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18/09/2015 15:51 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Harper fait campagne avec Wayne Gretzky... qui ne pourra pas voter pour lui

TORONTO — Le chef conservateur a dû défendre les règles sur le droit de vote des expatriés alors qu'il se prépare à faire campagne aux côtés d'un Canadien célèbre qui ne pourra lui-même pas voter pour lui: Wayne Gretzky.

Stephen Harper s'est retrouvé embarrassé lorsqu'un journaliste lui a fait remarquer que l'ancien joueur de hockey ne pourrait pas voter en vertu des nouvelles mesures interdisant le droit de vote aux Canadiens qui vivent à l'extérieur du pays depuis plus de cinq ans. Ainsi, quelque 1,4 million de Canadiens d'origine ne pourront pas s'exprimer aux élections du 19 octobre, et plusieurs d'entre eux ont manifesté leur colère face à ces nouvelles règles.

«Nous avons, je crois, des règles justes pour s'assurer que les élections canadiennes soient déterminées par les résidants canadiens. Je n'ai jamais entendu M. Gretzky remettre en question cette mesure précise», a plaidé le premier ministre sortant.

Wayne Gretzky a grandi à Brantford, en Ontario, mais il habite les États-Unis depuis plusieurs années. Il devrait participer à un événement des conservateurs, vendredi soir, à Toronto.

Bien que le joueur surnommé «The Great One» soit resté discret sur cet enjeu, plusieurs autres expatriés canadiens ont dénoncé les nouvelles règles, dont l'acteur Donald Sutherland.

«Je suis un expatrié et le gouvernement Harper ne laissera pas les expatriés participer aux élections canadiennes», a déploré Donald Sutherland dans une lettre ouverte publiée il y a quelques semaines dans le quotidien «The Globe and Mail».

Deux autres expatriés souhaitent d'ailleurs mener leur cause devant le plus haut tribunal du pays. Ils tentent de recueillir des fonds pour porter en appel la décision de la Cour d'appel de l'Ontario, qui avait jugé la loi constitutionnelle contrairement à une cour inférieure.

Gill Frank, qui a mis sur pied la campagne de financement pour aller en Cour suprême, a écrit sur son compte Twitter, vendredi, qu'il ne comprenait pas pourquoi l'ancien athlète faisait campagne avec M. Harper même s'il ne peut pas voter pour lui.

Un autre expatrié, Nicolas Duchastel de Montrouge, a d'ailleurs choisi de se présenter contre le chef conservateur dans sa circonscription de Calgary pour contester ce qu'il considère comme des «règles absurdes» qui lui permettent de solliciter un mandat de député, mais pas de voter.

Selon lui, M. Harper «modifie» la Constitution, qui ne mentionne aucunement le lieu de résidence, a-t-il remarqué. «Il est écrit que tous les citoyens canadiens ont le droit de vote», a-t-il précisé.

M. Duchastel de Montrouge, qui habite aujourd'hui la banlieue de Seattle, tente maintenant de recueillir les 100 signatures requises pour devenir un candidat officiel dans Calgary Heritage — mais il demande du même souffle aux électeurs de ne pas voter pour lui.

Wayne Gretzky, qui a récemment donné son appui à Patrick Brown dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, a d'ailleurs reçu des fleurs de la part de M. Harper sur son apport en tant qu'expatrié.

«Il a été, même en tant qu'expatrié, un ambassadeur formidable; pas seulement pour notre sport national, mais pour le pays», a-t-il souligné.

Les nouvelles mesures empêcheront d'autres Canadiens célèbres vivant à l'étranger de participer au prochain scrutin, dont les chanteurs Neil Young et Céline Dion, l'acteur William Shatner et même le joueur de hockey Sidney Crosby, qui vit aux États-Unis.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti vert jugent que les expatriés Canadiens devraient pouvoir voter.

Colin Perkel , La Presse Canadienne