POLITIQUE
17/09/2015 07:51 EDT | Actualisé 18/09/2015 05:45 EDT

Un débat des chefs animé sur l'économie (VIDÉO)

Le second débat des chefs de cette campagne électorale fédérale, jeudi soir à Calgary, a permis de contraster les visions différentes de l'économie canadienne qu'ont trois aspirants au poste de premier ministre du Canada. Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau étaient réunis sur un même plateau pour la première fois depuis le 6 août.

Emploi

Dans le cadre de la première partie portant sur l'emploi, le modérateur a souligné que le Canada fait face à des changements économiques structurels plutôt que cycliques, puis a demandé au chef conservateur s'il a un plan pour créer des emplois au-delà de l'exploitation des ressources naturelles. Stephen Harper a soutenu que le contexte économique international est difficile, et qu'il reste des défis, mais que le plan du Parti conservateur fonctionne, ayant créé 1,3 million d'emplois depuis la crise économique de 2008, « la plupart à temps plein et dans le secteur privé, dans des industries qui offrent de bons salaires ».

Le plan des conservateurs est d'investir à la hauteur des moyens des Canadiens, en misant sur la formation pour les emplois disponibles, en orientant la politique d'immigration en ce sens, en encouragant l'innovation dans le secteur manufacturier, et en ouvrant le Canada aux marchés internationaux, a dit M. Harper.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a soutenu que Stephen Harper ne mise que sur l'exploitation des ressources. « Il mets tous ses oeufs dans le même panier », a-t-il lancé.

Le chef libéral Justin Trudeau a remis en question l'amélioration de la qualité de la vie des Canadiens depuis que les conservateurs sont au pouvoir.

Énergie et environnement

La première question de cette partie concernait la promesse néo-démocrate d'établir un marché du carbone. Thomas Mulcair a rejeté l'idée que cela pourrait avoir un impact négatif sur l'économie d'une province comme l'Alberta, soutenant plutôt qu'il est possible d'investir dans les technologies vertes avec les revenus tirés d'un tel système d'échange de crédits d'émissions de gaz à effet de serre.

Le chef libéral Justin Trudeau a accusé M. Mulcair de vouloir imposer une bureaucratie, à partir d'Ottawa, à des provinces qui se sont déjà engagées dans la création d'un tel marché du carbone. Pour le chef conservateur Stephen Harper, un système d'échange de crédits d'émissions ne sert qu'à augmenter les revenus du gouvernement.

Au sujet du développement du secteur énergétique, M. Mulcair a continué d'accuser Stephen Harper d'avoir nui à la construction de pipelines en éliminant des règles environnementales.

Déficit ou pas?

Interrogé sur la volonté de son parti d'enregistrer des déficits pendant trois ans, Justin Trudeau a soutenu qu'il est temps d'investir dans le futur du pays, alors que les taux d'intérêts et le ratio dette/PIB sont faibles, accusant le gouvernement Harper d'avoir créer un déficit budgétaire tout en délaissant les infrastructures du pays.

« Si ce n'est pas le temps d'investir, quand est-ce que ce le sera? », a lancé Justin Trudeau. « Il est temps d'investir dans notre pays. Les Canadiens le savent. Les seuls qui ne semblent pas le comprendre sont ces deux messieurs [Harper et Mulcair] », a-t-il ajouté.

Le chef néo-démocrate a plutôt soutenu qu'il n'est pas responsable d'investir au-delà de la capacité de payer des Canadiens et qu'il faut une vision à long terme pour ne pas laisser des dizaines de milliards de dollars de dette aux générations futures.

Stephen Harper a quant à lui affirmé que M. Trudeau n'envisage pas des déficits pour une question de philosophie économique, mais parce qu'il a fait trop d'engagements et que sa volonté d'augmenter les impôts des plus riches ne serait pas suffisante pour payer toutes ses dépenses.

M. Trudeau entend augmenter les impôts du 1 % des Canadiens les plus riches afin de réduire les impôts de la classe moyenne. Après avoir rappelé cette promesse, le chef libéral a soutenu que les néo-démocrates parlent beaucoup des inégalités de revenus, mais qu'ils ne font rien pour y remédier.

Immigration et économie

Le sujet de l'immigration devait être abordé sous l'angle économique, mais la crise des réfugiés s'y est invitée.

Le chef libéral Justin Trudeau a abordé le sujet des réfugiés en accusant le premier ministre sortant d'avoir fait des compressions dans les soins aux réfugiés, ce que Stephen Harper nie. Le chef conservateur affirme qu'il ne les a coupés que pour les réfugiés dont le dossier a été refusé, pour ne pas qu'ils aient accès à de meilleurs soins que les Canadiens ordinaires.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a accusé M. Harper d'« attiser la peur » et l'a invité à « cesser d'utiliser la sécurité comme excuse pour ne rien faire ». « Les Canadiens veulent un premier ministre qui comprend l'urgence d'une crise comme celle de la Syrie », a lancé M. Mulcair.

Stephen Harper a continué d'affirmer que son approche se distinguait plutôt de celle, « insouciante » de ses adversaires.

M. Harper a vanté l'approche de son gouvernement qui mise, selon lui, sur l'apport économique de l'immigration. Tandis que M. Trudeau affirmait que les immigrants sont plus que des travailleurs, M. Mulcair a rappelé les changements apportés au programme de travailleurs étrangers temporaires par le gouvernement Harper, et ses conséquences sur plusieurs entreprises au Canada.

Se loger à prix abordable

Sur la manière de contrer la bulle immobilière, Justin Trudeau a soutenu qu'il faut s'assurer que les revenus des Canadiens augmentent au même rythme que le prix de leur maison, et qu'il faut ainsi favoriser la croissance économique et rassurer les Canadiens que leurs revenus vont croître, ce qui n'a pas été le cas des conservateurs, selon M. Trudeau.

Interrogé sur la volonté de limiter la propriété étrangère de maisons résidentielles, M. Trudeau a affirmé qu'il faut avoir un meilleur portrait de la situation, et que cela n'est plus possible depuis le retrait par les conservateurs du formulaire détaillé et obligatoire de recensement. Il s'est d'ailleurs engagé à le réintroduire s'il est porté au pouvoir.

Thomas Mulcair a rappelé son engagement d'offrir des places en garderie à 15 $ par jour afin d'aider les familles, de même que sa volonté d'augmenter le salaire minimum fédéral à 15 $ de l'heure, une mesure qui toucherait 100 000 travailleurs et qui pourrait influencer d'autres employeurs, selon M. Mulcair.

Stephen Harper a soutenu que le taux de propriétaires de maison a augmenté à un niveau record. « Nous avons maintenant un taux de propriétaires plus élevé qu'aux États-Unis parce que les gens ont pu tirer profit des faibles taux d'intérêt au moment où leurs perspectives d'emploi étaient bonnes et fiables, et que leurs revenus étaient en hausse », a soutenu M. Harper.

Imposition des entreprises

Stephen Harper a poursuivi les attaques de son parti contre la promesse du NPD d'augmenter le taux d'imposition des entreprises de 15 % à 17 %. Les conservateurs, s'appuyant sur une étude du professeur Jack Mintz, de l'Université de l'Alberta, affirment qu'une telle mesure entraînera 150 000 pertes d'emplois.

M. Harper a affirmé que les gouvernements du NPD, tant en Ontario dans le passé qu'en Alberta en ce moment, « prétendent toujours pouvoir équilibrer les budgets avec des hausses d'impôt, et cela résulte en des pertes d'emplois ».

Tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont rappelé qu'ils avaient l'intention de réduire le taux d'imposition des PME de 11 % à 9 %, pour aider la création d'emplois.

M. Harper a soutenu que les libéraux et les néo-démocrates proposent des augmentation sur d'autres forme d'impôts, comme les paiements pour le régime de pensions du Canada et l'assurance-emploi, « qui sont 10 fois plus grosses que les réductions d'impôts qu'ils promettent aux petites entreprises ».

M. Trudeau a rappelé qu'il promet aussi d'augmenter l'impôt des Canadiens les plus riches. M. Mulcair a répliqué en rappelant un vote passé du chef libéral pour des baisses d'impôt aux plus riches, ajoutant qu'il avait aussi appuyé la loi antiterroriste issue du projet C-51, critiquée pour les menaces qu'elle fait peser sur les droits et libertés.

« Votre expérience est de faire de la politique avec tout », a lancé M. Trudeau à l'intention du chef néo-démocrate.

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