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15/09/2015 12:03 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Mesures anti-migrants : Budapest persiste et signe

La Hongrie persiste et signe: se félicitant de l'efficacité de ses nouvelles mesures destinées à endiguer le flux de migrants arrivant de Serbie, elle a affiché sa volonté de construire une nouvelle clôture barbelée le long cette fois-ci de sa frontière roumaine.

"Le message que nous voulions faire passer (aux migrants) est : +Ne venez pas, cette route ne vous mène pas à destination+. Selon nos données, les migrants ont compris ce message et les passeurs aussi", a claironné mardi un porte-parole du gouvernement, Gyorgy Bakondi, devant la presse.

Avec l'aide de l'armée, Budapest a de facto fermé mardi aux réfugiés toute sa frontière avec la Serbie, par où étaient passés la grande majorité des 200.000 migrants qui ont transité par le pays cette année.

Selon la nouvelle législation hongroise entrée en vigueur dans la nuit de lundi à mardi, tout franchissement de la clôture barbelée érigée sur les 175 km de cette frontière est désormais passible de trois ans de prison, une peine qui peut être portée à cinq ans si l'installation est endommagée.

Mardi, 174 migrants ont été arrêtés après avoir franchi la clôture, et des poursuites pénales ont été immédiatement engagées à leur encontre, a indiqué le gouvernement dans l'après-midi.

Budapest n'entend pas s'arrêter là : face aux risques de contournement de sa clôture, la Hongrie entend prolonger celle-ci sur "une distance raisonnable" le long de la frontière roumaine, a annoncé mardi le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto.

"Une partie de la pression migratoire pourrait se diriger vers la Roumanie", a-t-il expliqué, non sans s'attirer les foudres de Bucarest, qui a immédiatement objecté qu'un tel projet n'est "pas conforme à l'esprit européen".

- 100% de rejet des demandes d'asile -

Plusieurs centaines de migrants sont restés massés mardi du côté serbe de la frontière au niveau du poste-frontière de Röszke, attendant une hypothétique réouverture du point de passage officiel.

En vertu de la nouvelle législation, la Hongrie a mis en place deux "zones de transit", à Röszke et à Tompa, 50 km plus à l'ouest, où doivent être instruites de façon accélérée toutes les demandes d'asile formulées par les migrants qui se seront présentés aux points de passage légaux.

"Les personnes dans les zones de transit ne se trouveront pas sur le territoire hongrois d'un point de vue légal, mais comme dans une zone de transit d'aéroport", a précisé mardi un autre porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs.

Cette disposition a pour but de pouvoir expulser sans formalité les migrants dont la demande d'asile aura été rejetée, souligne le gouvernement.

Mardi, selon les chiffres officiels, 48 demandes d'asile avaient été déposées à Röszke par la poignée de migrants qui ont réussi à passer ce sas officiel avant sa fermeture dans la nuit de lundi à mardi.

Sur ces 48 demandes, 16 avaient été examinées dans l'après-midi et toutes les 16 ont été rejetées, a précisé M. Bakondi.

Budapest considère la quasi-totalité des migrants se présentant à ses frontières comme des "réfugiés économiques", soulignant que leur vie n'est plus en danger dès lors qu'ils ont quitté une zone de conflit, et que la Serbie est un pays "sûr".

Amnesty international vivement réagi mardi aux nouvelles mesures hongroises.

"En fermant effectivement sa frontière aux réfugiés et en dressant des barbelés, l'armée et de nouvelles lois draconiennes contre des gens qui fuient les conflits et les persécutions, la Hongrie incarne l'aspect hideux de la réponse chaotique de l'Europe à la crise des migrants", a estimé l'ONG dans un communiqué.

Le gouvernement hongrois a par ailleurs décrété, comme prévu par la nouvelle loi, l'"état d'alerte" dans deux départements à la frontière serbe, une mesure ad hoc, différente de l'état d'urgence, qui permet de faciliter l'interpellation et la détention de migrants.

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