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15/09/2015 11:08 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

La stratégie face à Bachar al-Assad divise la France

La décision de la France de frapper le groupe Etat islamiste en Syrie doit-elle conduire à renouer le dialogue avec le président Bachar al-Assad? La question divise en France où des voix s'élèvent pour une révision de la stratégie française à l'égard de la Syrie.

Lors d'un débat sans vote mardi au Parlement sur l'engagement militaire français dans ce pays, le Premier ministre français Manuel Valls a exclu toute discussion avec le chef d'Etat syrien.

"Aucun compromis, aucun arrangement n'est possible", a-t-il martelé. "En Syrie, nous ne ferons rien qui puisse consolider le régime, l'urgence est au contraire d'aller vers un accord qui tourne définitivement la page Bachar al-Assad, il est une grande part du problème, il ne peut en aucun cas être une solution", a-t-il insisté.

Une partie de la formation "Les Républicains" de l'ex-président Nicolas Sarkozy prône au contraire une reprise du dialogue avec Bachar al-Assad, perçu comme un moindre mal par rapport à l'EI.

Pour l'ex-Premier ministre François Fillon (droite, opposition), la meilleure option, pour l'heure, est, "avec la Russie et l'Iran, de faire une opération massive pour éliminer l'Etat islamique". "Une opération massive qui nécessite de laisser de côté, pour le moment, la question de l'avenir du régime syrien". "Il faut aider le régime de Bachar el-Assad qui, avec tous les défauts qui sont les siens, est sur le point de tomber", a-t-il même avancé.

Après se l'être interdit pendant un an par crainte que cela ne profite au président syrien, Paris vient d'opérer un revirement en décidant de mener des opérations aériennes de renseignement devant à terme conduire à des frappes contre le groupe Etat islamique. Le renseignement aérien durera encore "plusieurs semaines", a dit Manuel Valls, en promettant que d'éventuels raids ne profiteraient pas à Damas.

Si le président François Hollande a atténué ses demandes de mise à l'écart du président syrien, il n'a pas pour autant renoncé à la "neutralisation" de Bachar el-Assad.

"Il est non seulement possible, mais indispensable, de conserver une ligne claire à l'encontre d'Assad pour mieux lutter contre Daech (acronyme de l'EI)", estime Jean-Pierre Filiu, auteur de "Les Arabes, leur destin et le nôtre" (Editions La Découverte), pour qui le président syrien "est la source première à la fois de l'expansion jihadiste et de la crise des réfugiés".

- Associer Moscou et Téhéran -

L'accroissement de l'engagement militaire de la Russie et de l'Iran en Syrie prouve que les deux soutiens inconditionnels du régime Assad "s'inquiètent très sérieusement de voir le territoire de leur allié se réduire en peau de chagrin", note-t-il.

Pour les autorités françaises, l'équation est délicate. Elles se targuent de défendre les intérêts des pays arabes sunnites (Arabie saoudite notamment) qui veulent comme elles l'éviction de Bachar al-Assad, et elles réclament dans le même temps que Moscou et Téhéran, redevenu un partenaire acceptable depuis la signature de l'accord sur le nucléaire, soient associés à une sortie de conflit.

Interrogé sur cette contradiction, le ministère français des Affaires étrangères s'est borné à répondre que la France invitait "les Russes et les Iraniens à jouer un rôle constructif en incitant le régime à s'engager dans une transition crédible".

En début d'année, des parlementaires français avaient provoqué l'ire du gouvernement en décidant de se rendre à Damas rencontrer le président syrien. A l'époque, l'exécutif français qui fustigeait aussi tout entretien accordé par le président syrien à des médias français, avait dénoncé le cadeau fait à un "dictateur" n'ayant plus d'avenir.

En réaffirmant que la France excluait un déploiement terrestre sur le sol syrien, Manuel Valls a déclaré que son pays soutiendrait une éventuelle coalition de pays de la région qui décideraient de "libérer la Syrie de la tyrannie" du groupe Etat islamique.

La France a rompu ses liens avec Bachar al-Assad en mars 2012. En mai de la même année, Paris avait mis fin aux fonctions de l'ambassadrice du régime en France, et assure ne pas avoir eu de contacts bilatéraux depuis.

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