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18/09/2015 16:41 EDT | Actualisé 18/09/2016 01:12 EDT

A Beremend, la Hongrie laisse passer des migrants

Prise au dépourvu et sous pression à sa frontière avec la Croatie, la Hongrie s'est résignée à accepter de nouveau vendredi l'entrée sur son territoire de milliers de migrants acheminés en bus par le passage frontalier de Beremend.

Entourés par des militaires hongrois en treillis et par des policiers antiémeute, béret rouge sur la tête, masque hygiénique sur le visage et portant des gants chirurgicaux, environ 200 migrants patientent sur une pelouse en attendant d'être autorisés à monter dans des bus qui les mèneront en Hongrie.

"En Norvège, je veux aller en Norvège", explique à un policier, à peine entrée en territoire hongrois, une femme, foulard noué sous le menton, qui donne le biberon à son bébé.

Ces migrants qui foulent le sol hongrois avec l'assentiment au moins tacite de Budapest représentent une première depuis mercredi pour ce pays, membre de l'Union européenne et de l'espace de libre circulation Schengen, mais dont la décision de fermer avec des barbelés sa frontière de 175 km avec la Serbie voisine avait suscité de vives critiques en Europe.

- tout bascule en quelques heures -

Après les coups de matraque et les tirs de gaz lacrymogène lors d'affrontements mercredi à la frontière serbo-hongroise à Röeszke, les migrants avaient choisi de marcher vers l'Europe du nord et de l'ouest via la Croatie, elle aussi membre de l'UE.

Ils étaient déjà plus de 17.000 sur le sol croate vendredi, certains fuyant les conflits de Syrie et Irak, alors que les voisins slovène (à l'ouest) et hongrois (au nord) faisaient la sourde oreille aux appels de Zagreb à les laisser passer pour poursuivre leur exil vers le nord.

Puis, dans la journée, tout a basculé en quelques heures quand la Croatie a entrepris de les acheminer au nord-est à Beremend, un poste-frontière hongrois.

Plus d'une cinquantaine de bus transportant une soixantaine de migrants chacun, ont déferlé sur ce petit passage frontalier.

L'opération s'effectue à chaque fois selon le même rituel: les bus croates passent la frontière, les passagers sont débarqués puis transférés dans des bus hongrois.

Les migrants sont alors convoyés vers des centres d'enregistrement à Szentgotthard au sud-ouest et à Vamosszabadi à l'ouest, deux villes proches de la frontière autrichienne, a indiqué une porte-parole de la police à l'agence nationale hongroise MTI.

Zagreb avoir convenu avec Budapest que la Hongrie laisserait entrer les migrants "vulnérables". Budapest avait auparavant nié tout accord sur le passage de la frontière.

A Beremend, la maman affirmant vouloir se rendre en Norvège négocie son passage.

"Promettez-moi que vous n'allez pas m'empêcher de retrouver ma famille" en Norvège, dit-elle à un policier, le fusil lanceur de grenades lacrymogènes sur la poitrine.

"Je ne peux rien vous promettre", rétorque le policier, avant d'aller vers son collègue croate pour lui demander d'accepter qu'il refoule la famille récalcitrante.

"Personne ne rentre en Croatie", affirme d'une voix posée mais ferme le policer croate.

Au bout de plusieurs dizaines de minutes de tractations, la femme accepte de monter dans un bus, espérant pouvoir poursuivre son exil vers la Scandinavie.

cn/lpt