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18/09/2015 07:51 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

Fifa - Valcke écarté: Blatter s'isole pour mieux se protéger?

La chaotique fin de règne de Joseph Blatter n'en finit plus de s'assombrir: la mise à l'écart de son bras droit après de nouvelles accusations isole un peu plus le président démissionnaire de la Fifa, qui, paradoxalement, semble ainsi vouloir donner des garanties à la justice.

Coup de tonnerre tard jeudi soir lorsque la Fifa annonce qu'elle relève de ses fonctions son numéro 2, Jérôme Valcke, accusé par des journaux d'être impliqué dans un système de revente massive de billets au marché noir lors du Mondial-2014.

Le limogeage du Français est d'autant plus rapide et surprenant qu'il se base sur la seule foi d'accusations de presse et non d'une enquête officielle. "C'est un signal très fort adressé à la justice et à Loretta Lynch" (la ministre de la justice américaine, qui enquête sur la Fifa), analyse pour l'AFP un ancien cadre de l'instance suprême du foot mondial.

Blatter se présente aujourd'hui "comme une victime et sa fermeté pourrait rassurer la justice sur ses intentions de donner des garanties", estime cette même source.

- Révélations inhabituelles -

Déjà accusé en juin par la presse américaine d'avoir transféré 10 millions de dollars (9,1 M EUR) sur des comptes gérés par le sulfureux Jack Warner, ancien vice-président de la Fifa, Valcke est à nouveau la cible de graves allégations.

Leur point de départ: des affirmations de Benny Alon, ancien joueur professionnel israélien et consultant proche de la Fifa, qui travaillait pour JB Sports Marketing, société spécialisée dans la vente de packages pour les événements sportifs. Selon lui, sa société revendait jusqu'à trois fois leur valeur certaines des meilleures places du Mondial brésilien, avec l'aval de Valcke.

Au-delà de la complexité apparente de l'affaire, la manière dont Alon a fait ses révélations est très inhabituelle: il a invité une vingtaine de journalistes jeudi dans un restaurant cossu de Zurich, et leur a fourni une clé USB contenant des mails prétendument compromettants dont il a assuré qu'ils avaient été envoyés par Jérôme Valcke.

Dans la foulée, celui-ci a nié "vigoureusement" ces accusations dans un communiqué transmis par son avocat américain, assurant qu'il s'agissait d'"allégations fabriquées". Selon ce communiqué, "M. Valcke n'a jamais reçu d'argent" de M. Alon et le contrat avec la société de ce dernier avait été "ratifié par" la Fifa.

Valcke, 54 ans, était une pièce maîtresse de Blatter pour diriger la mécanique Fifa. Et ce nouvel épisode vient enrichir le feuilleton apparemment interminable de la crise dans laquelle l'instance est plongée qu'a éclaté fin mai un scandale de corruption sans précédent.

- 'C'est triste' -

"C'est triste, ce sont des nouvelles qui nuisent à l'image du football", a commenté vendredi matin le secrétaire général de l'UEFA Gianni Infantino. L'instance du foot européen tient un comité exécutif à Malte et son président, le Français Michel Platini, est vu comme le favori pour succéder à Blatter à la tête de la Fifa en février 2016.

Face au scandale, celui-ci avait dû démissionner le 2 juin, quatre jours après sa réélection pour un 5e mandat, "en raison de pressions extérieures". Au total, 14 personnes ont été inculpées par la justice américaine, soupçonnées de corruption dans l'attribution de contrats de marketing ou de télévision.

La justice suisse enquête de son côté sur les conditions d'attribution des Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar et la Fifa a suspendu le processus d'attribution du Mondial 2026.

"Nous pensons pouvoir inculper d'autres personnes et d'autres organisations", a prévenu lundi Loretta Lynch, lors d'une conférence de presse donnée en compagnie du procureur suisse Michael Lauben.

Après le renvoi de Valcke et en attendant le congrès du 26 février, c'est l'Allemand Markus Kattner, secrétaire général adjoint de la Fifa depuis 2007, qui "va gérer les affaires courantes", a précisé la Fifa vendredi à l'AFP.

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