POLITIQUE
15/09/2015 06:53 EDT | Actualisé 16/09/2015 03:54 EDT

Victoriaville: liaisons dangereuses entre le clan Rayes et un journaliste de La Tribune de Sherbrooke

QUÉBEC - Le rédacteur en chef du quotidien La Tribune, de Sherbrooke, a annoncé qu'il déclenchera une enquête interne après la révélation d'un possible conflit d'intérêts entre l'un de ses journalistes pigistes et l'entourage du candidat conservateur dans Richmond-Arthabaska, Alain Rayes.

Le Huffington Post Québec a appris que le directeur des communications d'Alain Rayes, Pierre-Luc Turgeon, est le partenaire d'affaires du journaliste Yanick Poisson, affecté à la couverture du candidat-vedette. Les deux hommes sont associés au sein de la firme de communications corporatives ETC rédaction.

L’entreprise de Victoriaville offre ses services aux entreprises, organismes et municipalités. Alain Rayes est également maire de Victoriaville.

Depuis le début de la campagne électorale, Yanick Poisson, unique journaliste de La Tribune basé à Victoriaville, a signé plusieurs textes concernant Alain Rayes (dont certains défavorables). Il a également couvert le passage du chef conservateur, Stephen Harper, dans la région.

Yanick Poisson a également publié au moins un article sur un opposant d’Alain Rayes, soit le bloquiste Olivier Nolin.

Indépendance?

Pier-Luc Turgeon affirme que son contrat de directeur des communications d’Alain Rayes est indépendant d’ETC rédaction. «Je le fais à mon nom, en dehors de la compagnie», affirme-t-il.

Son adresse courriel au bas des communiqués du candidat conservateur est pourtant la même que celle qu’il utilise pour la compagnie et se termine par «@etcredaction.com».

«[Yanick Poisson] ne participe aucunement à ce que je fais avec Alain Rayes», dit Pier-Luc Turgeon. De plus, le montant payé par le candidat est versé directement à Pier-Luc Turgeon, assure ce dernier.

Même son de cloche du côté de Yanick Poisson. «Pier-Luc fait ça à titre personnel, ce n’est pas à titre d’associé», lance-t-il.

«L’entreprise n’en touche rien, je m’en suis assuré», ajoute-t-il.

Par ailleurs, ETC rédaction a déjà réalisé au moins deux contrats pour la Ville de Victoriaville. En mai dernier, l’entreprise a rédigé un discours pour le conseil municipal au moment de souligner le départ des frères du complexe Sacré-Cœur. Un autre contrat portait sur la rédaction d’un fascicule au sujet des branches d’arbres.

Yanick Poisson se défend d’être partial dans sa couverture de l’actualité municipale en raison des contrats reçus de Victoriaville. «Ce n’est pas pire qu’un média qui vend de la publicité, dit-il. Ce n’est pas parce que la Ville nous donne des mandats de rédaction ou de correction que je vais m’empêcher de faire un article négatif sur la Ville.»

«Je ne vois pas de possibilité de conflit d’intérêts», ajoute-t-il, en précisant que ce ne sont pas les élus, mais les fonctionnaires, qui octroient les contrats.

Il ajoute qu’il s’occupe de la révision et de la supervision des contrats. «Je ne touche pas à la rédaction en tant que telle», dit-il. En tant qu’associé, Yanick Poisson possède toutefois des «parts dans la compagnie», admet-il.

De son côté, le rédacteur en chef du quotidien La Tribune, Maurice Cloutier, affirme qu’il déclenchera «dans les prochaines heures» une enquête interne sur ces nouveaux éléments. «Ce n’est pas la version qu’on m’avait donnée, dit-il. Si les faits que vous me dites s’avèrent, La Tribune prendra en temps et lieu des dispositions.» Yanick Poisson lui avait affirmé que Pier-Luc Turgeon travaillait bénévolement pour Alain Rayes et que les deux collègues n’étaient pas associés dans l’entreprise, mais plutôt des travailleurs autonomes qui collaboraient sur des projets ponctuels.

Le code déontologique de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) affirme : «Les journalistes doivent éviter les situations de conflits d’intérêts et d’apparence de conflits d’intérêts, que ceux-ci soient de type monétaire ou non».

«Les conflits d’intérêts ne deviennent pas acceptables parce que les journalistes sont convaincus, au fond d’eux-mêmes, d’être honnêtes et impartiaux, peut-on lire plus loin. L’apparence de conflit d’intérêts est aussi dommageable que le conflit réel.»

Yanick Poisson n’est toutefois pas membre de la FPJQ, à laquelle l'adhésion est volontaire.

Controverses

La candidature d’Alain Rayes a fait les manchettes la semaine dernière quand on a appris qu’il perçoit toujours son salaire de maire de Victoriaville, bien qu’il consacre la majeure partie de ses journées à faire campagne en vue des élections fédérales du 19 octobre prochain. La Ville de Victoriaville a dû embaucher un maire suppléant pour remplir une partie de ses fonctions.

Un conseiller municipal, Me Claude Brulotte, a affirmé que la décision d'Alain Rayes est un «manque de respect» envers ses électeurs.

Pour sa part, le maire assure qu'il a les mains liées. «Si je devais renoncer à mon salaire, je devrais automatiquement démissionner et enclencher un processus d'élections à la Ville de Victoriaville», a-t-il expliqué.

De plus, le père d’Alain Rayes est directeur adjoint du scrutin dans la circonscription de Richmond-Arthabaska. Celui-ci seconde le directeur du scrutin «dans la préparation et la conduite des journées de vote», explique Élections Canada.

Alain Rayes ne voit toutefois aucun problème éthique à cette situation. «Il n'y a aucun conflit d'intérêts, a-t-il dit vendredi dernier. Vous avez affaire à quelqu'un qui est là depuis les trois dernières élections, il ne fait que continuer le travail qu'il faisait avant même que je pense à me présenter en politique fédérale.»

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