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15/09/2015 13:28 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Le Mexique réclame la vérité sur ses touristes tués en Egypte

La ministre mexicaine des Affaires étrangères s'est envolée mardi à destination de l'Egypte pour tenter de savoir dans quelles circonstances des touristes ont été tués dimanche par l'armée au cours d'une excursion dans le désert.

Le Caire rejette la responsabilité du drame sur les organisateurs égyptiens du voyage des touristes, assurant qu'ils étaient entrés dans une "zone interdite".

Mais des voix s'élèvent pour contester cette version et s'étonnent que des avions et hélicoptères de l'armée aient pu bombarder un convoi de touristes, tuant 12 personnes. Le gouvernement affirme qu'ils pourchassaient des jihadistes.

La ministre mexicaine Claudia Ruiz Massieu doit arriver au Caire dans la nuit de mardi à mercredi en compagnie de membres des familles des victimes, selon un responsable du ministère. Mexico assure qu'au moins deux de ses ressortissants ont péri, que six ont été blessés et que le sort de six autres est toujours inconnu.

"Nous essayons de rester calmes pour le rapatriement du corps", a indiqué à la chaîne de télévision mexicaine Milenio Ana Barajas, la soeur de Luis Barajas Fernandez, l'un des deux Mexicains ayant péri. Son frère voyageait avec sa femme, qui a été blessée, et une nièce dont le sort reste incertain.

Le président mexicain Enrique Peña Nieto a réclamé à l'Egypte une enquête "exhaustive, approfondie et rapide" sur ce drame "sans précédent".

Le gouvernement égyptien refuse toujours de communiquer la moindre information sur les circonstances exactes du drame, le lieu précis et le détail du bilan des victimes. Il a fait état de 12 morts et 10 blessés, sans pour autant préciser combien de Mexicains sont concernés.

- 'Erreur' -

Le Caire affirme que les forces de sécurité ont frappé "par erreur" le convoi de voitures transportant 14 touristes mexicains et leurs accompagnateurs dans le vaste désert occidental où elles pourchassaient des "terroristes" jihadistes et que leurs guides n'avaient pas l'autorisation de pénétrer dans cette zone "interdite aux étrangers".

Des responsables de la sécurité, sous couvert de l'anonymat, ont expliqué à l'AFP que l'armée et la police menaient à ce moment-là une opération contre des jihadistes qui avaient enlevé et décapité un civil égyptien.

Dimanche, la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI) avait affirmé avoir repoussé une attaque des forces de sécurité précisément dans le même secteur, et diffusé la photo d'un homme décapité présenté comme un "espion de l'armée".

Le président du Syndicat des guides touristiques égyptiens, Hassan al-Nahla, a affirmé que le groupe avait quitté la route pour s'enfoncer 2 km dans le désert afin de déjeuner sur un "site où les groupes s'arrêtent d'ordinaire".

- 'Manque de coordination' -

Les guides ne savaient pas qu'il s'agissait d'une zone interdite car aucun panneau ne le signalait, selon lui. Les forces de sécurité ne les avaient pas informés qu'une opération était en cours, a ajouté M. Nahla, déplorant le "manque de coordination entre le ministère du Tourisme et la police".

La chef de la diplomatie mexicaine a affirmé lundi que les touristes avaient été bombardés par des avions et des hélicoptères alors que le groupe s'était arrêté pour déjeuner sur la route conduisant à l'oasis de Bahariya, à 350 km au sud-ouest du Caire.

De nombreux pays occidentaux déconseillent fortement depuis des mois à leurs ressortissants de se rendre dans le désert occidental, en particulier depuis qu'un Américain y a été tué en août 2014 et un Croate travaillant pour une compagnie française enlevé en juillet dernier. L'EI a revendiqué le meurtre de l'Américain et affirmé avoir décapité le Croate.

Les groupes jihadistes revendiquent régulièrement des attentats meurtriers visant les forces de l'ordre, en particulier dans la péninsule désertique du Sinaï (est), leur principal bastion.

Ces attaques se sont multipliées depuis que l'armée a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi en juillet 2013 et que le nouveau pouvoir réprime implacablement ses partisans. Plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont été tués en deux ans, plus de 15.000 sympathisants emprisonnés et des centaines, dont M. Morsi, condamnés à mort.

Cette dernière attaque devrait encore renforcer les craintes du secteur du tourisme, en grande difficulté depuis la révolte qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir en 2011 et les trois années de chaos qui ont suivi.

bur-gir/mer/vl