juive la plus solennelle).

Ces célébrations voient les juifs prendre plus nombreux le chemin du site. Les règles qui gouvernent le lieu (le "statu quo") n'autorisent les juifs qu'à la visiter, pas à y prier.

Mais ces visites, les incidents auxquels elles donnent lieu, ainsi qu'un discours minoritaire mais de plus en plus audible de la part de juifs réclamant non seulement le droit de prier sur l'esplanade, mais aussi la souveraineté sur les lieux, exaspèrent les Palestiniens.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assure constamment être engagé au respect du "statu quo". Il accuse les dirigeants palestiniens d'attiser les flammes. Mais, devant les violences permanentes depuis des mois à Jérusalem, il a dit "déclarer la guerre aux lanceurs de pierres et d'engins incendiaires".

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