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15/09/2015 11:54 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Les constructeurs automobiles allemands affaiblis par le coup de mou chinois

S'il interpelle l'ensemble du secteur, l'essoufflement observé sur le marché automobile chinois, le plus grand au monde, touche de plein fouet les constructeurs allemands, particulièrement dépendants.

Au salon de Francfort (IAA), grand-messe de l'automobile ouvert à la presse depuis mardi, Volkswagen, BMW ou encore Mercedes-Benz dominent leurs rivaux étrangers en terme de surface occupée. Une exubérance qui ne doit pas faire oublier la passe délicate dans laquelle ils se trouvent, malgré le dynamisme des ventes en Europe de l'Ouest et aux Etats-Unis.

Pour tous les constructeurs, "la période de vaches grasses est terminée en Chine", estime Stefan Bratzel, expert automobile allemand.

Alors qu'entre 2007 et 2014, les ventes d'automobiles ont presque été multipliées par trois dans le pays (+190%), elles devraient seulement augmenter de 35% entre 2014 et 2021, selon les projections du cabinet de conseil AlixPartners.

- 'Talon d'Achille'-

Finie donc l'époque de la croissance des ventes à deux chiffres : après +14% en 2013 et +7% en 2014, les professionnels s'attendent à environ 3% de hausse cette année.

"La normalisation du marché chinois est arrivée beaucoup plus vite que nous l'avions escompté", a reconnu mardi le directeur financier de BMW, Friedrich Eichiner. "La question est maintenant de savoir combien de temps cette phase de consolidation va durer".

L'économie chinoise est en phase d'atterrissage et les mesures anticorruption ainsi que la récente chute des Bourses chinoises pèsent sur les achats de voitures étrangères.

Le coup de frein frappe d'autant plus les constructeurs allemands qu'ils y sont implantés de longue date et ont beaucoup profité de l'explosion de la demande par le passé.

"Pendant des années, les constructeurs automobiles allemands ont devancé la concurrence, désormais l'air se raréfie aussi pour eux", relève Peter Fuss, expert du cabinet EY. "Leur forte dépendance au marché chinois pourrait se révéler être un talon d'Achille", selon lui.

La Chine représente plus du tiers des ventes mondiales de Volkswagen et de l'américain General Motors, les deux poids lourds du marché. Mais les deux géants ne sont pas à jeu égal : malgré ses douze marques, il manque au mastodonte allemand des modèles à petits prix, contrairement à GM avec la marque Baojun.

Cet été, le groupe Volkswagen, devenu numéro un mondial des ventes devant Toyota au premier semestre, a revu à la baisse ses ambitions de livraisons, notamment à cause de la Chine. Il y a enregistré entre janvier et juin son premier recul depuis dix ans (-3,9%).

- Premium en première ligne -

Le refroidissement est également marqué pour le segment haut de gamme, dominé par les allemands. Ferdinand Dudenhöffer, expert automobile allemand, prédit que le premium fera du surplace en Chine cette année, avant un recul de 4 ou 5% en 2016.

Mercedes-Benz (Daimler) fait encore figure d'exception. Longtemps à la traîne derrière Audi et BMW, la marque à l'étoile dispose d'une gamme de nouveaux produits qui lui permet d'enregistrer une croissance insolente.

Son patron, Dieter Zetsche, s'est dit mardi "optimiste" concernant la croissance de la marque en Chine l'an prochain. "Le sujet, pour nous, ce n'est pas les surcapacités, mais le manque de capacités" sur ce marché, s'est-il vanté.

Mais ses compatriotes sont clairement à la peine dans la deuxième économie mondiale. Audi a enregistré un repli de 4,1% sur un an en août en Chine, son premier débouché, et de 0,8% depuis le début de l'année. La marque aux anneaux n'ose plus évoquer son objectif initial d'y écouler 600.000 voitures en 2015.

L'autre Bavarois, BMW, a vu ses ventes se replier de 1,4% en août, même si elles restent encore en petite progression sur les huit premiers mois de l'année (+0,9%). Le groupe a averti que la situation en Chine faisait peser un "risque" sur ses objectifs financiers 2015, qu'il maintient toutefois pour l'instant.

Avec un taux d'équipement de 70 voitures pour 1.000 habitants, contre 500 pour 1.000 habitants en Allemagne, la Chine conserve un fort potentiel de croissance à moyen et long terme.

"Cela reste le marché automobile le plus important au monde (...) et les constructeurs allemands y sont en position de force. La mission consiste évidemment à garder cette position", a souligné lundi Matthias Wissmann, le président de la fédération allemande de l'automobile VDA.

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