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15/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

La Syrie, dossier épineux pour Obama à l'heure du bilan

La place dans l'histoire d'un président américain se mesure par ses échecs autant que par ses succès.

Jimmy Carter a scellé les accords de paix de Camp David entre l'Egypte et Israël, mais son passage à la Maison Blanche a été à jamais terni par sa gestion de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran.

Bill Clinton n'a pas réussi à mettre fin à l'horreur du génocide rwandais et la présidence de George W. Bush est d'abord synonyme d'une guerre coûteuse et hautement controversée contre l'Irak.

Barack Obama vient de conclure --après des années de négociations-- un accord avec Téhéran sur son programme nucléaire, a rétabli les relations diplomatiques avec Cuba, et restera comme celui qui a mis fin aux jours d'Oussama ben Laden.

Mais la catastrophe humanitaire en Syrie pourrait, avec le recul de quelques années, occuper une place centrale dans le bilan du 44e président des Etats-Unis.

En quatre ans, le conflit a fait plus de 240.000 morts et provoqué la plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale.

A de nombreux égards, toutes les conditions étaient réunies pour faire de la crise syrienne un obstacle de taille pour Obama, arrivé au pouvoir avec la volonté affichée de tourner la page des postures guerrières de son prédécesseur et de mettre fin à une décennie de guerre, en Irak et en Afghanistan.

"Il ne pense pas qu'une autre guerre au Moyen-Orient avec des troupes au sol soit dans notre intérêt", explique son porte-parole Josh Earnest. "Cela n'est pas la meilleure option pour notre sécurité nationale et rien ne permet d'expliquer en quoi cela empêcherait une crise migratoire".

Mais ces arguments n'expliquent que partiellement les réticences du président américain. A la Maison Blanche, nombre de responsables s'agacent de l'idée selon laquelle le Moyen-Orient devrait en permanence dominer l'agenda présidentiel.

A leurs yeux, l'Asie --vaste continent appelé à dominer l'économie mondiale dans les décennies à venir-- n'a pas toujours reçu l'attention nécessaire au sein de la diplomatie américaine.

- 'Changer la donne' -

L'administration Obama, convaincue que les Etats-Unis ne peuvent être présents sur tous les fronts, a toujours affiché sa préférence pour la montée en puissance de ses alliés dans la gestion des crises régionales.

Certains reprochent aux Etats-Unis d'adopter une posture trop distante au moment où nombre d'anciennes grandes puissances comme la Chine, l'Iran, la Russie ou encore la Turquie tentent de retrouver leur influence passée.

La Russie et l'Iran sont fortement impliqués en Syrie en soutien au régime de Bachar al-Assad. Moscou espère ainsi s'imposer comme acteur incontournable d'un règlement politique de la crise, Téhéran de son côté protège son pouvoir dans la région en tentant de déstabiliser ses grands rivaux sunnites.

Or les développements de ces derniers mois ont montré qu'un engagement limité pouvait aussi avoir un coût pour les Etats-Unis.

Le flot de réfugiés syriens fuyant les combats et la misère place l'Europe en première ligne. Mais le débat s'est aussi imposé dans la capitale fédérale américaine.

"L'administration Obama a essayé d'éviter de s'engager plus profondément dans le conflit, en raison de ses doutes sur l'efficacité d'une telle approche et de ses craintes que les alliés du régime ne s'en prennent aux intérêts américains ailleurs", soulignait récemment le centre de réflexion International Crisis Group.

"Mais ce conflit ne s'achèvera pas sans une inflexion de la politique des Etats-Unis", ajoutait-il.

A Washington, domine le sentiment que le président américain pourrait dans les semaines et les mois à venir être amené à s'impliquer plus directement dans le conflit qui a contraint plus de quatre millions de Syriens à fuir leur pays depuis 2011.

"Obama doit, d'ici la fin de sa présidence, faire quelque chose pour essayer de changer la donne sur ce qui est un vrai point noir de son bilan", confie un diplomate.

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