NOUVELLES
15/09/2015 10:25 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Migrants: Berlin veut un sommet de l'UE, Budapest prévoit une nouvelle clôture

L'Allemagne a tapé du poing sur la table mardi en réclamant un sommet extraordinaire de l'UE face à la discorde entre Européens pour gérer les réfugiés, qui continuent à arriver malgré la fermeture par la Hongrie de sa frontière avec la Serbie.

La crise des migrants a connu mardi un nouveau drame avec la mort d'au moins 22 d'entre eux, dont quatre enfants, dans le naufrage de leur embarcation surchargée entre la Turquie et la Grèce.

"Le temps presse", a mis en garde la chancelière Angela Merkel à Berlin lors d'une conférence de presse avec son homologue autrichien Werner Faymann.

Il s'agit d'"un problème pour l'Union européenne dans son ensemble, c'est pourquoi nous nous sommes prononcés pour la tenue la semaine prochaine d'un Conseil extraordinaire de l'UE", a-t-elle déclaré. M. Faymann pour sa part a exhorté les Européens à ne pas pratiquer "la politique de l'autruche".

Au lendemain de l'échec d'une réunion d'urgence à Bruxelles sur la répartition des réfugiés sur le continent, Berlin semble à bout de patience.

"L'Europe s'est une nouvelle fois couverte de honte", a jugé mardi le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel.

Lui et le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, ont menacé de réduire les aides européennes aux pays qui refusent de se répartir de manière contraignante les réfugiés. Principaux visés: les Etats d'Europe de l'Est, vent debout contre les quotas.

Angela Merkel a toutefois rappelé à l'ordre un peu plus tard ses deux ministres en indiquant ne pas croire que "les menaces" soient la solution. Et la Commission européenne a également rejeté une telle option.

Les divergences en Europe sur la gestion des migrants restent profondes. Le Premier ministre Robert Fico a aussi appelé un Conseil européen sur la crise migratoire de ses voeux mais avec l'objectif d'y réitérer son refus de se faire "dicter" des quotas obligatoires.

- La Hongrie ferme ses portes -

La Hongrie, principal pays de transit pour ceux qui veulent gagner l'Allemagne, continue pendant ce temps de fermer ses portes aux réfugiés arrivant des Balkans.

Le pays prévoit de construire une nouvelle clôture à sa frontière avec la Roumanie pour endiguer l'afflux de migrants, après celle déjà érigée à sa frontière avec la Serbie, a annoncé mardi le ministre des Affaires étrangères.

Mardi matin, environ 300 migrants, parmi lesquels des enfants, attendaient, dans la confusion et parfois dans les larmes, en espérant une réouverture du point de passage officiel entre la Serbie et la Hongrie.

"Pourquoi ils font ça?", demandait à une travailleuse humanitaire une femme afghane tenant par la main un garçonnet.

"Je suis arrivé à une heure du matin. Je n'ai vraiment pas eu de chance", disait Bachar, 17 ans, afghan également, résigné en racontant avoir appris que la frontière avait fermé une heure avant.

Certains migrants ont passé la nuit dans des tentes dressées à même l'asphalte. Du côté hongrois, une vingtaine de policiers des forces antiémeutes étaient placés derrière un grillage haut de deux mètres.

La Hongrie a annoncé mardi avoir engagé une procédure pénale contre 60 migrants accusés d'avoir "endommagé" la clôture barbelée érigée à la frontière avec la Serbie, un délit désormais passible de cinq ans de prison.

- Naufrage en Turquie -

Cette crise migratoire, la plus grave pour l'Europe depuis 1945, a vu plus de 500.000 migrants traverser les frontières extérieures de l'Union européenne entre janvier et août de cette année, contre 280.000 pour l'ensemble de 2014, a annoncé mardi l'agence européenne Frontex.

De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a indiqué à Genève "craindre que l'indécision de l'Europe n'entraîne des morts supplémentaires".

Mardi un nouveau naufrage a fait 22 morts au large des côtes du sud-ouest de la Turquie alors qu'une embarcation surchargée de migrants et partie pour l'île grecque de Kos, a chaviré. 211 personnes ont été secourues.

Ce naufrage survient moins de deux semaines après celui qui avait coûté la vie au petit Aylan, 3 ans, dont la photo du corps échoué sur une plage a suscité une vague d'indignation planétaire, contraignant l'UE à entrouvrir ses frontières.

- retour des contrôles aux frontières -

Débordée par l'afflux de dizaines de milliers de réfugiés, parfois contraints de dormir dehors faute de structures d'accueil, notamment à Munich (sud), l'Allemagne avait annoncé dimanche soir le rétablissement des contrôles à la frontière, entraînant dans son sillage, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, et la Pologne se disant prête elle aussi à le faire.

La réintroduction des contrôles à la frontière germano-autrichienne a soulagé Munich de son flot incessant de migrants, mais c'est désormais Freilassing, petite bourgade pittoresque de Bavière (sud), qui est devenu un point de passage privilégié. Environ 2.000 migrants sont arrivés lundi en Bavière.

"Tout est OK ici, on est sûrs et l'éducation en Allemagne est bonne", dit un jeune avocat syrien dans un anglais approximatif.

bur-ylf/alf/alc